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Visite de la présidente du Conseil des ministres italien à Alger : Un partenariat d’exception

L’Algérie réaffirme ses engagements énergétiques et consolide sa place de partenaire stratégique incontournable de l’Europe.

Dans un contexte international marqué par la persistance des tensions géopolitiques, la volatilité des marchés énergétiques et la course mondiale à la sécurisation des approvisionnements énergétiques, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a reçu mercredi à Alger la présidente du Conseil des ministres de la République italienne, Mme Giorgia Meloni, en visite de travail et d’amitié. À l’issue de leurs entretiens au siège de la Présidence de la République, les deux chefs d’État ont livré une déclaration conjointe à la presse qui confirme, avec une netteté nouvelle, l’ampleur et la profondeur d’un partenariat algéro-italien érigé en modèle de coopération Sud-Nord. Au cœur des échanges : la réaffirmation solennelle des engagements énergétiques de l’Algérie envers l’Italie et l’Europe, la relance de chantiers communs inscrits dans le cadre du Plan Mattei pour l’Afrique, et une convergence de vues sur les dossiers brûlants de la région — de la Palestine au Moyen-Orient à la Libye, du Sahel au Sahara occidental.

Un partenariat stratégique à l’épreuve de l’instabilité mondiale

La visite de Giorgia Meloni n’est pas une simple formalité diplomatique. Il s’agit de sa deuxième visite officielle en Algérie en moins de quatre ans, un rythme peu commun dans la pratique des relations bilatérales et qui dit long sur la densité des liens tissés entre les deux capitales. « Ma première visite a été ma première mission bilatérale dans un pays d’Afrique du Nord, ce qui montre l’importance que nous accordons à nos relations avec l’Algérie, qui représente pour l’Italie un partenaire d’une importance stratégique capitale », a déclaré la dirigeante italienne devant la presse, soulignant que cette relation « reste l’une des plus solides et des plus exceptionnelles, en particulier dans un contexte international marqué par une instabilité croissante et un recul des certitudes ».

De son côté, le Président Tebboune a planté le décor d’emblée, exprimant sa « profonde gratitude » à Mme Meloni « pour son engagement à renforcer le partenariat stratégique entre nos deux pays amis ». La visite, a-t-il précisé, « nous a permis de faire le point sur l’état des relations bilatérales et d’exprimer ensemble notre satisfaction quant aux progrès réalisés dans le cadre de la coopération bilatérale au cours des dernières années ».

Une amitié assise sur édifice diplomatique et économique construit patiemment depuis plusieurs années, ponctué d’échanges de visites officielles au plus haut niveau, de sommets intergouvernementaux et d’une accumulation d’accords sectoriels. En juillet 2025, le président Tebboune s’était rendu à Rome pour coprésider la 5ᵉ session du Sommet intergouvernemental algéro-italien, conclu par la signature de partenariats couvrant l’agriculture, l’énergie, l’investissement et la défense. Cette dynamique, enclenchée dans la durée, se confirme aujourd’hui avec une vigueur renouvelée.

L’Algérie, fournisseur fiable d’une Europe sous pression

C’est sur le terrain énergétique que la déclaration commune produit ses effets les plus retentissants, et pour cause : depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 et le brutal réajustement de la carte gazière européenne qui s’en est suivi, l’Algérie est devenue un maillon essentiel de la sécurité énergétique du Vieux Continent. Une position qui se consolide à l’ombre de la guerre au Moyen-Orient qui met sous pression les marchés énergétiques et gaziers, et qui souligne surtout la vulnérabilité des grandes routes énergétiques. Rome, qui avait largement anticipé ce tournant en resserrant ses liens avec Alger, entend aujourd’hui consolider et approfondir cette dépendance mutuellement avantageuse. Le président Tebboune a tenu à réaffirmer avec force « la volonté de l’Algérie de respecter ses engagements en tant que partenaire stratégique et fiable de l’Italie et de l’Europe dans ce domaine, compte tenu des défis liés à la sécurité de l’approvisionnement et à la stabilité des marchés internationaux du pétrole et du gaz ». Cette déclaration, prononcée dans le contexte d’un marché mondial sous tension, constitue un signal politique fort à destination des capitales européennes : Alger ne se dérobera pas à ses responsabilités de fournisseur, et entend même les élargir.

