Le rapport du FMI et les défis de l’économie algérienne

Par Abderrahmane Mebtoul

Professeur des universités, docteur d’Etat 1974 – Expert international – Expert-comptable de l’Institut supérieur de gestion de Lille France directeur d’Etudes Ministère Energie/Sonatrach1974/1979-1990/1995-2000/2007- 2013/2015

L’urgence du retour à la croissance afin d’atténuerles tensions sociales sont au cœur des défis. Leschoix politiques et économiquesd’aujourd’hui engagent la société sur le moyen et long termes et faceaux nouvelles mutations mondiales, la nouvellepolitique économiquede l’Algériedoit s’insérerdans lecadred’une planificationstratégique

Qu’en est-il du rapport surl’économie algérienne de lamission du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par M me Geneviève Verdier qui a visité Alger du 6 au 21 novembre pour les consultations de 2022 au titre de l’article IV avec l’Algérie. Le rapport note que lahausse des prix des hydrocarbures contribue à renforcer la reprise de l’économie algérienne suite au choc de la pandémieavecdes recettes exceptionnelles provenant des hydrocarbures qui ont atténué les pressions sur les finances publiques et extérieures. En 2022, le solde des transactions courantes de la balance des paiements devrait afficher son premier excédent depuis 2013, et les réserves internationales ont augmenté à 53,5 milliards de dollars fin septembre contre 46,7 milliards de dollars fin 2021 avecun excédent budgétaire quiest attendu en 2022. La croissance du PIB hors hydrocarbures devrait s’accélérer pour atteindre 3,2 % en 2022, contre 2,1 % en 2021. Les pertes de production dues au choc de la pandémie seront ainsi en grande partie résorbées, même si des séquelles durables sur le marché du travail et la croissance à moyen terme constituent toujours un risque, avec unecroissance du PIB projetée à 2,9% en 2022. Toujours selon ce rapport publié à Washington le21 novembre 2022, letaux d’inflation annuel moyen s’est établi autour de 9,4% au cours des derniers mois, son niveau le plus élevé sur 25 ans, devrait ralentir mais devrait rester au-dessus de 8% en moyenne sur fond d’assouplissement de la politique budgétaire. Mais le FMI met en garde contre l’euphorie car les perspectives à court terme de l’économie algérienne sont favorables mais sont largement tributaires des prix des hydrocarbures. « La mission estime que la persistance d’une forte dépendance à l’égard des recettes tirées des hydrocarbures et l’augmentation considérable des dépenses prévues en 2023 sont sources de risques importants pour les perspectives des finances publiques dans un contexte de forte volatilité des prix des matières premières et d’incertitude mondiale exceptionnelleet donc un ajustement budgétaire équilibré est nécessaire pour freiner les pressions inflationnistes, rétablir une marge de manœuvre pour les politiques économiques et stabiliser la dette publique. Le resserrement des liens entre les bilans de l’État, des entreprises publiques et des banques publiques pourrait faire peser des risques sur la stabilité financière et la viabilité de la dette. Ceci requiert de vastes réformes du secteur financier afin de renforcer la gouvernance et les modèles économiques des banques publiques, améliorer les capacités de surveillance, catalyser la provision de prêts au secteur privé et favoriser l’inclusion financière ». Eten conclusion sur un ton moins pessimiste, selon le FMI, la nouvelle loi sur l’investissement et les décrets associés pourraient créer un environnement plus favorable à l’investissement privé. Le déploiement envisagé d’un nouveau cadre législatif pour l’investissement dans les énergies renouvelables pourrait également faciliter la transition vers une économie à faible émission de carbone. La mission salue les mesures prévues par les autorités pour améliorer la qualité et la disponibilité des données statistiques et appelle à accorder la priorité aux actions dans ce domaine afin de mieux informer les politiques et les décisions du secteur privé.

