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Auteur de plusieurs ouvrages sur le thème des déportés algériens de Nouvelle Calédonie, Mustapha Hadj Ali est un vrai passionné du sujet. A son actif, des travaux déjà publiéstels que«Bagnards algériens de Cayenne», paru en 2018, «Les Algériens en Nouvelle-Calédonie – l’insurrection de 1871», édité en 2019 et «Des révoltes populaires aux déportations», un ouvrage paru en août 2020 chez les éditions El Amel. Les trois livres retracent l’épopée de ces individus qui ont été envoyés vers des pays lointains où il était « presque impossible de revenir ».

Entretien réalisé par Kamel Naït Ameur

Vous avez écrit plusieurs ouvrages sur les déportés. Qu’est ce qui a motivé le traitement de ce sujet ?

C’est un domaine qui m’a été inculqué par mon père. Je me souviens encore de ses histoires qu’il me racontait le soir sur le sujet. Il évoquait des personnage qui ont été envoyés dans des pays lointains au point qu’ils n’ont plus la chance de revenir.C’est un sujet qui m’a donc passionné dès ma tendre enfance. Ce qui rendait les récits de mon père fort passionnants c »étaitt aussi ces rares histoires de personnes qui ont réapparu après une longue absence et après que leurs familles ont désespéré de les revoir sachant qu’ils ont été envoyés au bagne. J’imagine aussi, les sentiments que devaient ressentir ceux qui ont laissé leurs enfants et leurs parents pour ne plus jamais les revoir. Enfin,la rareté des écrits retraçant la misère vécue par les déportés algériens m’a donné l’envie d’aller à la quête du moindre détail sur le sujet.

Mais, le sujet nécessite des moyens vu la rareté des liens et l’éloignement. N’est-ce pas?

Oui en effet, le travail nécessite de moyens mais la passion que j’ai pour le sujet m’a toujours aidé à dépasser tous les obstacles. Oui, parfois, aller à la rencontre de ces gens se fait nécessaire. Il y a aussi beaucoup de détails auxquels on n’a accès qu’en voyageant. Mais bon,un travail de recherche se fait quand même. Dans l’avenir, ceux qui travaillent sur le sujet devront être aidés et surtout encouragés. C’est un travail de mémoire mais aussi d’avenir. Les déportés ont laissé des familles ici en Algérie mais ils ont fondé d’autres là-bas.Il faudra encourager ces travaux qui peuvent représenter des traits d’union.

Y’a-t-il des avancées sur le terrain dans le but de rapprocher cette communauté des siens restés au pays?

D’abord, il fautprendre acte du geste de l’Etat envers les déportés en leur rendant hommage à l’occasion de la fête de l’Indépendance. Mais, il faut aussi reconnaître qu’il reste beaucoup à faire. Cette petite communauté n’a pas coupé les liens avec le pays de leurs ancêtres. Ils en gardent beaucoup de choses dont la religion, les noms de familles et plein d’autres choses encore.Un intérêt plus grand doit être accordé à ceux qui travaillent sur le sujet mais aussi aux personnes la composant. Il faut se rapprocher d’eux pour étudier du moins pour l’instant, leurs besoins. Mesurer leurs attentes et voir celles qui sont réalisables à court terme, à moyen terme ou à long terme. Une chose est sûre, il faut maintenir les liens avec les descendants des Algériens déportés.Ils représentent encore une page d’histoire riche en enseignement et surtout riche par les sacrifices que les déportés ont consentis pour libérer l’Algérie.

Un dernier mot ?

Il faut encourager ceux qui travaillent sur ce thème. Il faut leur donner des moyens pour pousser leurs recherches plus loin.Les jeunes générations peuvent se rapprocher les unes des autres pour établir des liens familiaux et refaire peu à peu connaissance.