La mobilisation ne faiblit pas face à « une dérive autoritaire »
Malgré l’interdiction de nombreux cortèges et un déploiement policier massif, des centaines de milliers de personnes ont défilé samedi dans tout le pays. Les Gilets jaunes, qui dénoncent une « dérive autoritaire » du pouvoir, appellent déjà à une nouvelle journée d’action la semaine prochaine.
La rue française ne désarme pas. Samedi 24 octobre, quelque 410 000 personnes ont manifesté à travers le pays selon le ministère de l’Intérieur, et plus de 800 000 selon la CGT, principale centrale syndicale, qui souligne que les cortèges ont défilé « malgré les interdictions de manifester ». À Paris, le ministère et la préfecture de police comptent 110 000 manifestants, contre 250 000 pour le syndicat. Dans le même temps, le mouvement des Gilets jaunes a annoncé une nouvelle journée de mobilisation la semaine prochaine pour défendre les libertés publiques. Né en 2018 d’une fronde contre la hausse du coût de la vie, le mouvement accuse les autorités d’une « dérive autoritaire » après l’interdiction de plusieurs marches prévues ce jour. Il appelle à des rassemblements et à des sit-in devant l’Assemblée nationale et les mairies du pays. Dans un communiqué publié en marge de cette nouvelle vague de manifestations, il dénonce « le mépris, le refus d’écouter, le mensonge et la répression » de la part du gouvernement.
Lors d’une conférence de presse tenue devant un café de la place de la Bastille, point de départ initial de la marche parisienne contre la vie chère et en faveur des revendications étudiantes avant que la police n’en interdise le parcours, deux membres du mouvement, Benjamin Bal et Azelma Sigaut, ont lancé : « Le gouvernement essaie de nous diviser. En criminalisant notre mouvement, il veut empêcher le front uni sur le point de naître. » La coordination dit y répondre par l’union. Elle appelle à des assemblées de convergence partout en France, réunissant lycéens, étudiants, Gilets jaunes, ouvriers, paysans et retraités, car la colère monte, selon elle, dans les lycées, les universités, les quartiers, les campagnes et les lieux de travail.
Sur le terrain, le dispositif de sécurité est impressionnant. 70 000 policiers ont été mobilisés, soit 10 000 de plus que le 17 octobre, journée où des protestations contre la cherté de la vie et la dégradation des services publics avaient dégénéré en l’un des pires épisodes de troubles depuis des années. À Lyon, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser environ 150 personnes rassemblées dans une zone interdite à toute manifestation, près d’un bâtiment universitaire et d’un commissariat, alors qu’elles tentaient de bloquer la chaussée. Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a fait état de 135 interpellations en fin de journée, certaines après des fouilles préventives ayant permis de saisir des feux d’artifice, des billes métalliques et d’autres objets pouvant servir d’armes. « Notre réponse doit être très rapide, car des groupes politiques, voire des délinquants, appellent à semer le trouble. La journée sera longue », a-t-il averti.
Le centre de Paris avait des allures de ville confinée avec des commerces barricadés derrière des panneaux de bois, musées fermés, plus de vingt stations de métro portes closes. Les organisations patronales avaient invité les détaillants à rester fermés, après les dégâts et pillages subis par des milliers de commerces et d’entreprises le week-end précédent. Le Louvre, le musée d’Orsay et l’Opéra de Paris ont baissé le rideau par précaution, au grand dam des touristes.
Présent dans le cortège parisien, la figure la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a dénoncé la méthode. « Une fois de plus, ceux qui sont au pouvoir perturbent les rassemblements et imposent des heures de fin, ce qui empêche les organisations de se reformer. », at-il dénoncé. L’Union étudiante, elle, accuse l’exécutif d’« organiser le chaos » et réclame plus de moyens pour l’université ainsi que l’abrogation de Parcoursup, la plateforme nationale d’admission dans l’enseignement supérieur. Des heurts ont éclaté en fin de manifestation à Paris, Marseille, Grenoble, Strasbourg et Lille. À Toulouse, un manifestant a été grièvement blessé à la main, selon la préfecture, qui annonce des investigations judiciaires.
Lyes Saïdi

