Nucléaire : L’Iran et les États-Unis s’accordent sur des « principes directeurs »
L’Iran et les États-Unis sont parvenus, mardi, à un accord sur « un ensemble de principes directeurs » à l’issue de leur deuxième session de pourparlers indirects tenue près de Genève, ouvrant la voie à la rédaction d’un projet de texte en vue d’un éventuel accord sur le dossier nucléaire iranien, a annoncé le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi.
Les deux délégations se sont retrouvées à la résidence de l’ambassadeur d’Oman à Cologny, commune voisine de Genève, pour environ trois heures et demie de discussions par messages interposés, selon les médias iraniens présents sur place. La délégation américaine, conduite par l’émissaire Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre du président Donald Trump, a quitté les lieux vers 12 h 45 GMT, suivie peu après par les négociateurs iraniens emmenés par Abbas Araghchi. S’exprimant à la télévision d’État iranienne à l’issue de la rencontre, le ministre des Affaires étrangères a qualifié cette session de « plus constructive » que la précédente, tenue le 6 février à Mascate, capitale d’Oman, après une rupture de plus de six mois entre les deux pays. « Nous avons pu parvenir à un large accord sur un ensemble de principes directeurs, sur la base desquels nous avancerons et commencerons à travailler sur le texte d’un accord potentiel », a-t-il déclaré, précisant que les deux parties avaient convenu de poursuivre leurs travaux sur des projets de textes avant de fixer la date d’une troisième session. Du côté iranien, la tonalité se veut prudemment optimiste. Dès la veille, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, avait salué les échanges de Mascate en estimant que « la position américaine sur la question nucléaire iranienne est devenue plus réaliste ». Il avait toutefois rappelé une ligne rouge pour Téhéran : tout accord avec Washington doit être accompagné d’une levée des sanctions, les deux volets étant jugés « indissociables » par la partie iranienne.
Malgré cette dynamique diplomatique, le contexte demeure tendu. Le même jour, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a affirmé que les États-Unis ne parviendraient pas à renverser la République islamique, répondant ainsi aux récentes déclarations du président Trump, qui avait estimé qu’un changement de régime à Téhéran « serait la meilleure chose qui puisse arriver ». L’ayatollah Khamenei a également réagi au déploiement d’un porte-avions américain dans le Golfe en des termes sans ambiguïté : « Nous entendons sans cesse dire qu’ils ont envoyé un navire de guerre vers l’Iran. Un navire de guerre est certes une arme dangereuse, mais l’arme capable de le couler l’est encore plus. »
De l’autre côté, Washington maintient la pression en laissant planer la menace d’une intervention militaire en cas d’échec des négociations sur le programme nucléaire iranien. Ce double registre — diplomatie d’un côté, pressions militaires et rhétorique de l’autre — caractérise l’approche des deux capitales et illustre la profondeur de la méfiance qui persiste entre elles. La reprise du dialogue, facilitée par la médiation d’Oman, constitue néanmoins un signal notable dans un dossier gelé depuis plusieurs mois. Les discussions indirectes — les deux délégations ne se trouvant pas dans la même pièce — témoignent de la fragilité du canal diplomatique, mais aussi de la volonté des deux parties de ne pas fermer la porte à un règlement négocié. L’annonce de « principes directeurs » communs représente le premier résultat tangible de ce processus et pourrait amorcer une phase de rédaction plus concrète, à condition que les positions se rapprochent sur les questions de fond : périmètre des limitations nucléaires d’un côté, ampleur de l’allègement des sanctions de l’autre.
Lyes Saïdi

