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Les questions économiques au cœur du 31e sommet arabe : L’enjeu de la sécurité alimentaire et de l’intégration économique

Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont adopté hier un projet de résolution sur une stratégie commune de sécurité alimentaire qui sera soumis au Sommet des chefs d’États arabes qui doit s’ouvrir demain à Alger. Il est vrai que la sécurité alimentaire est aujourd’hui un enjeu primordia pour les pays de la région, d’autant que les défis sont nombreux. La problématique de la sécurité alimentaire dans le monde arabe ne date pas d’aujourd’hui et la dépendance des pays arabes aux marchés internationaux pour leur approvisionnement en produits de base a toujours constitué une source de vulnérabilité. Le spectre des émeutes du pain qui ont affecté de nombreux pays arabes au cours des dernières des décennies, à l’image du Maroc, de la Tunisie ou encore l’Égypte, entre autres, démontre l’ampleur de la vulnérabilité des pays de la région en ce qui concerne leur sécurité alimentaire. Le sous-investissement dans le secteur agricole, les problématiques liées à la gestion de l’eau et le stress hydrique aggravé par les changements climatiques, ainsi que la faiblesse des échanges et des réseaux logistiques inter-arabes, notamment dans le domaine agricole ont affecté les rendements agricoles des pays arabes qui importent plus de la moitié de leurs besoins en aliments de base et qui dépendent fortement des céréales russes et ukrainiennes.

Aussi, au regard du conflit ukrainien, les vulnérabilités des pays de la région en matière de sécurité alimentaire sont aggravées. Les récents évènements qui ont conduit à la suspension de l’accord signé, sous l’égide de l’ONU sur l’exportation des céréales russes et ukrainiennes à travers la Mer noire repose la problématique de manière entière.

La situation impose donc de prendre des mesures afin de renforcer les capacités du monde arabe et réduire la dépendance. En ce sens, Aissa Manseuconsultant en développement agricole, a indiqué il y a quelques jours dans un entretien à l’APS, qu’une démarche commune dans ce sens « se pose donc de plus en plus et avec acuité » qui passe non seulement par le développement du secteur agricole mais aussi des échanges arabes.

« En tant que groupes, les pays arabes doivent œuvrer pour bénéficier pleinement des avantages de la zone de libre-échange arabe à travers des projets agricoles conjoints visant à exporter des denrées alimentaires entre les pays arabes et inciter les capitaux arabes a y investir », recommande l’expert.Pour ce consultant, il est également nécessaire d’adopter, pour l’ensemble des pays arabes, des politiques commerciales « fluides » pour promouvoir le commerce intra-arabe des produits alimentaires à travers la simplification des procédures d’importation de denrées alimentaires.

C’est ce qui révèle toute l’importance de l’élargissement de la Grande Zone arabe de libre échange et de l’activation de l’Union arabe douanière. Des questions qui sont au cœur des 24 recommandations du Conseil économique et social arabe qui seront soumises au sommet d’Alger. Il est vrai que le volume des échanges commerciaux interarabessont considéré parmi « le plus faible » au monde, puisqu’il ne dépasse pas 7%, contre 65% en Europe et 49% entre les pays du continent américain. C’est dire tout le potentiel de croissance des échanges commerciaux entre les pays arabes, mais aussi du potentiel de croissance qu’offre l’intégration économique d’une région au potentiel avéré. Sur le plan énergétique et selon les chiffres de l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole, ces derniers disposent de plus de la moitié des réserves mondiales de pétrole, réalisent 27% de la production mondiale, possèdent 26% des réserves mondiales de gaz naturel et détiennent 15% du marché gazier international.Durant le premier trimestre de 2022, les exportations des pays arabes de Gaz naturel liquéfié (GNL) ont atteint près de 27,7 millions de tonnes, avec une part de marché de près de 28%. La région dispose du plus grand potentiel en ENR et en hydrogène vert.  Aussi, le Secrétaire général adjoint de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Samir Cheffi a souligné hier que des « investissements communs complémentaires entre les pays arabes et maghrébins en particulier », il a assuré que ceux-ci étaient en mesure d’amorcer un véritable décollage en la matière, mais aussi une révolution économique et technologique. »Nous sommes profondément convaincus que seule la formation d’une génération consciente maîtrisant les nouvelles connaissances et technologies, est susceptible de sécuriser l’avenir auquel nous aspirons », a-t-il souligné.La Nation arabe, riche en potentialités humaines et juvéniles, en capacités matérielles, en ressources naturelles et d’une position géographique enviable, « dispose de tous les atouts lui permettant de réaliser la sécurité alimentaire arabe à la faveur de la solidarité entre ses enfants », a estimé M. Cheffi.

Samira Ghrib

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