La « Déclaration de Djanet » adoptée au terme du Festival international de l’art rupestre: Une feuille de route pour sauver le patrimoine rupestre africain
Au terme de la deuxième rencontre internationale sur la préservation des sites d’art rupestre du Tassili n’Ajjer, experts et chercheurs ont adopté, vendredi à Djanet, un texte de référence qui place la conservation préventive au rang de priorité absolue et appelle à fédérer les efforts africains.
C’est une charte aux ambitions continentales qui restera de la première édition du Festival international de l’art rupestre, dont le rideau est tombé vendredi soir au cœur du Tassili. Clôturant les travaux de la deuxième rencontre internationale sur la préservation des sites d’art rupestre du Tassili n’Ajjer tenue en marge du festival, les participants ont adopté la « Déclaration de Djanet », un document fondateur censé protéger le patrimoine rupestre africain, le faire connaître et le transmettre aux générations futures. Lues par l’inspecteur du patrimoine culturel au ministère de la Culture et des Arts, Salah Amokrane, en présence du wali de Djanet, M’Hamed Moumen, du commissaire du festival, Abdellah Bouguendoura, et de nombreux chercheurs algériens et étrangers, les recommandations ont été précédées d’un constat sans complaisance. Les signataires s’inquiètent des effets cumulés du changement climatique, de la dégradation des parois rocheuses, du vandalisme et du pillage, mais aussi des pressions exercées par les infrastructures et par des pratiques touristiques inadaptées à la fragilité des sites. Le texte s’adosse à la Convention du patrimoine mondial de 1972, rappelle la rencontre historique de 1978 et salue au passage les efforts précurseurs de l’Algérie dans ce domaine.
Pour parer au danger, la déclaration préconise une réponse à la fois scientifique et opérationnelle. Elle recommande d’« accorder la priorité à la conservation préventive » en suivant de près les facteurs de dégradation liés au climat et en anticipant les risques, naturels comme humains, qui guettent les sites. Les travaux d’inventaire devront, eux, devenir une « priorité permanente », appuyée sur les technologies modernes, les bases de données numériques, l’imagerie, la numérisation et les analyses archéométriques, sans jamais perdre de vue le contexte archéologique local. Les participants plaident aussi pour une coopération étroite entre institutions scientifiques, gestionnaires de sites et détenteurs des savoirs locaux, tout en veillant à protéger les informations sensibles.
Sur le terrain, le texte met l’accent sur la gouvernance. Les guides et les agents de surveillance issus des communautés locales devront bénéficier de formations continues et d’un appui technique, tandis que les cadres législatifs gagneraient à évoluer pour favoriser les partenariats et associer réellement les populations aux décisions. La déclaration insiste également sur la reconnaissance des mécanismes communautaires de transmission des traditions orales, ainsi que sur une répartition équitable des retombées économiques générées par la valorisation de ce patrimoine. Elle invite par ailleurs à renforcer la protection juridique et la lutte contre le trafic illicite des biens archéologiques, et à donner la priorité aux sites les plus menacés, sur la base d’une évaluation scientifique du niveau de risque.
Le tourisme n’est pas oublié. Les rédacteurs appellent à promouvoir un tourisme durable et responsable, à travers une charte éthique destinée aux visiteurs et fondée sur le respect des œuvres et de leur environnement. Ils recommandent de former des guides issus des populations locales, de réguler les flux selon la capacité d’accueil des territoires, d’intégrer les femmes et les jeunes dans la chaîne de valeur touristique et de mobiliser des financements durables pour préserver les sites et développer les régions concernées.
En conclusion, la déclaration plaide pour l’intégration de ces orientations dans les politiques et programmes nationaux et internationaux, et pour un renforcement de la coopération scientifique et technique entre le Sahara et le Sahel. Elle réclame un cadre stratégique, une feuille de route opérationnelle et un guide des bonnes pratiques, afin d’assurer un suivi coordonné et un échange régulier d’informations techniques. L’ambition affichée est claire, il s’agit de faire de Djanet et de l’Algérie des références mondiales dans la préservation de la mémoire humaine pour les générations à venir.
Durant ces cinq jours, les invités étrangers n’ont pas caché leur admiration. Rim Kelouaz, du Fonds pour le patrimoine mondial africain, a souligné « la place privilégiée » qu’occupe l’Algérie dans la préservation du patrimoine mondial sur le continent, grâce à sa diversité et à l’expérience accumulée par ses institutions. Le Qatari Youssef El Kazem, président de l’Union arabe des médias du patrimoine, a parlé d’« un espace magnifique et unique au monde », tandis que le Nigérien Ganda Amadou, conservateur de la réserve de l’Aïr et du Ténéré, a jugé l’art rupestre algérien « très riche et diversifié ». Organisé par le ministère de la Culture et des Arts sous le haut patronage du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le festival aura ainsi offert à Djanet une belle tribune.
Mohand Seghir

