Commerce : Une loi pour plafonner les marges en préparation
Un responsable du ministère du Commerce intérieur annonce un texte qui encadrera les marges de chaque maillon, du champ jusqu’à l’étal. Il dresse aussi le bilan d’un contrôle renforcé et présente la plateforme numérique qui permet désormais aux citoyens de dénoncer les abus.
Les marges bénéficiaires sur les fruits et légumes seront bientôt encadrées par la loi. L’annonce a été faite ce lundi par Kamel Boukheddache, directeur central à la Direction générale du contrôle économique et de la répression des fraudes au ministère du Commerce intérieur, invité de la chaîne 3 de la Radio algérienne. Un projet de loi est en cours d’élaboration pour plafonner les marges des différents intervenants dans le commerce de certains produits de large consommation.
Le responsable a rappelé que la chaîne repose sur trois acteurs essentiels, l’agriculteur, le grossiste et le détaillant. Il a admis que la multiplication des intermédiaires, chacun prélevant sa part au passage, alourdit la note du consommateur final. Pour expliquer la récente flambée des produits alimentaires et agricoles, il a évoqué « plusieurs facteurs », entre manœuvres spéculatives, fluctuation des cours internationaux des intrants et des matières premières, et coûts du transport maritime. Il a aussi pointé « le rôle non négligeable des intermédiaires », qui multiplient les marges « au détriment du pouvoir d’achat du consommateur ». Le texte entend briser cette mécanique, avec le concours des professionnels de la filière.
L’initiative s’inscrit dans le prolongement du Conseil des ministres du 18 octobre. Ce jour-là, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné plusieurs mesures immédiates pour assurer le suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de base sur l’ensemble du territoire. L’une d’elles prévoit un système décentralisé permettant aux directeurs du commerce, sous la responsabilité des walis, d’assurer « le suivi quotidien, au niveau local, des prix des produits de large consommation ». Deux jours plus tard, le Premier ministre Sifi Ghrieb réunissait le Conseil interministériel conjoint pour examiner l’adhésion des mandataires des marchés de gros de fruits et légumes au nouveau dispositif, en application des orientations du chef de l’État. L’enjeu est de taille, puisque les prix à la consommation ont progressé de 8,3 % en août 2026 sur un an, selon l’Office national des statistiques.
La spéculation en recul
Sur le terrain, l’État a déjà plafonné la pomme de terre à 90 dinars. Les contrôles ont changé d’échelle, avec plus de 2,4 millions d’interventions sur les neuf premiers mois de l’année, soit 19 % de plus qu’en 2025. Plus de 167 000 infractions ont été relevées (+6,3 %), mais seulement 17 procès verbaux ont été dressés pour spéculation illicite, en recul de 58 % grâce, selon M. Boukheddache, aux « sanctions dissuasives ». Pour y parvenir, le ministère a mobilisé « presque 80% de nos effectifs », soit plus de 7 000 agents déployés 7 jours sur 7, fins de semaine comprises, pour veiller à la transparence des transactions, à l’affichage des prix et à la conformité des produits.
Pour les viandes rouges, un décret exécutif de 2024 plafonne déjà les marges à tous les stades et fait actuellement l’objet d’une révision. Des quotas d’importation ont par ailleurs été attribués à des opérateurs agréés en prévision du Ramadan.
Côté citoyens, le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national a lancé dimanche la plateforme « Tawassol, voix du consommateur », selon un communiqué. Elle permet de signaler le non affichage des prix, le non respect des prix réglementés ou plafonnés et des règles d’hygiène, ainsi que les perturbations dans la disponibilité des produits de large consommation. Un espace d’information est ouvert aux opérateurs économiques comme aux citoyens, et un autre, réservé au consommateur, propose des conseils afin de « diffuser la culture de consommation ». Les signalements sont, assure M. Boukheddache, « immédiatement pris en charge par les directions du commerce de chaque wilaya ». Le site est accessible sur tawassol.commerce.gov.dz et une application mobile suivra prochainement.
Lyna Larbi

