Venezuela : L’armée américaine saisit un pétrolier russe dans l’Atlantique
L’escalade américaine au Venezuela atteint des sommets inédits dans la violation du droit international. Quelques jours seulement après l’enlèvement du président Nicolas Maduro par un commando des forces spéciales américaines, Washington vient d’intercepter mercredi dans l’Atlantique Nord un pétrolier battant pavillon russe, poursuivi depuis plusieurs jours. Le navire se trouvait à environ 200 kilomètres au sud de l’Islande vers 13 heures heure de Paris lorsqu’il a été saisi par les gardes-côtes américains. Le commandement des forces américaines en Europe a annoncé sur les réseaux sociaux la saisie du pétrolier Marinera, anciennement connu sous le nom de Bella-1, pour violation des sanctions américaines. L’opération a été menée en vertu d’un mandat délivré par un tribunal fédéral américain, dans le cadre d’une proclamation présidentielle visant les navires sanctionnés qui menaceraient prétendument la sécurité de l’hémisphère occidental. Selon les autorités américaines, le pétrolier aurait transporté du pétrole pour la Russie, l’Iran et le Venezuela en violation des sanctions unilatérales imposées par Washington. Le navire avait réussi pendant plusieurs jours à échapper au blocus partiel américain autour du Venezuela, son équipage allant jusqu’à peindre un drapeau russe sur sa coque et rebaptiser le bateau pour affirmer qu’il naviguait sous protection russe. Moscou avait d’ailleurs déposé une demande diplomatique officielle pour que les États-Unis cessent cette poursuite, déployant même un sous-marin et d’autres moyens navals pour escorter le pétrolier selon le Wall Street Journal. Le ministère russe des Affaires étrangères avait déclaré suivre avec inquiétude cette poursuite, soulignant que le navire se trouvait loin des côtes américaines et dénonçant une attention manifestement disproportionnée par rapport à son statut pacifique.
Cette saisie intervient dans un contexte explosif où Donald Trump a ouvertement revendiqué mardi son intention de s’emparer des ressources pétrolières vénézuéliennes. Le président américain a affirmé que les autorités par intérim du Venezuela allaient remettre aux États-Unis entre 30 et 50 millions de barils de pétrole sous sanction, soit une valeur dépassant les 2 milliards de dollars aux cours actuels. Trump a précisé que cet argent serait contrôlé par lui personnellement pour garantir qu’il soit utilisé au profit des peuples du Venezuela et des États-Unis, après avoir ouvertement admis convoiter les vastes ressources pétrolières du pays sud-américain qui détient les premières réserves de brut prouvées de la planète.
Ces déclarations font suite au raid américain du 3 janvier dernier au cours duquel un commando des forces spéciales a enlevé le président Maduro et son épouse Cilia Flores à Caracas pour les transporter à New York où ils sont désormais incarcérés. L’opération a fait au moins 57 morts selon les bilans officiels, dont 23 militaires vénézuéliens et 32 membres des services de sécurité cubains. L’Organisation des Nations Unies a averti que cette intervention présentée par Washington comme une opération de police avait sapé un principe fondamental du droit international. Trump a depuis déclaré sans détour que les États-Unis allaient diriger le Venezuela et que les entreprises américaines contrôleraient son pétrole, menaçant la nouvelle présidente par intérim Delcy Rodriguez de payer plus cher que Maduro si elle ne cédait pas le contrôle de l’industrie pétrolière et n’affaiblissait pas les liens avec Cuba, la Chine, l’Iran et la Russie. L’ancien diplomate vénézuélien Alfredo Toro Hardy a dénoncé l’établissement sans complexe par Trump d’un protectorat américain sur un pays souverain, décrivant une situation qu’on n’avait pas vue en Amérique latine depuis plus d’un siècle. « Aucun agent extérieur ne gouverne le Venezuela », a lancé mardi sa présidente par intérim, au premier jour de son mandat. « Le gouvernement du Venezuela dirige notre pays, personne d’autre », a assuré la vice-présidente, propulsée présidente par intérim, en réponse aux déclarations des derniers jours de Donald Trump.
L.S.

