Guerre au Moyen-Orient : Trump fixe un nouvel ultimatum, l’escalade s’intensifie
48 heures. C’est le délai que Donald Trump a fixé samedi à l’Iran pour conclure un accord ou rouvrir le détroit d’Ormuz, faute de quoi Washington déchaînerait « les enfers » sur Téhéran. Pendant ce temps, des frappes américano-israéliennes frappaient une centrale nucléaire, des sites pétrochimiques et des postes-frontières iraniens, tandis qu’un pilote américain demeurait introuvable en territoire iranien — portant la crise à un seuil d’intensité inédit depuis le début de la guerre déclenchée par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février.
Dans un message publié sur sa plateforme Truth Social, le président américain a rappelé l’ultimatum posé dix jours plus tôt : conclure un accord diplomatique ou rouvrir le détroit d’Ormuz, verrou maritime par lequel transite une part décisive du pétrole mondial. « Le temps presse — 48 heures avant de déchaîner les enfers sur eux. Gloire à Dieu ! », a-t-il écrit, confirmant que l’échéance courait jusqu’au lundi 6 avril à 20 heures, heure de la Côte est des États-Unis. Le 26 mars, Trump avait déjà accordé fixé jours supplémentaires à Téhéran, repoussant une frappe annoncée contre des centrales électriques iraniennes. La rhétorique reste celle de la pression maximale, mais le terrain, lui, est déjà en feu. Car pendant que Washington brandit l’ultimatum, les bombardements se multiplient. Des frappes américano-israéliennes ont touché dans la matinée le secteur de la centrale nucléaire de Bouchehr, dans le sud de l’Iran, tuant un agent de sécurité. Les installations n’ont pas été endommagées, selon l’agence officielle iranienne IRNA, mais il s’agit du quatrième incident de ce type en quelques semaines, a relevé l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a exprimé sa « profonde préoccupation » et appelé à une « retenue militaire maximale afin d’éviter le risque d’un accident nucléaire ». En réponse, la Russie, dont 198 techniciens de Rosatom travaillaient sur le site, a commencé leur évacuation dans les vingt minutes suivant l’impact, condamnant une action qualifiée de « funeste » par la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a durci le ton en avertissant que de nouvelles frappes sur Bouchehr pourraient provoquer des retombées radioactives susceptibles de « mettre fin à la vie » dans les capitales du Conseil de coopération du Golfe — « et non à Téhéran », plus au nord. La charge symbolique est lourde : en évoquant le précédent de la centrale ukrainienne de Zaporijjia, Téhéran cherche à rappeler à l’Occident ses propres standards de conduite en temps de guerre. Araghchi a par ailleurs réaffirmé la disposition de l’Iran à négocier, se disant « profondément reconnaissant au Pakistan » pour son offre de médiation, tout en dénonçant une guerre qu’il qualifie d’« illégale ».
La journée a également été marquée par une série de frappes contre des infrastructures civiles et économiques iraniennes : un site pétrochimique dans la zone spéciale de Mahshahr, province du Khouzistan, a été touché, faisant cinq blessés selon l’agence Tasnim, tandis qu’une cimenterie dans le sud du pays était atteinte sans faire de victime. Un terminal commercial du poste-frontière de Shalamcheh, à Khorramchahr, a été ciblé, tuant un chauffeur irakien et blessant deux ouvriers iraniens, avant que les échanges commerciaux et le passage des personnes ne soient suspendus. Depuis le 28 février, plus de trente universités iraniennes auraient été directement visées, selon le ministre des Sciences iranien, Hossein Simaï-Sarraf.
La guerre s’étend au-delà des frontières iraniennes. Des missiles iraniens ont été tirés en direction de cibles israéliennes. À Bahreïn, des débris de projectiles interceptés ont blessé quatre personnes. À Dubaï, la façade de l’immeuble abritant la filiale d’Oracle à Internet City a été endommagée. Les Gardiens de la révolution iraniens ont pour leur part revendiqué l’attaque au drone contre le MSC Ishyka, navire qu’ils disent lié à l’entité sioniste, dans le détroit d’Ormuz.
Au cœur de l’actualité du jour figure également le sort d’un pilote américain dont l’avion de chasse, un F-15E, a été abattu par l’Iran — une première depuis le début du conflit. Selon des médias américains, l’un des deux aviateurs a été exfiltré lors d’un raid des forces spéciales, tandis que le second demeure introuvable. L’armée iranienne a promis une « généreuse récompense » à quiconque livrerait les pilotes. Donald Trump a affirmé sur NBC que cet épisode ne changerait « rien du tout » à la tenue d’éventuelles négociations. Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a ironisé sur une guerre dont l’objectif aurait été « rétrogradé d’un changement de régime » à la traque d’un pilote. Sur le plan diplomatique, le président turc Recep Tayyip Erdogan a estimé lors d’un entretien avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, que le conflit avait « conduit à une impasse géostratégique », appelant la communauté internationale à « redoubler d’efforts » pour y mettre fin.
L’Afrique face au choc de la guerre
À des milliers de kilomètres du front, l’Afrique subit déjà les effets de la guerre. L’Union africaine, la Banque africaine de développement, le Programme des Nations unies pour le développement et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique ont conjointement alerté samedi, dans un rapport transmis à l’AFP, que le conflit au Moyen-Orient « présente un risque grave » pour le continent. Le Moyen-Orient représente 15,8 % des importations africaines et 10,9 % de ses exportations : le « choc commercial » en cours pourrait rapidement se transformer en crise du coût de la vie, alimentée par la hausse des prix des carburants et de la nourriture, le renchérissement du fret et des assurances, les pressions sur les taux de change et les contraintes budgétaires accrues des États. Dans un contexte où la croissance de la plupart des pays africains peine encore à retrouver son niveau d’avant-Covid, les institutions projettent une perte de 0,2 point de PIB pour l’ensemble du continent en 2026 si le conflit se prolonge au-delà de six mois. « Plus le conflit dure et plus les perturbations dans l’acheminement de l’énergie et des engrais s’aggravent, plus est grand le risque d’un ralentissement significatif de la croissance », soulignent-elles, avec des impacts différenciés selon les pays.
L’Asie, elle, est déjà dans l’œil du cyclone : 84 % du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz lui était destiné. Au Bangladesh, de longues files d’attente s’allongent aux stations-service, des réseaux informels de revente au marché noir prolifèrent, pendant que les autorités de Dacca imputent la crise aux « achats panique » des consommateurs.
Lyes Saïdi

