Seul pays à avoir enregistré une hausse des livraisons par gazoduc : L’Algérie consolide sa position sur le marché européen du gaz
Seul pays à avoir enregistré une croissance mensuelle de ses livraisons par gazoducs vers l’Union européenne en janvier 2026, l’Algérie conforte son rang de deuxième fournisseur du Vieux Continent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le rapport mensuel du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), pour le mois de février, les importations de l’Union européenne en gaz par gazoducs ont atteint 12,3 milliards de mètres cubes en janvier, « en hausse de 2 % sur une base mensuelle » par rapport aux 12 milliards de décembre 2025, et de « 3 % en glissement annuel » comparé aux 11,9 milliards de janvier 2025. Dans ce contexte de reprise, l’Algérie s’est distinguée comme « le seul État à avoir réalisé une croissance mensuelle », selon le même rapport. Avec 22 % des approvisionnements européens par gazoducs, Alger se maintient fermement à la deuxième place derrière la Norvège, qui représente 58 % des flux.
La carte des flux gaziers vers l’Europe révèle toutefois des dynamiques contrastées. Le gaz algérien a enregistré un léger recul vers l’Espagne, de l’ordre de 0,3 %, et d’environ 1 % vers l’Italie. Les exportations libyennes vers l’Italie ont quant à elles chuté de 21 %. Dans le même temps, les livraisons russes via le gazoduc TurkStream — seul corridor encore actif vers l’Europe — ont progressé de 11 %, tandis que l’Azerbaïdjan a accru ses expéditions de 6 %. La Norvège, malgré sa position dominante, a vu ses livraisons baisser vers l’Irlande, l’Allemagne et les Pays-Bas, de respectivement 5 %, 4 % et 50 %. Ces mouvements s’inscrivent dans un paysage énergétique européen en pleine mutation. Le rapport du GECF indique que « la consommation de gaz de l’UE a bondi de 10 % en glissement annuel en janvier 2026, atteignant 47 milliards de mètres cubes », sous l’effet d’un mois plus froid que la normale qui a stimulé le chauffage résidentiel et la production d’électricité à partir du gaz. Parallèlement, les stocks européens ont fondu : « les réserves agrégées moyennes de l’UE sont tombées à 53 milliards de mètres cubes, soit 51 % des capacités, contre 66 milliards un an plus tôt ». La dimension géopolitique pèse lourdement sur ce marché. Le 3 décembre 2025, la présidence du Conseil européen et les représentants du Parlement européen sont parvenus à « un accord préliminaire pour un désengagement progressif des importations de gaz russe ». L’échéance est fixée au 1er janvier 2027 pour le GNL russe et au 30 septembre 2027 pour le gaz par gazoducs. Les vingt-sept États membres ont formellement adopté ce règlement et doivent, « d’ici le 1er mars 2026, élaborer des plans nationaux de diversification des approvisionnements ». Ce retrait programmé du gaz russe ouvre mécaniquement un espace considérable pour les fournisseurs alternatifs, au premier rang desquels l’Algérie. Le GNL américain, dont les importations européennes ont été multipliées par près de quatre entre 2021 et 2025 — passant de 21 à 81 milliards de mètres cubes —, s’impose comme le concurrent principal. Mais cette dépendance croissante suscite des « mises en garde contre une dépendance excessive envers les États-Unis », note le rapport. Les prix spot européens du TTF ont d’ailleurs atteint en janvier une moyenne de 12 dollars par million de BTU, « en hausse de 27 % sur un mois », dépassant brièvement les références asiatiques et soulignant la vulnérabilité du continent à la volatilité des cours. Pour l’Algérie, l’équation est claire. Dans un marché européen qui a vu ses importations totales par gazoducs chuter de 273 milliards de mètres cubes en 2021 à 142 milliards en 2025, chaque point de part de marché gagné représente un avantage stratégique durable. La capacité d’Alger à maintenir, voire accroître ses livraisons dans un environnement aussi concurrentiel confirme la fiabilité de l’offre algérienne et renforce son levier diplomatique face à des partenaires européens en quête urgente de sécurité énergétique.
Sabrina Aziouez

