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Le représentant du Makhzen aux Nations-unies, Omar Hilale, s’est illustré par une énième provocation cette semaine, en distribuant une note aux membres du Mouvement des Non-alignés évoquant un soutien du régime marocain à un prétendu « droit à l’auto-détermination du peuple kabyle ». Une manœuvre qui tente de capitaliser sur l’amalgame avec le droit légitime du peuple sahraoui, colonisé à l’indépendance et reconnu comme tel par la communauté internationale et le droit international.

C’est surtout le fruit d’une réaction épidermique et puérile du régime marocain au soutien de l’Algérie à la cause sahraouie qui se redéploie sur le front diplomatique pour défendre des positions de principe inaliénable. L’Algérie a d’ailleurs appelé, lors de la réunion des Non-alignés, à la nomination rapide d’un nouveau représentant du Secrétaire général des Nations unies au Sahara occidental. Une question qui agace le Makhzen, lequel déploie des efforts incommensurables pour bloquer la nomination d’un nouvel émissaire de l’ONU, et par conséquent le processus onusien devant aboutir, de manière incontournable, à la tenue d’un référendum pour l’autodétermination du peuple sahraoui.

Cette manœuvre s’inscrit pleinement dans les pratiques du Makhzen qui s’imagine pouvoir influencer les positions des pays soutenant la cause sahraouie. C’est cette même attitude qui a poussé le régime marocain à provoquer une crise diplomatique avec l’Allemagne, et plus récemment une crise migratoire avec l’Espagne et par extension l’Union européenne dans son ensemble.  Ce n’a, au final, eu pour conséquence que de renforcer l’engagement de ces pays en faveur de la cause sahraouie.

Les actes du Makhzen, qui semble jouer un poker menteur, sont irréfléchis. Et la dernière manœuvre menée contre l’Algérie le prouve. Il faut comprendre cependant que le Makhzen a associé sa survie à la colonisation du Sahara occidental, en 1975, et la question sahraouie est toujours agitée en tant qu’épouvantail à chaque fois que le régime marocain voit se profiler les prémices de la contestation.

Les prémices d’un printemps marocain

Or, le Makhzen est aujourd’hui dans une situation plus délicate. Car, il a justifié la normalisation ou plutôt l’officialisation de ses relations avec l’entité sioniste par le subterfuge de la question sahraouie. Le « deal du siècle » promu par Trump promettait au Makhzen des armes, de l’argent et une reconnaissance sur une prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental contre la normalisation.

Or Trump est parti deux mois plus tard. L’administration Biden n’a pas validé la reconnaissance unilatérale et personnelle de Trump et le congrès US a apposé son véto contre la vente d’armes américaines au Makhzen. Ce qui ne fait qu’alimenter la colère des Marocains, profondément attachés à la cause palestinienne et qui ne comprennent pas la trahison du Makhzen qui a osé vendre El-Qods, troisième lieu saint de l’Islam.

Une question qui peut d’ailleurs être l’étincelle d’un déchainement de colère du peuple frère, opprimé par un régime corrompu et qui leur fait subir les pires des inégalités et des injustices. Bien que les médias inféodés par le Makhzen tentent de dresser un tableau enjolivé de la situation au Maroc, la crise couve. Des rapports relayés hier par les médias locaux indiquent que plus de 200.000 personnes ont perdu leur emploi au Maroc entre 2019 et 2020. Des chiffres qui peuvent donner une petite idée sur la gravité de la crise et du chômage qui frappe le voisin de l’Ouest dans une mesure beaucoup plus large. Mais ce qui est intéressant à étudier est l’ampleur des inégalités révélées par les mêmes rapports. Ces derniers précisent ainsi que seuls 24,7% de la main-d’œuvre employée au Maroc disposent d’une assurance médicale liée au travail et plus de la moitié des travailleurs marocains (55,2%) n’ont aucun contrat avec leur employeur.  La même étude révèle aussi qu’environ 54,3% de la main-d’œuvre employée au Maroc n’a pas de diplôme.

Les Marocains souffrent de sous-qualifications, pour ne pas dire d’analphabétisme, de pauvreté et de précarité de l’emploi. Et c’est là l’origine du mal qui ronge la société marocaine et qui alimente la colère de la population. Ce fut l’origine du Hirak du Rif, région que le Makhzen imagine avoir pu acheter en légalisant la culture du cannabis. Mais la colère couve toujours. Une vidéo qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux ce week-end le démontre. Un jeune homme dénonçant la répression du Makhzen et réclamant une vie descente et digne secoue les certitudes du régime marocain. Un jeune vendeur de cacahuètes de Nador, dans le Rif oriental, s’oppose à des policiers et dénonce le fait qu’on lui enlève son gagne-pain. Une vidéo qui démontre les conséquences du chômage endémique au Maroc et les conditions de vie difficiles des Marocains. Elle semble surtout devenir cette étincelle qui peut mettre le feu aux poudres. Car le Makhzen joue avec le feu et risque de se brûler.  Lui qui fait déjà l’objet d’une levée de boucliers pour ses atteintes systématiques aux droits de l’Homme, aussi bien au Sahara occidental qu’au Maroc. Ce sont même ses alliés sur lesquels il a compté, le département d’Etat américain et Euromed, qui sont les premiers à le clouer au pilori.

Chokri Hafed