Le CNESE consacre une conférence à la mine de Gara Djebilet : « Pierre angulaire » de la souveraineté économique du pays
Le Conseil national économique, social et environnemental a consacré, lundi à Alger, une conférence au gisement de Gara Djebilet, présenté comme la « pierre angulaire » de la souveraineté économique du pays, avec à la clé une chaîne de valeur industrielle intégrée, 24 000 emplois et une reconfiguration profonde de l’économie du Sud-Ouest algérien.
L’Algérie entend faire de son sous-sol un levier de transformation industrielle et non plus une simple source d’extraction brute. C’est le message central de la conférence organisée lundi 9 mars 2026 par le CNESE sous l’intitulé « Gara Djebilet : du gisement minier à l’espace de développement durable », en présence de la secrétaire d’État chargée des Mines, Karima Bakir Tafer, du conseiller du président de la République chargé des finances, Farid Yaici, du président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, le professeur Kamel Sanhadji, et du directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, Omar Rekkache, aux côtés de parlementaires, de représentants ministériels et d’universitaires. Le président du CNESE, Mohamed Boukhari, a donné le ton en soulignant la portée stratégique du projet. « Cette infrastructure géante, réalisée en un temps record, constitue la concrétisation d’un espace économique où s’articulent de manière intégrée les chaînes d’extraction, de transport, d’énergie, de transformation industrielle et de développement local, dans une architecture cohérente et interconnectée, renforçant la souveraineté nationale, garantissant la sécurité industrielle et améliorant la compétitivité de l’économie nationale, tout en contribuant à sa diversification », a-t-il déclaré. Le gisement, situé dans la wilaya de Tindouf, incarne selon lui « un espace de développement intégré, à même de contribuer au renforcement de la sécurité industrielle du pays et à l’amélioration de la compétitivité de l’économie nationale dans son ensemble ».
Karima Bakir Tafer a, pour sa part, replacé le projet dans le contexte de la volonté présidentielle de bâtir une économie moins dépendante des hydrocarbures. La mine de Gara Djebilet représente « la pierre angulaire dans le processus de renforcement de la souveraineté économique du pays », a-t-elle affirmé, rappelant que la décision du président de la République de lancer l’exploitation du gisement, parallèlement à l’achèvement de la ligne ferroviaire minière reliant Tindouf, Béchar et Gara Djebilet, « constitue un véritable tournant dans la valorisation des ressources minières nationales ». La secrétaire d’État a insisté sur le fait que le projet dépasse largement la simple extraction du minerai de fer : il s’inscrit « dans le cadre d’une vision de mise en place d’une chaîne de valeur industrielle intégrée englobant l’extraction, le traitement et la transformation, permettant ainsi de réduire les importations et de développer les exportations industrielles ». Les installations connexes prévues à Tindouf, Béchar et Naâma devraient générer près de 24 000 emplois directs et indirects, ce qui, selon elle, « transformera la région du Grand Sud-Ouest en un pôle industriel majeur contribuant au soutien de la croissance économique nationale et au renforcement du développement régional ».
Les fondamentaux techniques confortent cette ambition. Le directeur du laboratoire de recherche en génie minier à l’École nationale polytechnique, Malek Ould Hammou, a indiqué que « les études réalisées sur le projet confirment sa faisabilité technique », relevant que « la teneur élevée du minerai de fer dans le gisement dépasse les moyennes requises au niveau mondial ». Un atout concurrentiel majeur à l’heure où la demande mondiale de fer reste soutenue par les besoins en infrastructures des économies émergentes.
Zahra Bouras, membre du CNESE, a quant à elle mis en lumière le caractère novateur de l’approche adoptée. Le projet « dépasse les modèles traditionnels des corridors de transport ou corridors de ressources, qui se limitaient auparavant à relier les zones de production aux seuls réseaux de transport », a-t-elle expliqué. L’approche retenue pour Gara Djebilet « repose sur le développement d’un corridor intégré reliant les sites d’extraction aux infrastructures de transport ainsi qu’aux zones de transformation », rompant ainsi avec la logique historique d’exportation de matières premières brutes qui a longtemps caractérisé le secteur minier africain. L’enjeu, pour l’Algérie, est de capter sur son territoire la valeur ajoutée industrielle et de réduire structurellement sa facture d’importations de produits sidérurgiques.
Samir Benisid

