34e anniversaire du 5 octobre 1988 : Les leçons d’un espoir détourné

Il y a de cela 34 ans, le 5 octobre 1988, annonçait le début d’un « tsunami » politique.

Une révolte a grondé sur fond de mécontentement social et de mal-vie et qui a pris de court les appareils du parti unique et certains microcosmes politiques qui activaient dans la clandestinité. Personne n’attendait qu’une jeunesse marginalisée et désespéréeallait renverser la table sur le régime de l’époque. Aucun slogan ni mot d’ordre conçu et peaufiné par des partis politiques non-agréés n’a été clamé par les jeunes qui sont sortis pour manifester leur ras-le-bol et exprimer leur rejet de l’ordre politique établi sur fond d’une crise économique et sociale qui impactait profondément le régime politique.

Les événements d’octobre portaient des signes avant-coureurs, ils sont le prolongement d’une situation qui s’est exacerbée sur le plan foncièrement politique dont les tiraillements des factions au sein du régime présidé par Chadli Bendjedid à cette époque. Des conditions objectives d’une explosion sociale se faisaient sentir même si la rumeur a fait son effet dans la perspective de coopter et d’encadrer ce soulèvement qui souffrait d’une tare manifeste, à savoir le manque d’organisation et de structuration.

L’Algérie faisait face à de sérieux problèmes socio-économiques, le chômage faisait rage avec des cortèges de chômeurs qui pullulaient les quartiers populaires dont la majorité étaient des jeunes demandeurs d’emploi.La chute drastique des prix des hydrocarbures a provoqué une autre crise, à savoir la pénurie qui a touché les produits alimentaires de large consommation.

Les prémices se faisaient exprimer à travers les lycées où les lycéens observaient des heures de « grèves » en sortant en dans les rues scandant des slogans spontanés.Idem pour les travailleurs du SNVI qui observaient une longue grève qui a connu une escalade le 3 octobre, c’est-à-dire avant l’explosion généralisée qui a affecté les grandes villes d’Alger, Annaba, Oran, Tizi Ouzou et Bejaia pour ne citer que ces wilayas.

Le jour « J », il y a eu des émeutes qui se sont soldées par des actes de destruction des biens publics tels que les Souk El-Fellah, et les dépôts appartenant aux sociétés nationales et les commissariats.

Les émeutes ont ciblé en général les sièges des mouhafadha et des Kasma appartenant au FLN, une sorte de message à ce parti qui constitué le clivage politique dans le cadre des luttes de clans au sein du régime de cette époque.En quelques jours après le soulèvement populaire du 5 octobre, les slogans politiques se faisaient esquisser par des mouvements politiques qui activaient dans la clandestinité.C’était le premier moment de la revendication politique inhérente à l’ouverture du système sur les attentes et les aspirations de la société en matière de libertés démocratiques, syndicales et culturelles.

Nébuleuse

C’était le début de quelque chose qui allait donner de l’espoir et de la volonté pour les forces de changement démocratique et social de se frayer un chemin vers un Etat moderne et de progrès.Cette étape n’a pas duré longtemps, elle s’est vite transformée en une « parenthèse » dans les annales politiques du pays. Le processus démocratique a été complètement dénaturé à telle enseigne que des partis portant les germes de la violence ont été agréés. C’est le début d’une grande dérive qui allait plonger le pays dans une décennie faite de sang et de destruction. La brèche démocratique n’a pas tardé à faire sombrer le pays dans la spirale infernale de la violence terroriste et ses conséquences sur la situation politique, économique et sociale du pays.L’intrusion de la nébuleuse islamiste dans ce nouveau processus du changement a fait capoter la démarche de voir le pays se doter d’institutions fortes et rivées vers la modernité et le progrès social.

Le rêve du changement a été reporté à une date qui reste ouverte jusqu’à l’avènement du sursaut salvateur du 22 février 2019. Mais le même scénario concocté il y a de cela 34 ans lors du soulèvement du 5 octobre, a été réactivé par les forces occultes de cette même nébuleuse dans la perspective de détourner l’élan populaire du 22 février et de ladétourner de sa trajectoire.

Deux similitudes se font remarquer entre les événements du 5 octobre 88 et le mouvement populaire du 22 février. C’est le caractère spontané de l’élan populaire et l’absence d’une structuration des deux mouvements à même de leur permettre de se cristalliser en leur qualité de projets de société et un programme portant une nouvelle dynamique du changement sur la base d’une approche consciente et fondée sur un paradigme bien déterminé et défini.

Rachid Nassouti

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