Sécurité au Sahel : Alger et Niamey font bloc
L’Algérie et le Niger confirment leur volonté de peser ensemble sur la sécurité de la région du Sahel.
Le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’ANP, a reçu mardi, au siège de l’état-major, le ministre d’État et ministre nigérien de la Défense nationale, le général d’armée Salifou Modi. Les deux hommes ont fait le point sur l’état de la coopération militaire bilatérale et échangé leurs vues sur les questions d’intérêt commun, selon un communiqué du ministère de la Défense nationale. Le même jour, le président de la République, chef suprême des forces armées et ministre de la Défense nationale, Abdelmadjid Tebboune, a lui aussi reçu l’hôte du Niger et sa délégation, en présence de M. Chanegriha et du ministre d’État aux Affaires étrangères, Ahmed Attaf.
La cérémonie d’accueil a respecté le protocole réservé aux grandes occasions, avec le salut des drapeaux et les honneurs militaires rendus par une formation représentant les différentes composantes de l’ANP. Autour de la table, les commandants des Forces terrestres et aériennes, du commandant de la Gendarmerie nationale, ainsi que des cadres de l’état-major et du ministère étaient présents.
Dans son allocution de bienvenue, M. Chanegriha a tenu à replacer cette visite dans la durée. Les relations entre l’Algérie et le Niger, a-t-il dit, «ne datent pas d’aujourd’hui» et reposent sur «des liens historiques de fraternité, de solidarité sincère et de bon voisinage», consolidés par les étapes marquantes de l’histoire des deux pays et par «une vision convergente de l’avenir de notre région et du destin de ses peuples». Le chef d’état-major a ajouté que la visite s’inscrivait dans «la dynamique renouvelée» des relations algéro-nigériennes et traduisait «la volonté commune» des dirigeants de renforcer les mécanismes de coopération, singulièrement dans les domaines de la défense et de la sécurité.
Le message a un ancrage précis. M. Chanegriha a rappelé que cette rencontre intervenait dans le sillage de la visite historique du président Abdourahamane Tiani en Algérie, les 15 et 16 février 2026, à l’invitation du président Tebboune. Il y voit «une étape décisive» qui a marqué «un tournant majeur» et réaffirmé la ferme volonté des deux directions de porter leurs relations vers des horizons plus larges. Surtout, il a insisté sur l’état d’esprit qui doit prévaloir pour relever «les défis régionaux», celui d’une «solidarité renouvelée» et d’une «responsabilité partagée». Car pour Alger, la sécurité du Sahel ne se décrète pas de l’extérieur. Elle se construit entre voisins, qui partagent des frontières, une histoire et les mêmes menaces. L’Algérie réaffirme ainsi sa conviction que le dialogue direct et la coordination entre pays concernés restent la voie la plus sûre pour faire face aux défis communs. L’échange a d’ailleurs été placé sous le signe de la fraternité.
Le général d’armée Salifou Modi s’est dit satisfait de se rendre en Algérie. Il a fait part de sa «volonté constante» d’œuvrer au renforcement des relations de coopération militaire entre les deux pays frères et salué «le niveau de coordination multidimensionnelle» qui les caractérise. Les deux parties ont ensuite échangé des cadeaux symboliques, avant que le ministre nigérien ne signe le livre d’or de l’état-major de l’ANP.
Au-delà du cérémonial, cette visite confirme qu’un cap a été fixé après février dernier. Entre Alger et Niamey, la coopération en matière de défense et de sécurité s’installe désormais comme un pilier d’un partenariat appelé à s’élargir, dans une région où chaque voisin compte.
Rappelons que cette visite s’inscrit aussi dans un contexte marqué par la consolidation de la coopération militaire entre les deux pays. Début août, l’Algérie a fait don à l’armée nigérienne de quatre hélicoptères, d’équipements militaires, de munitions, de pièces de rechange ainsi que de matériel de maintenance et de soutien logistique. Dans la nuit du 28 au 29 août, des tirs ont visé plusieurs sites sensibles de Niamey, dont la base aérienne 101, et trois éléments de la Garde présidentielle ont été tués. Le ministère de la Défense nationale a alors annoncé l’envoi au Niger de quatre chasseurs Su-30 et d’un avion ravitailleur, en réponse à une demande des autorités nigériennes, sur décision du président Tebboune. Au téléphone avec le général Tiani le 31 août, le chef de l’État algérien a renouvelé l’engagement de son pays à demeurer aux côtés du Niger, «de son peuple et de ses institutions, dans tous les domaines et en toutes circonstances». L’enjeu dépasse le cadre bilatéral. L’Algérie, qui partage avec lui une longue frontière, sait que sa propre sécurité se joue aussi au Sahel. Les deux capitales ont d’ailleurs décidé en février de réactiver les mécanismes de contrôle de leurs frontières communes. Cette dynamique dépasse largement le seul volet militaire. La reprise des consultations politiques s’accompagne d’une coopération dans l’énergie, les infrastructures, le commerce et la formation.
Salim Amokrane

