21 ans après sa disparition : Azzedine Medjoubi, l’étoile immortelle du théâtre algérien
21 ans après sa disparition tragique, la mémoire d’Azzedine Medjoubi continue d’illuminer les planches algériennes. Assassiné le 13 février 1995 devant le Théâtre National Mahieddine Bachtarzi, ce géant du quatrième art algérien laisse derrière lui un héritage artistique indélébile qui inspire encore aujourd’hui les nouvelles générations de comédiens.
Les Algériens ont rendu hommage vendredi avec une profonde émotion à l’un des plus grands noms de la scène théâtrale nationale. Né le 30 octobre 1945 à Azzaba, dans la wilaya de Skikda, Medjoubi incarne à lui seul plusieurs décennies d’excellence artistique et de passion pour les arts dramatiques.
Fils d’avocat originaire de Hammam Guergour à Sétif, Azzedine Medjoubi découvre sa vocation artistique dès les années 1960, encouragé par le regretté Ali Abdoun. En 1963, il intègre l’Institut du Théâtre Municipal d’Alger, avant de faire ses premières armes comme comédien à la Radio Nationale entre 1965 et 1968. C’était l’un des plus importants hommes de théâtre de sa génération, au même titre que Sirat Boumediene. Sa voix puissante et son charisme naturel ont rapidement fait de lui une figure incontournable de la scène algérienne.
C’est en 1985 que Medjoubi marque l’histoire du théâtre algérien avec sa prestation bouleversante dans «Hafila Tasir»(Un Bus qui roule), mise en scène par Ziani Cherif Ayad, aux côtés de Dalila Hlilou. La scène où il pleure amèrement la perte de sa fille mort-née, «Nouara», reste gravée dans les mémoires. L’expression «Nouara Benti»(Nouara, ma fille) qu’il répétait avec une intensité dramatique exceptionnelle est devenue l’une des répliques les plus célèbres du théâtre algérien. Le spectacle, présenté au Théâtre Mahieddine Bachtarzi, a connu un succès retentissant avec 220 représentations.
Un parcours artistique foisonnant
Au Théâtre National Algérien, Medjoubi a dirigé «Ghabou El Afkar»(Ils ont manqué les idées) en 1986, et joué dans «Oughnyat El Ghaba»(Le Chant de la forêt, 1987) et «Echouhada Ya’oudoun Hadha Al Ousbou’»(Les Martyrs reviennent cette semaine, 1987). Sa collaboration avec le Théâtre Régional de Batna s’est avérée particulièrement fructueuse. En 1993, il met en scène «Alem El Ba’ouch»(Le Monde des moustiques), une production qui remportera le prix de la meilleure mise en scène au Festival de Carthage à Tunis. En 1994, son travail avec le Théâtre Régional de Béjaïa sur «Lahouinta», d’après un texte d’Alaoua Boudjadi, lui vaut une nouvelle distinction pour la meilleure mise en scène.
Visionnaire, Medjoubi s’est lancé dans l’aventure du théâtre indépendant aux côtés de Ziani Cherif Ayad, M’hamed Benguettaf, Sonia et d’autres artistes. En 1990, ils fondent le «Théâtre de la Kalaa»(Masrah El Qal’a), qui produira notamment «El Ayta»et «Hafila Tasir 2». Cette expérience témoigne de sa volonté de renouveler l’art dramatique algérien et de créer des espaces de liberté créative, même si cette aventure connaîtra des tensions qui l’amèneront finalement à quitter la troupe. Au-delà de ses talents d’acteur et de metteur en scène, Medjoubi a contribué à former de nombreux artistes en tant que professeur de diction et d’élocution à l’Institut Supérieur des Arts Dramatiques. Il a également assumé plusieurs responsabilités administratives, dirigeant successivement le Théâtre Régional de Batna, puis celui de Béjaïa, avant d’être nommé directeur du Théâtre National Algérien au début de l’année 1995. Son passage à la télévision algérienne lui a également permis de toucher un public plus large, notamment avec «Yawmiyat Chab Amel»(Journal d’un jeune ouvrier) de Mohamed Iftissen et le film «Kharif 1988»(Automne 1988).
À la veille d’un voyage aux États-Unis pour une tournée théâtrale, Azzedine Medjoubi est assassiné le 13 février 1995 en plein midi, devant le Théâtre Mahieddine Bachtarzi. Il pousse un dernier cri avant de s’effondrer. 21 ans plus tard, la flamme allumée par Azzedine Medjoubi continue d’éclairer les planches algériennes et d’inspirer les nouvelles générations. Son oeuvre demeure vivante, ses personnages immortels, et son cri «Nouara Benti» résonne encore dans le coeur des amoureux du théâtre.
Mohand Seghir

