Tikjda sous la neige : Le Djurdjura retrouve sa splendeur et ses visiteurs
Le temps d’un week-end, la montagne a repris ses droits. Depuis jeudi, les hauteurs du Djurdjura sont recouvertes d’un épais manteau blanc, et la station climatique de Tikjda, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Bouira, est redevenue ce qu’elle est dans l’imaginaire de tant d’Algériens : un havre de nature sauvage et apaisante, où la neige transforme tout en décor féerique. Les fortes chutes enregistrées ces deux derniers jours ont déclenché un afflux massif de touristes venus de plusieurs wilayas du pays, profitant des vacances scolaires et du week-end pour s’évader vers les cimes enneigées.
Dès jeudi matin, la route nationale 33, artère principale qui serpente jusqu’au Centre national de sport et de loisir de Tikjda (CNSLT), s’est transformée en un long cortège de véhicules. Familles, sportifs, amoureux de la nature : tous ont répondu à l’appel de la montagne blanche. Les files de voitures s’étiraient sur plusieurs kilomètres, dans une ambiance de départ en vacances que l’on n’avait plus vue depuis plusieurs saisons. Autour du centre, les cris des enfants jouant aux boules de neige se mêlaient aux conversations des adultes, créant cette atmosphère particulière, chaleureuse et vivante, que seule la neige sait installer en quelques heures.
Faouzi, la cinquantaine, venu d’Alger avec sa femme et ses deux enfants, résumait bien l’état d’esprit général des visiteurs croisés sur la RN33. « Je suis venu avec ma femme et mes deux enfants pour passer un séjour à Tikjda et profiter du week-end et de la neige avant la reprise scolaire », a-t-il confié à l’APS. Comme lui, des centaines de familles ont fait le déplacement, certaines pour la journée, d’autres pour s’installer quelques nuits au CNSLT, dont les hébergements affichaient complet. Car Tikjda n’est pas seulement un site de passage : c’est une destination à part entière, avec ses infrastructures d’accueil, ses sentiers balisés et ses pentes qui attirent, chaque hiver, les passionnés de ski de toute l’Algérie.
Cette saison hivernale, après plusieurs années de sécheresse relative, est perçue par beaucoup comme un retour à la normale, presque comme un cadeau. « Cette année, la saison hivernale était généreuse, avec le retour en force des pluies et de la neige, qui augurent d’une bonne année agricole, outre la joie que procure la nature verdoyante partout », a déclaré Karim, un trentenaire originaire de la wilaya voisine de Boumerdès, rejoint dans ce sentiment par plusieurs autres touristes rencontrés sur le site. La neige, ici, ne signifie pas seulement loisir : elle annonce la promesse d’une terre bien arrosée, de réserves hydriques reconstituées, d’une agriculture moins à la merci de la canicule.
La blancheur immaculée qui recouvre les sommets du Djurdjura a par ailleurs opéré une sorte de miracle visuel sur les paysages alentour. Elle a voilé, au moins pour un temps, les cicatrices laissées par les incendies de forêts qui avaient ravagé une partie de la région durant l’été dernier. Ces flancs de montagne noircis, ces espaces naturels dévastés que l’on ne regardait plus sans une pointe de tristesse, ont disparu sous la neige, rendant à Tikjda sa beauté intacte et sa lumière d’hiver.
Pour les skieurs, ce retour de la poudreuse est une aubaine attendue. Chaque hiver, le mont Akouker, situé non loin de Tikjda, accueille des pratiquants venus de plusieurs wilayas du pays. Bouira compte une douzaine de clubs de ski, même si seuls quelques-uns parviennent à pratiquer réellement sur le terrain, faute de moyens suffisants. Mouloud Mouhous, sportif et amoureux inconditionnel de la discipline, ne cachait pas sa satisfaction. « Cette période de forte neige est idéale pour renouer avec ce loisir », a-t-il déclaré à l’APS, les yeux tournés vers les pentes enneigées d’Akouker. Une occasion rare qu’il entend saisir pleinement, comme tous ceux qui attendent toute l’année ce rendez-vous avec la montagne en blanc.
La joie collective n’a cependant pas effacé les contraintes réelles que ces conditions climatiques exceptionnelles ont imposées à la région. Depuis mardi, les importantes chutes de neige ont bloqué plusieurs axes routiers stratégiques : la RN33, la RN30, la RN15 et la RN6 reliant Bouira à Tizi-Ouzou ont toutes été coupées à la circulation, avant que les équipes de la direction des travaux publics n’interviennent pour les rouvrir progressivement. Vendredi, la chaussée restait glissante et la circulation, sur la route de Tikjda, relevait par endroits du parcours du combattant. Beaucoup d’automobilistes ont eu toutes les peines du monde à rallier les hauteurs, entre les embouteillages inhabituels et le verglas par tronçons.
Face à ces risques, les services de la protection civile et de la gendarmerie nationale se sont déployés jeudi après-midi sur les principaux axes menant à Tikjda. Leur mission : sensibiliser les automobilistes et les visiteurs au respect strict des consignes de sécurité, les inviter à la prudence et les mettre en garde contre toute tentative aventureuse en haute montagne. Un rappel nécessaire, tant l’enthousiasme des visiteurs peut parfois faire oublier que la montagne enneigée, aussi belle soit-elle, ne pardonne pas l’imprudence.
Tikjda retrouve ainsi, le temps d’une saison généreuse, son statut de destination phare du tourisme de montagne en Algérie. Et si la neige finit toujours par fondre, elle laisse derrière elle, chaque hiver, l’espoir que ce patrimoine naturel exceptionnel sera un jour pleinement valorisé, doté des infrastructures et des moyens qu’il mérite pour s’imposer durablement sur la carte touristique nationale.
R.R.