Restructuration mondiale

Les changements économiques survenus depuis quelques années dans le monde ainsi que ceux qui sont appelés à se produire dans un proche avenir, doivent nécessairement trouver leur traduction dans des changements d’ordre systémique destinés à les prendre en charge et à organiser leur insertion dans un ordre social qui est lui-même en devenir. Or, toutprojetau moment desa production effective, sous réserve de la levée de toutes les entraves bureaucratiques, demande au minimum pour les PMI/PME , trois années pour atteindre le seuil de rentabilité et un projet hautementcapitalistiquecinqà sept années. Le juridisme se traduit par les lois ou décrets qui ne sont que destextes juridiques, l’important étant la réalisation sur le terrain,devant s’adapter àla profonde restructuration mondiale qui se dessine entre 2022/2030. Aussi, le gouvernement devra éviter de perpétuer un modèle périmé des années 1980/2020, largement déconnectées des réalités mondiales(notre interview au site américain Maghreb Voicesdu 21/11/2022),car sur les 7 milliards de dollars annoncés hors hydrocarbures, la structuration donne près de 70% de dérivées d’ hydrocarbures, devant dresserpour ce montant la balance devises, le gainnet pour l’Algérie après déduction des matières importées en devises et les différentes exonérations fiscalesLes réserves de change ,(idem pour les prévisions du taux de croissanceet donc du taux d’emplois),annoncées par le ministre des Finances de 54,6 milliards de dollars fin 2022,avec une prévision fin 2023de 59,7 milliards de dollars,avec un déficit budgétaire colossal fin 2022 qui approche les 40 milliards de dépense publique source d’inflation dépendent detrois facteurs , deux qui échappent à la décision interne : l’évolution du cours et du volume des exportations deshydrocarbures, pétrole et gaz ainsi que du montanten devisesdes investissements étrangers. Maisle facteur déterminant reposera sur une forte politique interned’accélérerréformesqui sont les conditions fondamentalesde la relance économique (Voirla synthèse de ma communicationdevantlamajorité des membres dugouvernement, les walis, les cadres de la nation, les responsables des grandes entreprises, les organisations syndicales et patronales -à Alger Club des Pins le 4 novembre 2012, sur le thème «pour une nouvelle politique industrielle», inséparable de la réforme globale . Cette intervention faisait suite au débat à Radio France Internationale (RFI), le 24 octobre 2012, à Paris, que j’ai tenu avec le professeur Antoine Halff de Harvard, économiste en chef du président US Barack Obama et qui était alors directeur de la prospective à l’AIE. Malheureusement,nos propositions d’une brûlanteactualité, que certainsdécouvrenten ces mois d’octobreetnovembre2022 n’ont pas été retenues , certains responsables et expertsorganiques vivant toujours de l’illusion de larenteéternelle.Le pays doit profiter de cette conjoncture particulière,car en économie,le temps neserattrape jamais, toute Nation qui n’avance pas recule forcément. L’Algérie a un endettementextérieur relativement faible quia étéselon le FMI de 2.4% en 2020,de 6.5% en 2021 et une projectionde 7.7% en 2022. Mais il y a un accroissement de la dette publique interne, ayant représenté50.7% du PIB en 2020,59.2% en 2021 etune projectionde 65.4% en 2022.

