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Le Cardinal Vesco salue la visite historique du Pape Léon XIV : L’Algérie, terre de paix 

À quelques jours de la première visite d’un souverain pontife en Algérie, l’Archevêque d’Alger, le Cardinal Jean-Paul Vesco, en décrit la portée universelle : un message de paix lancé depuis une terre de coexistence, à la croisée de la Méditerranée et de l’Afrique.

Il y a dans cette visite bien plus qu’un déplacement diplomatique. Lorsque le Pape Léon XIV posera le pied sur le sol algérien, à l’invitation du président de la République Abdelmadjid Tebboune, ce sera la première fois dans l’histoire qu’un souverain pontife se rend en Algérie. Et pour le Cardinal Jean-Paul Vesco, Archevêque d’Alger, naturalisé algérien après plus de vingt ans passés dans le pays, cet événement porte une signification qui dépasse largement le cadre du protocole religieux. Dans un entretien accordé à l’APS, il en a livré une lecture à la fois spirituelle, historique et profondément humaine. Pour le prélat, la visite constitue d’abord « un signal fort qui redonne une profondeur à la grande histoire de l’Algérie, terre de Saint-Augustin ». En choisissant l’Algérie pour ce déplacement historique, le Pape Léon XIV agit, selon lui, « comme un pont entre les mondes chrétien et musulman », tout en reflétant la richesse singulière d’un pays qui a toujours su abriter, en son sein, la pluralité des héritages. Le fait que le souverain pontife connaisse déjà le pays, pour s’y être rendu à deux reprises avant son élection au pontificat, confère à ce retour une dimension personnelle et délibérée, bien au-delà de la simple visite officielle.

Le choix du thème de la visite n’est pas anodin. La salutation traditionnelle « As-salamu alaykum » — Que la paix soit sur vous — résume à elle seule l’ambition du déplacement. Le Pape arrive en « homme de paix », porteur d’une parole dont le monde actuel a, aux yeux du Cardinal Vesco, « infiniment besoin ». « Je serais heureux que ce message soit entendu depuis l’Algérie », a confié l’Archevêque d’Alger, soulignant que cette parole naîtra d’un échange authentique, faisant du pays « le point de départ d’un appel à la paix lancé au monde entier ». Cet appel, a-t-il précisé, « doit inciter les croyants de toutes confessions à s’unir dans le respect d’une humanité sacrée pour faire face aux violences et aux guerres ». En cela, la visite incarne aussi les convergences profondes entre l’Algérie et le Vatican, que le Cardinal résume dans un « engagement commun » pour le soutien aux peuples opprimés et la promotion de la coexistence — deux valeurs que les deux parties portent, chacune à sa manière, sur la scène internationale.

L’Algérie modèle de coexistence

Pour le Cardinal Vesco, l’Algérie n’est pas choisie au hasard comme cadre de ce message universel. Elle incarne, selon lui, un modèle de coexistence dans lequel la différence religieuse, lorsqu’elle est « assumée », constitue une source d’enrichissement mutuel. Évoquant l’héritage de feu Monseigneur Henri Teissier, figure marquante du dialogue islamo-chrétien en Algérie, il rappelle que cette tradition de rencontre entre les cultures et les croyances est ancrée dans l’histoire longue du pays, bien avant les agendas contemporains. Face aux discours de haine et de violence, qu’il qualifie sans détour de « discours de peur et de fragilité », le prélat oppose la solidité d’une identité sereine et affirmée. « Quand on est sûr de son identité, on n’est pas dans les discours de haine », a-t-il soutenu, appelant à un « engagement commun contre les fondamentalismes pour la construction d’un monde fondé sur le respect des traditions de chacun ». Un message qui résonne avec une particulière acuité dans un monde où les crispations identitaires alimentent de trop nombreux conflits.

La mémoire coloniale, blessure encore ouverte

Le Cardinal Vesco n’a pas esquivé la question mémorielle, abordant avec franchise le poids de l’histoire franco-algérienne. Il a reconnu l’ampleur de la « violence » et du « crime colonial », estimant que les 132 années de colonisation ont laissé « des blessures profondes et des traces indélébiles », y compris à travers les conséquences des essais nucléaires menés dans le Sahara algérien. « Il y a une blessure, parce qu’il y a une humiliation, et on n’en vient pas à bout comme ça », a-t-il dit, déplorant le manque de « paroles de vérité » sur cette période. Fort de sa double culture française et algérienne, le prélat a exprimé le souhait de voir émerger une reconnaissance franche des souffrances subies, condition nécessaire, selon lui, pour « tourner la page ». Il a indiqué avoir sollicité le Saint-Père, ainsi que les autorités compétentes, afin que les anciennes puissances coloniales assument leur responsabilité historique. « Je le demande au Pape comme je l’ai demandé à toutes les autorités en capacité de le faire », a-t-il insisté, avec la constance de celui qui mesure le poids de chaque mot.

Établi en Algérie depuis plus de vingt ans et naturalisé algérien, le Cardinal Vesco a conclu son entretien sur une note intime, témoignant d’un attachement profond à sa « patrie d’adoption ». « Ici, tu seras toujours en dette d’amitié. Tu ne pourras jamais rendre l’amitié qu’on te donne. Depuis plus de 20 ans, je confirme l’exactitude de cette parole », a-t-il confié, dans des mots qui disent, peut-être mieux que tout discours, ce que la visite du Pape Léon XIV vient, en définitive, célébrer.

Chokri Hafed

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