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Projet Baladna : Alger fixe ses exigences

Le ministre de l’Agriculture, du Développment rural et de la Pêche a reçu mercredi à Alger le patron du groupe qatari Power International Holding pour faire le point sur le chantier pharaonique de Baladna à Adrar. Cadence des travaux, feuille de route des phases à venir, défis technologiques et durabilité des ressources : Alger a posé ses conditions pour que ce méga-projet, stratégique pour la sécurité alimentaire, tienne ses promesses.

C’est un communiqué publié sur la page officielle du ministre Yacine El-Mahdi Oualid qui a rendu publique la teneur de la rencontre. Le texte indique que la réunion, tenue « en présence de l’ambassadeur du Qatar en Algérie, M. Abdulaziz Ali Al-Naama, et du président du Conseil d’administration de Baladna-Algérie », a permis « de faire le point sur la cadence de réalisation de ce projet stratégique intégré ». Le ministre précise qu’il a également été procédé à « l’évaluation de l’état d’avancement de la première phase du projet » et à la définition « d’une feuille de route claire pour le lancement des phases suivantes, tout en mettant l’accent sur l’amélioration de l’efficacité et l’accélération de la mise en œuvre ». Le communiqué souligne encore que « l’accent a été mis sur l’importance de l’intégration des dernières technologies dans la gestion des grandes exploitations », avec « un intérêt particulier à la gestion durable des ressources naturelles, notamment l’eau et le sol ». Au terme de la rencontre, les deux parties ont convenu d’« organiser, dans les plus brefs délais, une visite conjointe sur le site du projet pour s’enquérir de l’état d’avancement des travaux ». Le ton est mesuré, mais le message est lisible : Alger entend tenir ce dossier à la main. La convocation d’une visite de site « dans les plus brefs délais » confirme que le suivi est désormais placé au niveau ministériel.

L’enjeu est à la mesure des ambitions affichées. Baladna-Algérie est un méga-projet agricole évalué à 3,5 milliards de dollars, porté par le groupe qatari Power International Holding — le même actionnaire de référence derrière Baladna Qatar, le géant laitier qui avait permis à l’émirat de sortir de sa dépendance aux importations lors du blocus de 2017. Implanté sur la commune de Tamaten, dans la wilaya d’Adrar, au cœur du Sahara algérien, le projet s’étend sur 117 000 hectares. Il prévoit l’élevage de quelque 270 000 têtes bovines, une production annuelle cible de 100 000 tonnes de poudre de lait et la création de 5 000 à 7 000 emplois directs. À terme, il devrait couvrir jusqu’à 50 % des besoins nationaux en poudre de lait, réduisant d’autant une facture d’importation qui grève régulièrement les comptes en devises du pays.

C’est précisément cette équation — sécurité alimentaire contre dépendance aux importations — qui a conduit Alger à solliciter ce partenariat. L’Algérie importe en effet chaque année entre 300 000 et 350 000 tonnes de poudre de lait, pour une dépense oscillant entre 800 millions et un milliard de dollars selon les cours mondiaux. Le lait reconstitué, subventionné et vendu à prix administré, reste un produit socialement et politiquement sensible. Trouver les moyens de s’affranchir partiellement des importations est une priorité inscrite dans les plans de relance économique du gouvernement.

La singularité du modèle Baladna tient à son caractère pleinement intégré : production fourragère, élevage, transformation et conditionnement sont concentrés sur un même périmètre, ce qui en fait, selon ses promoteurs, l’un des plus grands complexes agro-industriels laitiers au monde. La question de l’eau, dans une région saharienne, reste toutefois le point de friction structurel du projet. Le recours à la nappe albienne — ressource fossile non renouvelable — impose une gestion rigoureuse que le ministre a tenu à mettre explicitement en avant dans son communiqué.

Sabrina Aziouez

admin

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