Sonatrach-Eni : des perspectives de coopération dans l’offshore

Côté italien, Mme Meloni a confirmé cette orientation en annonçant des ambitions nouvelles pour la coopération énergétique bilatérale. « Nous avons décidé de renforcer notre coopération solide et durable, une coopération qui englobe également nos deux entreprises nationales phares, Eni et Sonatrach, et ce, en explorant de nouvelles perspectives telles que l’exploration offshore, ce qui permettra, à moyen et long terme, de renforcer les flux d’approvisionnement en gaz de l’Algérie vers l’Italie », a-t-elle détaillé. L’exploration sous-marine ouvre un horizon technologique et commercial inédit pour les deux partenaires, susceptible de prolonger et d’enrichir des décennies de coopération hydrocarbures.

L’épine dorsale de cette relation reste le gazoduc Transmed — que Meloni a tenu à désigner sous le nom évocateur de « gazoduc Mattei » — qui relie physiquement le sous-sol algérien aux foyers italiens et, au-delà, aux réseaux énergétiques européens. Mais les deux parties entendent désormais dépasser ce socle hérité pour embrasser une vision plus large. « L’énergie est une opportunité et un outil pour parvenir à un développement commun, tant pour les pays producteurs qui tirent parti de leurs ressources pour assurer leur prospérité que pour les pays consommateurs qui peuvent compter sur des chaînes d’approvisionnement plus proches et plus solides face aux chocs extérieurs », a résumé la cheffe du gouvernement italien, condensant en quelques mots la philosophie du Plan Mattei qu’elle porte depuis son arrivée au pouvoir.

Le président Tebboune a pour sa part réitéré « l’engagement de l’Algérie à approfondir et à élargir la coopération dans les domaines des technologies de pointe, des start-up, de la formation, de la recherche scientifique, des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert, de l’agriculture innovante et de la sécurité alimentaire ». L’hydrogène vert, en particulier, représente une perspective d’avenir sur laquelle l’Algérie mise pour diversifier sa palette énergétique à l’exportation, capitalisant sur son ensoleillement exceptionnel et ses vastes étendues sahariennes pour s’imposer comme futur hub de l’énergie verte à destination du marché européen.

Agriculture et sécurité alimentaire 

Au-delà de l’énergie fossile et renouvelable, la coopération algéro-italienne s’aventure sur un terrain moins attendu mais potentiellement décisif : celui de la sécurité alimentaire et de l’agriculture saharienne. Dans le cadre du Plan Mattei pour l’Afrique — cette initiative de politique étrangère lancée par Rome pour refonder les relations entre l’Italie et le continent africain sur une base de partenariat et non de charité —, deux projets phares mobilisent l’attention des deux parties.

Le premier est d’ores et déjà en cours d’exécution : il s’agit de la mise en valeur agricole de plus de 36 000 hectares de terres désertiques dans la wilaya de Timimoun pour la production de céréales et de légumineuses. Les chiffres avancés par Mme Meloni sont éloquents quant au rythme de progression : « la campagne de semis de 2026 passera de 7 000 à 13 000 hectares de terres désertiques mises en production», a-t-elle indiqué, saluant une dynamique qu’elle a qualifiée de « soutenue ». Le président Tebboune a de son côté rendu hommage à « la dynamique prise par la mise en œuvre » de ce projet commun, illustration concrète de ce que peut produire une volonté politique partagée.

Le second projet porte sur la création du Centre d’excellence algéro-italien Enrico Mattei, à dimension africaine, dédié à la formation, à la recherche et à l’innovation dans le domaine agricole. Nommé en hommage au fondateur d’ENI, figure tutélaire de la coopération énergétique euro-africaine, ce centre est appelé à devenir un pôle d’excellence et de rayonnement pour tout le continent. Les deux dirigeants ont également annoncé leur intention d’accélérer la création d’une Chambre de commerce algéro-italienne, mécanisme permanent destiné à mobiliser les acteurs économiques privés des deux pays. « Elle permettra aux acteurs économiques d’exploiter les potentialités et les opportunités dont regorgent nos deux pays », a précisé le président Tebboune.

