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La diplomatie religieuse comme levier stratégique : L’Algérie au cœur de la stabilisation du Sahel 

Un colloque scientifique de haut niveau organisé mercredi à Alger a consacré le rôle pionnier de l’Algérie dans la stabilisation de la région sahélienne, à travers une approche innovante combinant diplomatie traditionnielle et dimension spirituelle pour contrer l’extrémisme violent. La région du Sahel africain traverse une période critique. Terrorisme idéologique, invasions doctrinales, conflits armés : les défis sécuritaires s’accumulent et dépassent les capacités de réponse de certains États. Face à cette réalité préoccupante, l’Algérie propose une vision stratégique nouvelle, portée par le dialogue interreligieux et la coopération spirituelle comme compléments indispensables aux solutions militaires. Cette orientation a été au centre du colloque « La diplomatie religieuse au Sahel : enjeux et perspectives », organisé par la Ligue des oulémas, prêcheurs et imams des pays du Sahel (LOPIS) en coopération avec le Haut conseil islamique (HCI). La rencontre a réuni des représentants de 11 pays africains, en présence de hautes personnalités algériennes, dont Brahim Boughali, président de l’Assemblée populaire nationale, Cheikh Mohamed Mamoune El-Kacimi El-Houceini, recteur de Djamaa El-Djazair, et Cheikh Ali Belarabi Tidjani, Califat général de la confrérie Tidjania.

Mohamed Hassouni, conseiller du président de la République chargé des affaires religieuses, a posé un diagnostic sans détour : « La région du Sahel africain connaît aujourd’hui des défis majeurs en raison de la montée du phénomène de l’extrémisme violent, qui menace la stabilité des sociétés, l’unité des États, entrave les trajectoires de développement et affaiblit la performance des institutions. » Il a souligné avec force que « la diplomatie religieuse n’est pas un simple concept théorique, mais une réalité et un enjeu stratégique pour lutter contre l’extrémisme violent au Sahel ». Selon lui, « l’expérience a prouvé que les solutions sécuritaires et militaires seules sont insuffisantes, et que la lutte contre ce phénomène complexe nécessite des approches multidimensionnelles où la dimension religieuse et spirituelle constitue un élément fondamental. »

Mohamed Hassouni a rappelé le potentiel unique de l’Algérie : « L’Algérie, riche de son patrimoine spirituel et soufi qui dépasse les frontières, est capable de conduire une initiative réformatrice humanitaire et de promouvoir le dialogue, la coexistence et la paix durable sur le continent africain. »

Il a invoqué une figure historique emblématique : « Sidi Mohamed Ben-Abdelkrim El-Maghili est un réformateur de premier plan en Afrique », ayant incarné au XVe siècle « un modèle de bonne gouvernance au Sahel, fondé sur la justice et la concertation, et avait contribué à l’instauration de la stabilité et à la construction des États ». Cette approche, a-t-il souligné, peut constituer aujourd’hui un cadre éthique pour faire face au discours de haine et asseoir un système résilient contre le terrorisme.

Le recteur de Djamaa El-Djazair a pour sa part salué le rôle central de cette conférence, affirmant son importance dans l’encadrement du concept de diplomatie religieuse et sa présentation comme « un levier souple pour la diplomatie officielle dont on tire profit dans le domaine des valeurs et des référentiels, là où les outils traditionnels rigides échouent ». Il a insisté sur la spécificité de l’approche algérienne, qui « s’appuie sur le partenariat scientifique, la formation et la protection du tissu religieux local, loin de la logique d’exportation religieuse ou d’influence politique. »

L’expérience algérienne, un modèle pour le Sahel

Lakhmissi Bezzaz, secrétaire général de la LOPIS, a souligné l’importance de cette conférence scientifique dans un contexte marqué par « l’escalade dangereuse du terrorisme » au Sahel. Face à l’impasse que connaît la région, a-t-il affirmé, « se révèle l’importance de la diplomatie religieuse où l’expérience algérienne apparaît comme l’une des expériences pionnières dans la région et dans le monde, une expérience qui ne s’est pas contentée d’identifier le problème mais l’a abordé sous différents angles, y compris le volet lié au développement. » Mabrouk Zaid El Kheir, président du HCI, a dressé un tableau des crises multiples : sécheresse, désertification, criminalité, épidémies, terrorisme idéologique et conflits armés constituant « une menace pour la sécurité en Afrique et dans le monde entier ». Il a insisté sur « l’importance de relancer les relations entre les États et d’activer la diplomatie avisée pour instaurer la sécurité et la stabilité. » Les participants ont formulé des propositions concrètes : lancement de programmes de formation pour imams et prédicateurs, création de spécialisations universitaires en diplomatie religieuse, élaboration d’une charte d’honneur pour les médias religieux, activation du rôle des confréries soufies et mise en place de mécanismes de surveillance nationaux et régionaux. L’objectif : permettre aux leaders religieux de diffuser efficacement auprès de la jeunesse un message de paix et de modération.

Azzedine Belferag

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