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Algérie-Sénégal : La Grande commission mixte relance la coopération

Il aura fallu près de trois décennies pour que la Grande commission mixte algéro-sénégalaise se réunisse de nouveau. Sa 6e session s’est ouverte mardi à Alger, sous la coprésidence du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, et de son homologue sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Cheikh Niang. Pour M. Attaf, cette reprise témoigne de la volonté des deux pays de « réactiver les mécanismes de coopération bilatérale » et d’« ouvrir de nouvelles perspectives à leur partenariat ».

Dans son allocution d’ouverture, le chef de la diplomatie algérienne a salué l’engagement personnel de M. Niang dans la réussite de la rencontre. Il a estimé que le « patrimoine historique » commun, associé aux potentialités économiques et humaines des deux nations, leur permet de faire évoluer leurs relations vers une étape plus avancée et davantage intégrée. Il a toutefois appelé à franchir un cap : « passer de la valorisation de notre patrimoine historique commun à sa mobilisation au service de la construction d’un partenariat économique et politique plus dynamique et plus durable ». M. Attaf s’est félicité de la dynamique de ces dernières années, marquée par les échanges entre les chefs d’Etat et la multiplication des visites ministérielles dans les deux sens. Il a réaffirmé l’attachement de l’Algérie à un dialogue politique régulier, « fondé sur la franchise et le respect mutuel ». Il a surtout demandé aux deux pays de « donner un contenu concret à nos relations », par le développement de la coopération sectorielle et le lancement de projets aux retombées directes.

Le constat économique est sans appel. Les échanges commerciaux restent « en deçà du potentiel dont disposent les deux pays », a reconnu le ministre, qui a appelé à « œuvrer conjointement » pour corriger ce déséquilibre. Il a rappelé que depuis 2023, Alger a multiplié les initiatives pour renforcer sa présence économique à Dakar avec l’ouverture d’une banque algérienne, création d’un espace permanent d’exposition des produits nationaux, renforcement de la connectivité aérienne, lancement d’une ligne maritime et participation régulière aux manifestations économiques sénégalaises. Il a également insisté sur la réactivation du Conseil d’affaires algéro-sénégalais, appelé à rapprocher les entreprises, à identifier les opportunités d’investissement et à suivre les projets communs.

La dimension humaine n’a pas été oubliée. M. Attaf a décrit les liens culturels et spirituels comme « un véritable pont entre nos deux peuples » et a annoncé l’ambition de les approfondir par des échanges culturels, scientifiques et spirituels, ainsi que par la promotion du tourisme spirituel vers des hauts lieux historiques algériens, notamment Aïn Madhi et Bou Semghoun. Le ministre a aussi inscrit cette coopération dans un cadre continental. Selon lui, elle « ne saurait être dissociée de leur environnement africain », compte tenu de la responsabilité commune en matière d’intégration et de lutte contre les défis qui freinent le développement et la stabilité. L’Algérie et le Sénégal, de par leur position géographique, peuvent contribuer à resserrer les liens entre le Nord et l’Ouest du continent. Alger accorde, a-t-il rappelé, une importance particulière à l’Union africaine, à la mise en œuvre effective de la ZLECAf et au développement des chaînes de valeur, afin d’accroître les échanges intra-africains, de réduire la dépendance à l’égard des marchés extérieurs et d’accélérer l’intégration continentale.

Côté sénégalais, M. Niang a plaidé pour un « partenariat stratégique structuré et résolument orienté vers les résultats ». Il a décrit des relations ancrées dans une tradition de « considération mutuelle, de confiance et de solidarité, patiemment entretenue au fil des décennies », qui ont acquis une profondeur dépassant « les circonstances particulières et les changements de conjoncture internationale ». La coopération entre pays africains, a-t-il ajouté, doit s’affirmer comme un instrument de renforcement de leur « autonomie stratégique » et de leur « souveraineté économique ». Il a lui aussi jugé que l’opérationnalisation du Conseil d’affaires mérite « une attention particulière », en tant que « levier déterminant » pour stimuler les initiatives entrepreneuriales.

Au terme des travaux, un communiqué conjoint a fixé les orientations. Sur le plan sécuritaire, les deux parties ont souligné l’importance d’une concertation renforcée sur la paix, la sécurité et l’intégration régionales. Elles ont réaffirmé leur attachement à la souveraineté, à l’indépendance et à l’intégrité territoriale des Etats, ainsi qu’au principe de solutions africaines aux problèmes africains. Elles sont convenues d’intensifier leur coordination dans la lutte contre le terrorisme, la criminalité transnationale organisée, les trafics illicites et la sécurisation des frontières. Elles ont également réitéré leur soutien à la cause palestinienne et plaidé pour une réforme du Conseil de sécurité et de l’architecture financière internationale, afin d’assurer à l’Afrique « une représentation plus juste et plus équitable ». Sur le plan juridique, une série d’accords et de mémorandums d’entente a été signée, et les consultations se poursuivent pour finaliser les instruments encore en négociation. Les deux délégations ont aussi décidé de renforcer la coopération dans l’enseignement supérieur, la recherche, la formation professionnelle, l’innovation, la culture, le sport et la jeunesse. Reçus par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, les deux chefs de délégation ont insisté sur la nécessité de traduire les orientations en « actions et réalisations concrètes ».

Massinissa Raïs

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