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Règlement de la crise libyenne : Voilà pourquoi ça bloque

Le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Libye, Abdoulaye Bathily, a identifié dans un long entretien accordé samedi à la presse occidentale les obstacles qui empêchent l’ex-Jamahiriya libyenne de sortir de la crise et de tenir des élections pour se doter d’institutions légitimes. Pour lui, le problème a un nom. Il s’agit de la Chambre des représentants qui siège à l’est de la Libye et du haut conseil d’Etat qui se trouve à Tripoli.

Il accuse clairement les membres de ces deux institutions législatives d’empêcher la tenue d’élections dans le but de garder ou de sauvegarder leurs privilèges. « II faut le dire, la plupart des acteurs libyens sont décidés à aller aux élections, veulent aller aux élections. Et en réalité, il n’y a que quelques responsables en position institutionnelle qui ne veulent pas des élections, ou tout au moins qui traînent les pieds. Et il faut créer les conditions pour que la question électorale ne reste pas entre les mains de cette minorité qui bloque, mais que la question électorale concerne l’ensemble des segments de la société », a soutenu Abdoulaye Bathily au micro de la chaîne française France 24. 

Le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Libye reproche notamment à la Chambre des représentants et au Haut conseil d’État qui ont en charge la partie législative de tarder à se mettre d’accord sur la base constitutionnelle et sur la base des lois électorales, des textes sans lesquels les élections législatives et présidentielle ne pas avoir lieu. « Récemment, elles (les deux chambres) sont venues avec une proposition, c’est-à-dire l’amendement constitutionnel n°13,  sur lequel je n’ai pas d’objection majeure. Mais il faut le dire, il y a d’autres questions importantes qui restent à régler : la question par exemple des lois électorales, la question de l’éligibilité des candidats », fait-il remarquer. M. Bathily rappellera au passage que  ces deux chambres ont perdu leur légitimité dès lors qu’elles ont été élues respectivement en 2012 et 2014 et que depuis lors, aucune élection n’a mis en jeu leur mandat. Il insistera sur l’idée que « la prolongation de cette situation intérimaire évidemment les arrange sans doute, mais n’arrange pas la majorité des Libyens qui veulent aujourd’hui, après s’être inscrits massivement sur les listes électorales, que des institutions légitimées par les urnes soient mises en place ».

Pour ne plus faire dépendre le processus électoral de la Chambre des représentants et du Haut conseil d’Etat, Abdoulaye Bathily a dit agir de sorte que « la question électorale soit étendue à d’autres segments de la société qui interviennent sur ce processus ». « C’est dans ce sens-là que, depuis quelques mois déjà, j’ai engagé les consultations et la négociation, non seulement avec les partis politiques, mais aussi les groupes de femmes, les groupes de jeunes, mais également les groupes sécuritaires », a-t-il expliqué. En somme, il a décidé carrément de court-circuiter les instances législatives de Tripoli et de Tobrouk.  

Pour le reste, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU avertit que « la situation sécuritaire en Libye est très préoccupante ». « Ce sont des institutions sécuritaires qui sont fragmentées : il y a les miliciens, il y a les groupes armés, il y a des mercenaires. Il y a toute une situation préoccupante qu’il faut aussi régler pour que les élections se tiennent. Or jusqu’ici, le débat électoral ne tient pas compte de cette dimension-là », a-t-il regretté.

Néanmoins, la situation n’est pas complètement sans issue. A ce propos, Abdoulaye Bathily indique avoir engagé, grâce au soutien du Comité militaire 5+5 [5 membres du gouvernement libyen légitime et 5 membres des forces de Khalifa Haftar, Ndlr], des pourparlers, des discussions, et même des négociations avec des groupes armés de l’Est et de l’Ouest qui sont d’accord pour participer à la sécurisation du processus électoral. « Dans les prochains jours, je vais également aller dans certains pays voisins de la Libye, à la frontière, au Soudan, au Tchad, au Niger. Un comité de liaison sous l’autorité du Comité militaire conjoint 5+5 a été mis en place. Il faudra discuter avec les autorités de ces pays également sur la question des mercenaires, sur la question des groupes armés, en particulier dans la région Sud », ajoute l’ancien homme politique sénégalais qui insiste sur l’idée que la priorité pour lui est de « créer les conditions pour que la question électorale dépasse les rivalités et  les débats internes à ces deux chambres qui ne veulent pas avancer ». Pour lui, il est important que la société libyenne, qui aujourd’hui en a marre de ces groupes de politiques qui veulent conserver leurs sièges, puisse avoir l’occasion d’ouvrir une nouvelle perspective pour le pays.

Khider Larbi

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