Mme Meloni a, pour sa part, insisté sur le caractère complémentaire des deux économies, soulignant que « les entreprises italiennes sont capables d’apporter une contribution essentielle à l’Algérie, non seulement en fournissant des biens et des services, mais en attirant des investissements et en contribuant à la diversification du tissu économique, productif et industriel, notamment dans les industries agroalimentaires, de défense et pharmaceutiques, ainsi que dans les transports, la logistique, les infrastructures et l’innovation numérique ».

Questions régionales : une convergence de vues notable

Les entretiens de la Présidence ont également fourni l’occasion d’un tour d’horizon des dossiers régionaux et internationaux les plus sensibles. Les deux dirigeants ont affiché une « convergence notable des positions sur de nombreux dossiers », selon les termes du président Tebboune — une formule qui vaut recognition publique de la proximité des deux capitales sur des sujets où les désaccords entre pays arabes et européens sont pourtant fréquents.

Sur la question palestinienne, le président de la République a été sans ambiguïté : « j’ai réaffirmé la ferme condamnation, par mon pays, des graves violations du droit international humanitaire dont est victime le peuple palestinien dans la bande de Gaza, ainsi que la nécessité d’intensifier les efforts internationaux afin de parvenir à une solution juste et durable garantissant les droits légitimes du peuple palestinien, au premier rang desquels son droit à établir son État indépendant conformément aux résolutions de la communauté internationale ». Mme Meloni a pour sa part rappelé la nécessité d’un cessez-le-feu au Liban et insisté sur l’importance de « poursuivre le travail complexe que la communauté internationale doit accomplir pour stabiliser la région et parvenir à la solution à deux États ».

Sur la Libye, les deux parties ont souligné d’une même voix « l’importance de poursuivre les efforts visant à trouver des solutions urgentes permettant à la Libye de sortir de l’impasse et garantissant son unité ainsi que la souveraineté du peuple libyen frère sur son territoire », réaffirmant leur soutien à la mission des Nations Unies dans ce pays. Concernant le Sahel, Mme Meloni a rendu un hommage appuyé au rôle de l’Algérie : « Le rôle joué historiquement par l’Algérie à l’égard de cette région importante et sensible est exceptionnel. Il s’agit d’une région de plus en plus exposée aux menaces du terrorisme et de l’extrémisme, et le renforcement de la stabilité reste difficile sans la coordination et la coopération avec nos amis algériens ». Une reconnaissance significative, du poids géopolitique d’Alger dans un espace sahélo-saharien qui concentre une part croissante des inquiétudes sécuritaires occidentales.

Sur le Sahara occidental, le président Tebboune a réaffirmé « l’importance de parvenir à une solution politique juste permettant au peuple sahraoui d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies et aux résolutions du Conseil de sécurité ». Mme Meloni, de son côté, a confirmé « le soutien de l’Italie aux négociations en cours pour trouver une solution à la question du Sahara occidental, à condition que cette solution soit durable, permanente, acceptable par toutes les parties et conforme aux résolutions de l’ONU » — une formulation qui préserve les équilibres romains tout en validant le cadre multilatéral défendu par Alger.

L’Algérie, un pont entre l’Europe et l’Afrique

Enfin, Mme Meloni a évoqué un événement d’un symbolisme fort, attendu dans les prochaines semaines : la première visite du pape Léon XIV en Afrique, dont l’Algérie sera la première étape. « Il s’agit d’une visite importante qui confirme la place naturelle de l’Algérie en tant que pont entre l’Europe et le reste du continent africain — un rôle que l’Italie a toujours reconnu », a-t-elle déclaré. Les deux dirigeants ont également souligné les résultats tangibles de leur coopération en matière de lutte contre la migration irrégulière et les réseaux de traite des êtres humains en Méditerranée, Mme Meloni attribuant explicitement à la coopération algérienne une part du mérite dans la réduction des traversées clandestines et des drames en mer.

Amar Malki

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