Pétrole : Le Brent à plus de 116 dollars, la menace de frappes américaines sur l’Iran relance la flambée
Le marché pétrolier retient son souffle. Au terme de la séance de vendredi, le Brent de la mer du Nord, pour livraison en décembre, s’est hissé à 116,72 dollars le baril, en hausse de 3,14 %. C’est son niveau le plus élevé depuis près de six mois, soit fin avril. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), a gagné 3,82 % à 103,27 dollars. Moteur de cette nouvelle poussée de fièvre, la crainte d’une escalade entre les États-Unis et l’Iran, que les investisseurs jugent désormais plus proche. Le regain de nervosité tient d’abord à la tonalité des messages venus de Washington. L’émissaire américain Tom Barrack a affirmé vendredi que les États-Unis pourraient frapper l’Iran dès ce week-end, après la multiplication, ces derniers jours, des menaces de Washington et d’Israël en ce sens. Le président Donald Trump avait lui-même annoncé à plusieurs reprises une « décision » imminente sur le dossier iranien, évoquant tantôt « la manière douce », tantôt « la manière forte ». Il avait pourtant laissé entendre jusque-là que rien ne se produirait avant les élections législatives américaines du 3 novembre. Les analystes de Briefing.com résument la séance en soulignant que le brut s’envole à mesure que le bras de fer entre Washington et Téhéran se durcit.
À ces tensions s’ajoutent les attaques répétées des Houthis du Yémen contre des infrastructures civiles en Arabie saoudite, dont des sites pétroliers et des aéroports. Sur le plan physique, le tableau reste brouillé. Selon la plateforme de suivi maritime Kpler, les volumes exportés par les pays du Golfe ont retrouvé, durant la semaine achevée le 18 octobre, des niveaux supérieurs à ceux d’avant la guerre. Mais Barbara Lambrecht, analyste chez Commerzbank, relève que de nombreuses incertitudes subsistent quant aux quantités réellement disponibles. Ole Hansen, de Saxo Bank, évoque pour sa part une inquiétude grandissante face à de nouvelles attaques qui endommageraient les infrastructures de production, de transformation ou d’exportation, avec des perturbations difficiles à résorber.
Le gaz n’est pas épargné. Le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne, a grimpé de 3,77 % vers 19h00 GMT, à 93,44 euros le mégawattheure, son plus haut niveau depuis 2022. Les livraisons de gaz naturel liquéfié en provenance du Golfe demeurent faibles, un méthanier a récemment été visé au large du Yémen et les stocks européens sont bas. Autant de facteurs qui, souligne Mme Lambrecht, accentuent la pression haussière sur les prix.
Le coût du fret inquiète
Au-delà des cours, c’est aussi le coût du transport qui inquiète. Dans une note relayée cette semaine par Bloomberg, Goldman Sachs met en garde contre un nouveau choc des prix. Selon la banque américaine, le coût moyen du fret pétrolier à l’échelle mondiale a bondi à plus de 20 dollars le baril, contre 3 dollars il y a un an, et il atteint 35 dollars sur les routes du Moyen-Orient. Cette envolée résulte, expliquent ses analystes, de la guerre en Iran et de la crise d’Ormuz, qui ont provoqué une crise du transport maritime peu susceptible de se dénouer rapidement. Elle intègre une prime de risque de guerre de 7 dollars le baril dans le détroit d’Ormuz, 4 dollars liés au renchérissement du carburant et 4 dollars imputables aux transbordements de navire à navire dans le golfe d’Oman. Ces opérations immobilisent de nombreux pétroliers et réduisent la disponibilité des navires sur les autres routes. Les supertankers ont vu leurs tarifs dépasser 1,4 million de dollars par jour sur la liaison Golfe–Asie de l’Est début octobre, un record. La tension se propage désormais aux navires de taille inférieure, les Aframax et les Suezmax, dont la demande et les tarifs journaliers ont eux aussi flambé. Goldman Sachs maintient pour l’heure un scénario central à 90 dollars le baril de Brent d’ici la fin de l’année, très en deçà du niveau atteint vendredi. Mais « un risque haussier » pèse sur cette prévision, écrivent ses analystes, qui citent aussi la possibilité d’attaques plus intenses contre le transport maritime, de dégâts aux infrastructures pétrolières et d’une « prime de risque géopolitique plus tenace ».
Samira Ghrib

