Mouloudji installe le groupe de travail chargé de la cartographie sociale : Le chantier d’une refonte ciblée des subventions lancé
La ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Soraya Mouloudji, a installé lundi à Alger un groupe de travail multisectoriel et pluridisciplinaire chargé d’élaborer la cartographie sociale de l’Algérie, un outil inédit destiné à dresser un diagnostic précis des réalités socio-économiques du pays en vue de réorienter le soutien public vers les populations qui en ont véritablement besoin.
Mandatée par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, la ministre a présidé cette cérémonie au Centre national de formation des personnels spécialisés (CNFPS) de Birkhadem, en présence de représentants de l’ensemble des départements ministériels et de plusieurs institutions nationales. Selon un communiqué du ministère, ce projet d’envergure, placé sous la supervision directe du Premier ministre et piloté par le secteur de la Solidarité nationale, ambitionne de « concrétiser la politique de l’État algérien, à sa tête le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, ainsi que ses instructions portant sur la consécration de la justice sociale, l’orientation du soutien social, l’amélioration du niveau de vie du citoyen, tout en plaçant le citoyen au cœur des différentes politiques publiques et des programmes d’action du gouvernement ». Pour mener à bien cette mission, le groupe de travail aura pour tâche de « développer des outils analytiques globaux et intégrés, en mesure de fournir un diagnostic scientifique précis et multidimensionnel, fondé sur des indicateurs démographiques, sociaux et économiques », précise la même source. Concrètement, il s’agit de construire une base de données consolidée permettant d’identifier avec exactitude les ménages vulnérables, les zones de précarité et les disparités territoriales, afin d’assurer une allocation plus équitable des ressources publiques. La composition du groupe de travail témoigne de l’ampleur du chantier. Outre les ministères concernés, il réunit le Haut-commissariat à la numérisation (HCN), le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE), l’Agence de développement social (ADS), le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), l’Office national des statistiques (ONS), l’Agence nationale de l’aménagement et de l’attractivité du territoire (ANAAT) ainsi que le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD). Un panel d’experts en sciences sociales et économiques complète ce dispositif institutionnel, selon le communiqué ministériel.
Cette initiative s’inscrit dans le prolongement direct des orientations présidentielles formulées par Abdelmadjid Tebboune lors de son entrevue périodique avec la presse nationale, diffusée le 8 février dernier. Le chef de l’État avait alors annoncé la perspective d’une refonte structurelle du système de soutien social, rendue possible par les avancées de la numérisation. « La numérisation permettra, à la fin de l’année en cours et au début de l’année 2027, l’application d’une nouvelle politique de soutien social », avait-il déclaré, précisant que cette réforme serait conduite par « une commission nationale composée de partis et de syndicats actifs ». Pointant « les disparités constatées entre les différentes catégories de la société », le président de la République avait jugé qu’« il est inacceptable que le soutien soit accordé de manière égale à tous », estimant que le recours à la numérisation permettra d’« orienter le soutien vers les véritables bénéficiaires ». Le président Tebboune avait toutefois tenu à rassurer les citoyens sur les lignes rouges de cette réforme. « L’option actuelle consiste à ne pas exercer de pressions sur les citoyens », avait-il affirmé, réitérant l’engagement de l’État à maintenir la gratuité de l’enseignement et des soins et assurant qu’« il n’y aura aucun recul à ce sujet ». Il avait également appelé à une prise de conscience collective face au gaspillage, notamment celui du pain à l’approche du Ramadan, qu’il avait qualifié de « gaspillage de sommes colossales » pesant sur l’économie nationale. L’installation de ce groupe de travail constitue ainsi la première traduction opérationnelle de cette feuille de route présidentielle. En dotant l’Algérie d’une cartographie sociale fiable, les pouvoirs publics entendent poser les fondations d’un système de transferts sociaux ciblés, substituant progressivement aux subventions généralisées des aides directes destinées aux ménages les plus modestes, tout en préservant les acquis fondamentaux de l’État social algérien.
Malik Meziane