Six leçons à tirer

Pour des raisons de sécurité nationale, l’Algérie n’a pas d’autres choix que de réussir les réformes dont celle du numérique et de la transition énergétique, qui seront douloureuses à court terme mais porteuses d’espoir à moyen et long terme pour les générations présentes et futures. L’Algérie a besoin d’une autre vision évitant ces slogans dépassés que le moteur du développement quand le bâtiment va tout va ou les matières premières, les industries mécaniques classiques, dont celle des voitures en grande partie des montages de très faibles capacités, fortement capitalistique. Combien d’organisations et de Codes d’investissement depuis l’indépendance politique sans impacts réels. Tirons six leçons pour l’Algérie. Premièrement, la politique industrielle doit tenir compte des engagements internationaux de l’Algérie et évaluer sans passion, les impacts des accords de libre- échange avec l’Europe, avec le Monde arabe avec le continent Afrique, ainsi que les déséquilibres de la balance commerciale, accords qui nécessitent des dégrèvements tarifaires progressifs ne pouvant pénétrer les marchés mondiaux où règne une concurrence acerbe qu’avec des entreprises publiques et privées performantes, innovantes.Deuxièmement, la forte croissance peut revenir en Algérie. Mais elle suppose la conjugaison de différents facteurs: une population active dynamique, un savoir, le goût du risque et des innovations technologiques sans cesse actualisés, le combat contre toute forme de monopole néfaste, une concurrence efficace, un système financier rénové capable d’attirer du capital et une ouverture à l’étranger. Ces réformes passent fondamentalement par une démocratie vivante, une stabilité des règles juridiques et l’équité, les politiques parleront de justice sociale. La conduite d’ensemble de ces réformes ne peut ni être déléguée à tel ou tel ministre ni mise entre les mains de telle ou telle administration. Elle ne pourra être conduite que si, au plus haut niveau de l’État, une volonté politique forte les conduit et convainc les Algériens de leur importance d’où avec l’ère d’Internet une communication active transparente permanente. Ensuite, chaque ministre devra recevoir une «feuille de route» personnelle complétant sa lettre de mission et reprenant l’ensemble des décisions qui relèvent de sa compétence. Au regard de l’importance des mesures à lancer et de l’urgence de la situation, le gouvernement devra choisir le mode de mise en œuvre le plus adapté à chaque décision.Troisièmement, les actions coordonnées et synchronisées dans le temps exigent le courage de réformer vite et massivement, non des replâtrages conjoncturelles mais de profondes réformes structurelles à tous les niveaux en ayant une vision stratégique pour le moyen et le long terme, devant donc réhabiliter la planification et le management stratégique. L’Algérie peut y parvenir dans un délai raisonnable. La croissance exige l’engagement de tous, et pas seulement celui de l’État en organisant les solidarités devant concilier efficacité économique et équité par une participation citoyenne et un dialogue productif permanent. Quatrièmement,l’avenir est entre les mains des Algériens, qui devront vouloir le changement et partager une envie d’avenir, d’apprendre davantage, de s’adapter, de travailler plus et mieux, de créer, de partager, d’oser. Cinquièmement, pour s’inscrire dans la croissance mondiale, l’Algérie doit d’abord mettre en place une véritable économie de la connaissance, développant le savoir de tous, de l’informatique au travail en équipe, de l’arabe, du français, du chinois à l’anglais, du primaire au supérieur, de la crèche à la recherche. Elle doit ensuite faciliter la concurrence, la création et la croissance des entreprises, par la mise en place de moyens modernes de financement, la réduction du coût du travail et la simplification des règles de l’emploi.Sixièmement, la justice sociale, à laquelle je suis profondément attaché, ne signifiant pas égalitarisme, source de démotivation, n’est pas l’antinomie de l’efficacité économique. Mais toute nation ne peut distribuer plus que ce qu’elle produit annuellement, si elle veut éviter la dérive sociale.

Sortir de la rente

En conclusion, l’Algérie dispose de tous les atouts pour créer la richesse hors économie de la rente devant s’adapter au nouveau monde avec la transition numérique (lutter contre les cyberattaques) et énergétique à l’horizon 2030.L’Algérie doit évitercomme par le passé de dépenser sans compter.Pour une croissance durable, et des exportations hors ‘hydrocarbures en dehors des dérivées d’hydrocarbures, devant éviterde se limiter à des replâtragesjuridiques du commerce extérieur , il faut avant toutavoir des entreprises publiques et privées compétitives (coûts/qualité) dans le cadre des nouveauxavantages comparatifs mondiaux.L’entrave principale au développement en Algérie provient du terrorisme bureaucratiquequ’il s’agit de combattre , renvoyant non seulement aux facteurs économiques mais également sociaux et politiques dont une autre gouvernance par la profonde moralisation des dirigeants et de la société.

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