Escalade de la guerre au Moyen-Orient : L’Iran intensifie la riposte et traque Netanyahou
Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a annoncé, samedi, avoir frappé trois bases abritant des forces américaines en Irak et au Koweït à l’aide de missiles et de drones, tout en réitérant sa détermination à « traquer et tuer » le Premier ministre de l’entité sioniste Benjamin Netanyahou, dans le cadre de la 52e vague de son opération baptisée « La Promesse Fidèle-4 » et ce en riposte à l’agression américano-sioniste contre l’Iran qui a fait au moins 1 300 morts, dont l’ancien guide suprême Ali Khamenei, et blessé plus de 10 000 personnes.
Selon un communiqué relayé par l’agence semi-officielle Fars News, le CGRI affirme avoir visé un « centre de rassemblement des forces américaines » sur la base aérienne d’Al-Harir à Erbil, dans le nord de l’Irak, ainsi que les bases Ali Al-Salem et le camp Arifjan au Koweït, affirmant les avoir « détruites » au moyen de « missiles et drones puissants ». Des zones industrielles à Tel-Aviv auraient également été ciblées par des missiles lourds, selon la même source. Le communiqué du CGRI ont souligné que ces frappes sont une riposte à la mort d’ouvriers dans des zones industrielles iraniennes touchées par les bombardements de la coalition américano-israélienne. Les gardiens de la révolution ont aussi affirmé que « Tant que Netanyahou est en vie, nous continuerons nos attaques avec détermination pour le traquer et le tuer. » Le bureau du Premier ministre israélien, interrogé par l’agence Anadolu au sujet de rumeurs circulant sur les réseaux sociaux quant à un éventuel décès de Netanyahou, a catégoriquement démenti ces informations, assurant que le Premier ministre était « sain et sauf » et qualifiant les informations circulant à ce propos de « fake news ».
Les entreprises américaines comme cibles
Parallèlement à ces opérations militaires, Téhéran a élargi le périmètre de ses opérations de riposte qui prennent une dimension économique en publiant une liste d’entreprises américaines présentes au Moyen-Orient, dans les secteurs industriel, énergétique et financier, les déclarant « cibles légitimes ». Parmi les sociétés citées figurent Lockheed Martin, Boeing, Microsoft, Oracle, ExxonMobil, Citigroup, Amazon Web Services, le NSO Group ou encore Trafigura, avec des installations identifiées à Amman, Abu Dhabi et Dubaï. Le CGRI a exhorté les habitants résidant à proximité de ces sites à évacuer les lieux. Ce n’est pas la première fois que des infrastructures civiles liées à des intérêts américains sont touchées dans la région : le 2 mars, Amazon avait annoncé que deux de ses centres de données aux Émirats arabes unis et un à Bahreïn avaient subi des dégâts physiques lors d’attaques de drones. Sur le plan diplomatique, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a multiplié les interventions médiatiques ce dimanche, accordant des entretiens à CBS News et au journal londonien The New Arab. Le chef de la diplomatie iranienne a affiché une posture oscillant entre fermeté et ouverture conditionnelle. « Nous n’avons jamais demandé de cessez-le-feu, ni même de négociations », a-t-il martelé sur CBS News, ajoutant que l’Iran était « prêt à se défendre aussi longtemps qu’il le faudra, jusqu’à ce que Trump soit convaincu que la guerre est illégitime et qu’il n’y a aucune victoire à en retirer ».
Des conditions pour une sortie de crise
Dans le même temps, Araghchi a posé les conditions d’une éventuelle sortie de crise, subordonnant la fin du conflit à « la garantie qu’il ne se reproduira pas » et à « l’octroi d’une indemnisation » pour les dégâts causés. Il a également proposé la formation d’un comité d’enquête conjoint avec les pays de la région pour déterminer la nature des cibles frappées par l’Iran et vérifier si elles étaient effectivement liées aux États-Unis. « Nous n’avons jusqu’à présent ciblé aucune zone civile ou résidentielle dans les pays de la région », a-t-il assuré, tout en menaçant de frapper les installations des entreprises américaines si les infrastructures énergétiques iraniennes venaient à être visées. Selon le ministre, les contacts diplomatiques avec les pays voisins, notamment le Qatar, l’Arabie saoudite et Oman, « n’ont pas cessé », et Téhéran se dit prêt à accueillir « favorablement toute initiative régionale conduisant à une fin juste de la guerre ».
L’Iran a par ailleurs assuré que le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, qui a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans les frappes du 28 février, était « en parfaite santé » et « maîtrisait parfaitement la situation ». Les médias officiels iraniens ont également fait état de l’utilisation d’un nouveau type de missile balistique, le Sejil, d’une portée comprise entre 2 000 et 2 500 kilomètres, ainsi que de frappes de drones contre des centres de sécurité israéliens, y compris l’unité spéciale Lahav 433, parfois décrite comme le « FBI israélien ».
Le Royaume-Uni a confirmé que des avions de combat Eurofighter Typhoon et F-35, appuyés par des ravitailleurs Airbus Voyager, avaient mené des sorties aériennes « pour défendre les intérêts britanniques et ceux de leurs alliés » depuis des bases au Qatar, à Chypre, aux Émirats arabes unis, en Jordanie et à Bahreïn. Le Japon, pour sa part, a indiqué qu’il « prend ses propres décisions » et refusé d’engager des navires de guerre à la demande de Washington pour sécuriser le détroit d’Ormuz, soulignant la nécessité d’« évaluer la légalité des actions américaines et israéliennes ».
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a estimé sur ABC News que « ce conflit prendra certainement fin dans les prochaines semaines », invoquant la pression économique croissante. Les prix de l’essence aux États-Unis ont en effet bondi de 24 % depuis le 28 février, atteignant une moyenne de 3,70 dollars le gallon selon l’American Automobile Association.
Crimes de guerre
Les répercussions humanitaires du conflit suscitent une indignation internationale croissante. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a dénoncé dimanche les attaques contre des hôpitaux, des écoles et du personnel médical, refusant de les réduire à de simples « erreurs de calcul » ou à des « dommages collatéraux ». « Ce sont des crimes de guerre. Point final. Il faut appeler les choses par leur nom », a-t-il déclaré. Au moins 150 écolières avaient été tuées le 28 février dans une frappe aérienne ayant touché l’école primaire Shajareh Tayyebeh, à Minab, dans le sud de l’Iran. Le pape Léon XIV a lui aussi renouvelé son appel à la paix lors de la prière de l’Angélus : « Cessez le feu ! Que les voies du dialogue soient rouvertes ! », a lancé le souverain pontife, exprimant sa solidarité avec toutes les victimes des deux côtés. Le conflit s’est également étendu au Liban, où l’armée israélienne a intensifié ses opérations contre le Hezbollah, faisant plus de 800 morts et 2 000 blessés depuis le 2 mars.
Lyes Saïdi

