Plus de 27 milliards de dollars pour les grands projets structurants : L’Algérie met son développement sur rail
Le projet de loi de finances 2027 consacre 3.689,93 milliards de dinars soit l’équivalent de plus de 27 milliards de dollars au cours du jour à la poursuite des projets structurants. Le fer de Gara Djebilet, le phosphate intégré de l’Est et le train vers Tamanrasset en absorbent l’essentiel, alors que plusieurs de ces chantiers entrent dans une phase décisive.
Le ministre des Finances, Mohammed Lamine Lebbou, a présenté lundi devant la commission des finances et du budget de l’APN le projet de loi de finances pour 2027. Le texte réserve 3.689,93 milliards de dinars à la poursuite des grands projets structurants, minier, industriel et ferroviaire, nouveaux leviers d’une économie moins dépendante des hydrocarbures. Trois chantiers pèsent à eux seuls plus de 97 % de cette enveloppe, soit près de 3.591 milliards de dinars. Le projet minier de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, absorbe 963 milliards de dinars. Le projet intégré de phosphate, qui s’étend sur Annaba, Souk Ahras et Tébessa, est évalué à 717,749 milliards. La ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset reste le poste le plus lourd, avec 1.910 milliards de dinars.
Ces dotations s’inscrivent dans un cadre budgétaire que le ministre a détaillé devant les députés. La croissance devrait atteindre 4,2 % en 2027, après environ 4,3 % attendus pour la fin de l’année en cours. Les recettes budgétaires dépasseraient 9.251,1 milliards de dinars, en hausse de 7,4 % par rapport à 2026, tandis que les dépenses s’établiraient à 17.251,6 milliards en autorisations d’engagement et à 17.882,6 milliards en crédits de paiement. M. Lebbou a affirmé que l’État entendait « parachever les grands programmes d’investissement public », en accordant une attention particulière à la sécurité alimentaire et hydrique ainsi qu’à la transition énergétique.
Gara Djebilet, le fer sort du désert
Le gisement de Tindouf, dont les réserves sont estimées à environ 3,5 milliards de tonnes, compte parmi les plus importants au monde. Le projet d’exploitation du gisement est entré dans le concret ces derniers mois. Les premières livraisons de minerai ont atteint en février 2026 le complexe sidérurgique Tosyali de Bethioua, près d’Oran, grâce à la nouvelle ligne minière Ouest. La voie ferrée, qui relie Tindouf à Béchar, a été mise en service début 2026 après l’instruction donnée par le chef de l’État lors du Conseil des ministres de novembre 2025, qui avait fixé à ce moment l’exploitation locale du minerai. Le projet prévoit une exploitation industrielle intégrée avec une première unité de traitement primaire d’une capacité de 4 millions de tonnes. Un partenariat entre Feraal, filiale du groupe, et Tosyali prévoit une usine de concentré de fer à haute teneur, dont la production doit grimper à 10 millions de tonnes par an à l’horizon 2032. L’enjeu est de réduire la facture d’importation de minerai et de bâtir une filière sidérurgique nationale. Le président Tebboune avait d’ailleurs vu dans ce projet « une nouvelle orientation » fondée sur la souveraineté économique et la diversification hors hydrocarbures.
Phosphate, la course contre la montre à l’Est
Le projet de phosphate intégré est sans doute celui qui a le plus avancé sur le terrain ces dernières semaines. Le 12 août 2026, Sonatrach et la Société algérienne des fertilisants ont signé deux contrats clés en main, l’un avec l’italien Saipem pour les installations de Bled El Hadba et d’Oued Kebrit, l’autre avec le chinois CHEC pour les infrastructures portuaires d’Annaba. Le 24 septembre, la première pierre du complexe de transformation d’Oued Kebrit, dans la wilaya de Souk Ahras, a été posée. Les chiffres donnent la mesure de l’ensemble. Le site de Bled El Hadba, à Tébessa, doit extraire 5,5 millions de tonnes de phosphate brut par an pour 3,2 millions de tonnes de concentré. À Oued Kebrit, une première phase vise 2,4 millions de tonnes d’engrais phosphatés et 570.000 tonnes d’urée annuelles. Le calendrier est serré. Le démarrage du phosphate enrichi est visé pour le premier trimestre 2027 et celui des engrais pour le quatrième trimestre de la même année. Lors du dernier Conseil des ministres, le chef de l’État s’est félicité du rythme des travaux sur la ligne minière Bled El Hadba, Oued Kebrit et port d’Annaba, avec un lancement de la production en mars 2027. Au port d’Annaba, les effectifs du chantier d’extension devaient être doublés cet été pour tenir une livraison au premier trimestre 2027.
Tebboune a insisté sur la dimension sociale de ce chantier, qu’il juge capable de créer des « dizaines de milliers d’emplois », en soulignant que ces projets « ne sont pas le fruit du hasard » mais figuraient parmi ses engagements de campagne.
Alger-Tamanrasset, 2.039 kilomètres de rail
La ligne qui doit relier la capitale à l’extrême Sud reste le projet le plus ambitieux, par sa longueur comme par son coût. Elle s’étend sur 2.039 kilomètres et traverse dix wilayas. Le chef de l’État en a fait une « priorité absolue » et demandé que sa mise en service intervienne à la fin de 2028, en passant par Laghouat, Ghardaïa, El Meniaa et In Salah.
Le tronçon Laghouat-Ghardaïa-El Meniaa, long d’environ 500 kilomètres, constitue le gros chantier de l’étape. Les études techniques sont achevées à 100 %, grâce à des bureaux d’études nationaux, et les travaux devaient démarrer en septembre, confiés à des entreprises algériennes. La Banque africaine de développement a approuvé un prêt de 747,32 millions d’euros pour cette liaison, et le montant global des deux marchés dépasse 2,6 milliards de dollars.
Sur le terrain, l’accompagnement logistique se met en place. Dans la wilaya d’El Meniaa, que la ligne traverse sur près de 430 kilomètres, des sites ont été identifiés mardi pour accueillir les bases de vie et les installations annexes. Le secrétaire général de la wilaya, Bachir Menoune, a indiqué à l’APS que ces structures offriront « des conditions adéquates » aux travailleurs et aux équipes techniques, avec des espaces de stockage pour les équipements et les matériaux. La commission de wilaya a aussi examiné lundi soir l’implantation d’un transformateur électrique à Hassi El-Gara, d’une aire de stockage et d’un atelier de fabrication d’ouvrages hydrauliques au profit des entreprises chargées des travaux.
Pour le gouvernement, ces trois chantiers sont la preuve d’une transformation structurelle qui s’installe. M. Lebbou a d’ailleurs relevé que les résultats enregistrés dans plusieurs secteurs hors hydrocarbures témoignent « des effets progressifs » des politiques publiques. Les prévisions de clôture pour 2026 vont dans ce sens, avec une croissance hors hydrocarbures attendue à 4,8 % et un PIB nominal qui devrait dépasser 48.723 milliards de dinars.
Amar Malki

