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Tebboune acte l’envoi d’unités de l’ANP au Niger : Protéger les intérêts énergétiques communs

Le chef de l’État a décidé, lundi, d’envoyer des unités de l’Armée nationale populaire au Niger pour protéger les intérêts énergétiques et économiques communs, à la demande de Niamey, au lendemain de l’aval des deux chambres du Parlement réunies à huis clos.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a décidé, lundi, d’envoyer des unités de l’Armée nationale populaire (ANP) en République du Niger « afin d’assurer la protection des intérêts énergétiques et économiques communs algéro-nigériens », indique un communiqué de la Présidence. Chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale, le chef de l’État agit à la demande des autorités nigériennes. La décision marque place ainsi la défense des intérêts économiques au cœur de cette démarche.

Le communiqué en fixe le cadre avec précision. Le président s’appuie sur « les dispositions de la Constitution, notamment ses articles 30 et 91 (alinéas 1, 2 et 7) » et souligne que l’envoi intervient « à la demande des autorités nigériennes ». Il intervient après l’approbation à l’unanimité du Conseil de la nation et de l’Assemblée populaire nationale, lors de séances plénières à huis clos tenues le 25 octobre.

Les deux chambres du Parlement avaient été saisies d’une notification signée par le chef de l’État le 22 octobre, fondée sur le deuxième alinéa de l’article 91 de la Constitution. Au Conseil de la nation, que préside Azouz Nasri, le vote a été unanime, alors que la Constitution exige pour cette procédure l’approbation des deux tiers des membres, soit 116 voix. Du côté de l’APN, que préside Khalida Boufedeche, le communiqué de la chambre évoque pour sa part une approbation « à la majorité absolue des présents ».

Cet engagement a ainsi pour cadre la protection des activités de Sonatrach dans une région fragilisée par l’instabilité et exposée à la menace terroriste.

Il faut rappeler que Sonatrach exploite le champ pétrolier de Kafra, dans la région d’Agadez, qui se trouve à environ 85 kilomètres de la frontière algérienne. Il constitue le socle de la coopération énergétique entre Alger et Niamey. Sonatrach y travaille depuis 2005 à travers sa filiale Sipex, avec de vastes campagnes sismiques puis deux puits d’exploration forés en 2018 et 2019. Le 13 août dernier, les deux pays ont donné le coup d’envoi d’un programme de quatre nouveaux forages confié à l’Enafor. Niamey évoque des ressources prospectives pouvant atteindre 2,5 milliards de barils, sans les présenter comme des réserves confirmées. Des discussions sont également engagées sur l’exploitation du champ de Bilma, tandis que le gazoduc transsaharien doit acheminer le gaz nigérian vers l’Europe via le Niger puis l’Algérie. Autant de chantiers coûteux qui ne peuvent avancer sans un minimum de garanties sur le terrain.

La décision du chef de l’État s’inscrit aussi dans un engagement constant. L’Algérie défend de longue date l’idée que la stabilité du Sahel passe par le développement économique, et que l’insécurité à ses portes finit toujours par la rattraper. La tentative de putsch avortée à Niamey, fin août, a rappelé combien la situation reste fragile. Elle est survenue peu après la visite à Alger du chef du gouvernement nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, et le Président Tebboune y a dénoncé une provocation. Quatre avions de combat avaient alors été dépêchés, une première depuis l’indépendance. Début octobre, devant des représentants de médias nationaux, le chef de l’État avait expliqué en substance qu’on ne peut pas signer des accords dans le pétrole et les mines puis laisser quelqu’un tout balayer en une nuit, et que l’Algérie avait les moyens de défendre ses amis comme les intérêts qu’elle partage avec eux.

La mission autorisée par le Président Tebboune reste aussi circonscrite à la protection des intérêts énergétiques et économiques communs, loin de toute opération de combat à l’intérieur du Niger. La précision compte, tant le respect de la souveraineté est une constante de la politique étrangère algérienne.

Salim Amokrane

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