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Le conflit s’élargit touche désormais la Turquie : Le Moyen-Orient au bord du gouffre

Missile intercepté aux portes de la Turquie, bilan humain dépassant le millier de morts en Iran, détroit d’Ormuz fermé au trafic maritime, Bourse de Séoul en chute historique : en cette cinquième journée de frappes américano-israéliennes contre l’Iran, mercredi 4 mars 2026, le conflit déclenché le 28 février — alors que des négociations étaient en cours entre Téhéran et Washington — s’étend à de nouveaux fronts et menace d’emporter avec lui la stabilité économique mondiale. L’escalade ne connaît aucun répit. Les bombardements se poursuivent sans relâche sur le territoire iranien, où de nouvelles explosions ont été enregistrées mercredi dans l’est de Téhéran. Le bilan humain ne cesse de s’alourdir : selon les médias officiels iraniens, les frappes ont fait à ce stade 1 045 morts, un chiffre en constante augmentation depuis les 787 victimes initialement annoncées par le Croissant-Rouge iranien. Le porte-parole du ministère iranien de la Santé, Hossein Kermanpour, a précisé que « parmi les 5 946 blessés, 2 184 sont toujours en cours de traitement dans différents hôpitaux », ajoutant que « les femmes représentent plus de 12 % des personnes tuées ». Le guide suprême Ali Khamenei et de nombreux hauts responsables figurent parmi les victimes des premières frappes. L’Assemblée des experts, chargée de désigner son successeur, a indiqué être « proche d’une conclusion », tandis que la cérémonie d’hommage prévue mercredi soir à Téhéran a été reportée sous les bombes.

Du côté américain, le ton reste offensif. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a affirmé que « les États-Unis et Israël jouiront d’un contrôle total du ciel iranien d’ici moins d’une semaine », ajoutant que « l’opération militaire ne fait que commencer ». Le chef d’état-major des armées américaines, le général Dan Caine, a confirmé que la campagne, avec près de 2 000 frappes effectuées, allait désormais viser davantage l’intérieur du pays après s’être concentrée sur le littoral méridional. Les forces américaines ont par ailleurs coulé un bâtiment de guerre iranien dans l’océan Indien, au large du Sri Lanka, faisant au moins 80 morts selon les autorités sri-lankaises. L’Iran, malgré la décapitation de son appareil dirigeant, continue de riposter en frappant des cibles israéliennes et dans plusieurs pays du Golfe abritant des bases américaines. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé le président Trump d’avoir « trahi la diplomatie et les Américains qui l’ont élu ». « Lorsque des négociations nucléaires complexes sont traitées comme une transaction immobilière, et lorsque de grands mensonges brouillent la réalité, les attentes irréalistes ne peuvent jamais être satisfaites », a-t-il écrit sur la plateforme X, estimant que la conséquence en a été « de bombarder la table des négociations par dépit ».

L’élargissement géographique du conflit constitue l’une des évolutions les plus préoccupantes de cette journée. Un missile balistique tiré depuis l’Iran et ayant traversé les espaces aériens irakien et syrien a été intercepté par les systèmes de défense antimissile de l’OTAN en Méditerranée orientale alors qu’il se dirigeait vers l’espace aérien turc, une première depuis le début des hostilités. Le ministère turc de la Défense a mis « en garde toutes les parties de s’abstenir de toute mesure susceptible de provoquer une propagation du conflit dans la région ». La porte-parole de l’Alliance atlantique, Allison Hart, a réagi en déclarant : « Nous condamnons le ciblage de la Türkiye par l’Iran. Notre posture de dissuasion et de défense est solide dans tous les domaines. » Au Liban, le conflit a également pris une tournure nouvelle : l’armée d’occupation israélienne a pénétré dans la localité de Khiam, au Sud-Liban, et ordonné aux habitants de se rendre au nord du fleuve Litani, tandis que des frappes israéliennes dans les régions d’Aramoun, de Saadiyat et de Baalbek ont fait au moins 12 morts et 23 blessés. L’Arabie saoudite a de son côté signalé une tentative d’attaque par drone contre la raffinerie de Ras Tanura, sans dommages, et les Émirats arabes unis ont annoncé avoir intercepté trois missiles balistiques et 121 drones.

Les conséquences économiques de cette spirale militaire prennent une ampleur mondiale. La fermeture du détroit d’Ormuz, décrétée lundi par les Gardiens de la révolution iraniens qui ont averti que tout navire tentant de le traverser serait « pris pour cible », a provoqué une onde de choc sur les marchés. Par ce passage stratégique transite environ un quart du commerce pétrolier mondial, dont dépendent l’Arabie saoudite, les Émirats, le Koweït, l’Irak et le Qatar pour leurs exportations, mais aussi la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud pour leurs importations. Le Brent a bondi jusqu’à 80,80 dollars le baril, son plus haut niveau en quinze mois, tandis que la Bourse de Séoul a connu mercredi sa chute la plus brutale de son histoire, avec un repli de 12 %. QatarEnergy a déclaré un cas de « force majeure » et suspendu une partie de sa production, et l’Irak a réduit sa production de brut, notamment en suspendant l’exploitation du champ de Rumaila à Bassora.

Le ton monte entre Washington et Madrid

Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a alerté : « La poursuite des attaques contre les infrastructures énergétiques dans le Golfe peut avoir un impact dramatique sur l’économie mondiale, qui reste très dépendante des combustibles fossiles. » Face à cette dégradation, les appels à la désescalade se multiplient. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit « particulièrement inquiet de la multiplication de nouveaux fronts ». La Chine a réclamé « une cessation immédiate des opérations militaires et la reprise du dialogue ». Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, l’un des critiques les plus virulents dans le monde occidental, a déclaré dans une allocution télévisée : « Nous sommes contre cette catastrophe. Les grandes guerres commencent souvent par une série d’erreurs et d’inconnues, nous ne pouvons pas jouer à la roulette russe avec la vie de millions de personnes. » Son refus d’autoriser l’utilisation des bases militaires espagnoles par les États-Unis lui a valu une menace directe du président Trump de « couper tous les échanges commerciaux » avec Madrid, une escalade diplomatique à laquelle l’Union européenne a répondu par la voix du président du Conseil européen, Antonio Costa, en affirmant sa « pleine solidarité » avec l’Espagne. La France, de son côté, a annoncé l’envoi du porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée et le déploiement de chasseurs Rafale à titre défensif, tandis que le G7 prévoit une réunion de ses ministres des Finances en début de semaine prochaine pour évaluer les retombées du conflit. La communauté internationale retient son souffle.

Salim Amokrane

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