Flambée des prix : Tebboune sonne la riposte !
Le Conseil des ministres de dimanche a bâti un dispositif complet contre la flambée des prix, de l’enquête sur les importateurs de viande à la base de données nationale d’alerte. Rail phosphatier, train du Sud et dessalement complètent un ordre du jour dense.
Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a ordonné dimanche, en Conseil des ministres, un suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de base sur tout le territoire. Les intermédiaires et certains importateurs de viande, accusés de tirer les étiquettes vers le haut, sont visés en premier. Sept mesures immédiates ont été arrêtées pour stabiliser le marché et remédier à la cherté de la vie.
Le chef de l’État veut d’abord un texte imposant « une organisation rigoureuse de l’activité des intermédiaires de vente entre les producteurs et les citoyens ». Le Premier ministre est chargé d’ouvrir de son côté une enquête immédiate sur « le rôle négatif de certains importateurs » dans l’accaparement et le renchérissement des viandes importées, ainsi que sur les bouchers qui les écoulent au tarif de la viande locale. L’écart de prix entre les boucheries des wilayas, « et même entre les quartiers », devra être expliqué.
Le ministre de l’Intérieur, avec les walis, doit mettre en place un mécanisme d’achat des excédents de production locale, de stockage, puis de remise sur le marché « dès les premiers signes de variation des prix », afin de protéger le pouvoir d’achat.
Plafonnement des prix
Le ministère du Commerce intérieur devra préparer pour sa part un système de plafonnement des prix et de fixation des marges sur les légumes, les légumineuses, les pâtes et les viandes, en tenant compte des chaînes de production et de commercialisation.
Sur le terrain, le suivi sera décentralisé. Les directeurs du commerce en répondront devant les walis, les brigades de contrôle seront doublées et leur présence sur les marchés devra être « quotidienne et continue tout au long de l’année ». Une base de données numérique, conçue avec l’Intérieur, le Commerce et le commissariat à la numérisation, servira de système d’alerte pour intervenir quand les prix s’envolent « de manière inhabituelle ».
Le dossier n’est pas nouveau. Dès le Conseil du 8 mars, le président réclamait un suivi quotidien contre les spéculateurs sur les fruits et les viandes importées, avec liste noire et interdiction définitive d’importer pour les fautifs. Lors de son entrevue avec la presse le 3 octobre, Abdelmadjid Tebboune a estimé que la plupart des agriculteurs n’étaient pas en cause dans la flambée des fruits et légumes, et insisté sur la défense du pouvoir d’achat. Le message déplace le regard vers les maillons situés entre le champ et l’étal. Devant les opérateurs économiques réunis au CIC le 14 octobre, il a appelé à « se mobiliser pour combattre les parasites » et dénoncé ceux qui cherchent à épuiser les réserves de devises sans rien apporter au pays.
Ligne Alger-Tam : lancement immédiat du chantier
Sur le volet minier, le Conseil a examiné l’avancement de la ligne ferroviaire minière Est de 422 kilomètres qui relie Bled El Hadba à Annaba et du quai minéralier du port. Le président a martelé que le quai phosphatier est devenu « un pari régional et méditerranéen » qu’il faut gagner pour l’exploiter au plus tôt. Le gisement recèle 840 millions de tonnes exploitables, pour une production visée de 10,5 millions de tonnes par an. La première cargaison reste annoncée pour fin mars 2027.
Le président a aussi ordonné le lancement immédiat, à partir de Tamanrasset, de la ligne qui reliera Laghouat, El Meniaa, In Salah et Tamanrasset. Le 4 octobre, il en avait déjà fait une « priorité absolue », avec une livraison complète fixée à fin 2028. La Banque africaine de développement finance l’opération, dont 1,5 milliard de dollars pour le seul tronçon entre Laghouat et El Meniaa, sur un total de 1 581 kilomètres.
Le dernier dossier concerne le raccordement des nouvelles stations de dessalement. Le président veut que Chlef, Mostaganem et Tlemcen soient servies au plus vite, vu leur « situation prioritaire ». Les autres wilayas attendront une étude technique « au cas par cas » de leurs ressources en eaux de surface et souterraines. Le président a réitéré la nécessité d’un contrôle strict des autorisations de forage, « pour protéger les nappes ». Ces deux points entreront dans le projet de loi d’orientation agricole, qui sera soumis à un Conseil des ministres consacré à l’agriculture.
Sabrina Aziouez

