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Viandes rouges en Algérie : Les coopératives, clé de voûte d’une filière en quête d’autonomie

Alors que le Ramadhan 2026 bat son plein et que la demande en viandes rouges explose, un expert appelle à une refonte structurelle du secteur pour mettre fin à la dépendance aux importations. Dès l’annonce du mois sacré, les étals des boucheries algériennes connaissent une affluence record, les familles renouant avec les traditions culinaires qui font la part belle aux viandes rouges. Si cette année encore, les autorités ont réussi à garantir l’approvisionnement des marchés, la question de fond demeure entière : jusqu’à quand l’Algérie pourra-t-elle compter sur les importations pour combler un déficit structurel qui ne cesse de se creuser ? Invité ce dimanche de l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Fateh Afrit, membre du Conseil interprofessionnel des viandes, a dressé un constat sans appel sur l’état de la filière bovine nationale. Si le spécialiste se veut rassurant quant à la disponibilité immédiate des produits carnés, soulignant que « le marché est régulé et le prix est stable par rapport au reste de l’année », il n’en demeure pas moins lucide sur les fragilités du système actuel. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et révèlent l’ampleur du défi à relever. « Actuellement, nous avons un déficit annuel d’environ 50 000 tonnes. Ce déficit est compensé par le recours de l’État à l’importation », a détaillé l’expert. Une solution de court terme qui pèse lourdement sur la balance commerciale du pays et expose les consommateurs aux fluctuations des marchés internationaux.

Face à cette situation, Fateh Afrit prône une transformation radicale de l’approche adoptée jusqu’ici. Pour lui, la création de coopératives agricoles constitue le levier essentiel pour relancer la production nationale. Cette structuration du secteur permettrait non seulement de réguler efficacement le marché, mais également d’assurer une traçabilité complète des produits, gage de qualité et de sécurité sanitaire pour le consommateur algérien. « Si on arrive à réguler le marché à travers les coopératives, on va encourager les gens à l’investissement, parce qu’aujourd’hui, le secteur agricole est comme tout autre secteur industriel, c’est la même chose », a martelé l’intervenant, convaincu que l’organisation collective des éleveurs constitue le préalable indispensable à toute relance durable. Mais le membre du Conseil interprofessionnel pointe également du doigt une anomalie structurelle majeure qui plombe depuis des années le développement de la filière viande bovine en Algérie. « Il faut aller vers les vaches de race à viande. Aujourd’hui en Algérie, il n’y a aucun distinguo entre lait et viande. Les investisseurs investissent dans la filière lait, car aucune ferme en Algérie ne dispose de vaches ou des races à viande », a-t-il regretté. Cette confusion des genres nuit considérablement aux rendements et empêche le pays de développer une véritable expertise dans l’élevage bovin spécialisé.

La modernisation des exploitations agricoles figure également parmi les priorités identifiées par l’expert, qui appelle à transposer au secteur de l’élevage les méthodes ayant fait leurs preuves dans l’agriculture maraîchère, où l’Algérie a enregistré des progrès notables ces dernières années. Pour accélérer cette mutation, Fateh Afrit propose une initiative concrète et originale : l’organisation de salons professionnels dédiés exclusivement à la viande rouge dans chaque wilaya du pays, à raison de deux éditions annuelles minimum. Ces rendez-vous permettraient de sensibiliser les professionnels du secteur aux nouvelles techniques d’élevage tout en attirant les investisseurs potentiels vers cette filière en manque de capitaux. « Aujourd’hui, il y a des gens qui veulent investir, mais ils ne savent pas où. Donc, il faut les orienter et les convaincre lors de ces salons de proximité », a conclu l’expert, appelant les pouvoirs publics à faciliter la mise en relation entre porteurs de projets et détenteurs de fonds. Le ministère de l’Agriculture, conscient de l’enjeu stratégique que représente l’autosuffisance alimentaire, multiplie les initiatives pour dynamiser le secteur.

Amar Malki

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