OPEP+ : Vers une hausse limitée de la production
Sept membres de l’OPEP+ se réunissent dimanche pour démanteler un peu plus leurs coupes volontaires et rehausser leur production de pétrole de 188 000 barils par jour en juin. C’est le troisième mois consécutif de hausse. Mais la décision ne changera rien au marché à court terme : les pays qui pourraient produire davantage voient leurs capacités d’exportation de pétrole limitée, parce que le détroit d’Ormuz est fermé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Les sept pays participants sont l’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït, l’Algérie, le Kazakhstan, la Russie et Oman. Deux sources proches du dossier, citées par Reuters, indiquent qu’un accord de principe a été trouvé avant la réunion. Le volume retenu — 188 000 bpj — est légèrement inférieur à celui d’avril, qui était de 206 000 bpj. La différence correspond à la part des Émirats arabes unis, qui ont quitté l’OPEP+ le 1er mai.
L’Arabie saoudite, l’Irak et le Koweït sont, au sein du groupe, des pays disposant de capacités de production suffisantes pour honorer une telle hausse. Or ces trois pays exportent via le détroit d’Ormuz, fermé depuis le déclenchement du conflit le 28 février. Leurs exportations sont bloquées. La hausse décidée dimanche sera donc limitée tant que le détroit n’aura pas rouvert. Des professionnels du secteur pétrolier précisent que même après une réouverture, plusieurs semaines seraient nécessaires avant que les flux reviennent à la normale.
Les conséquences sur la production sont déjà mesurables. En mars, la production totale de l’OPEP+ s’est établie à 35,06 millions de barils par jour, soit une chute de 7,70 millions par rapport à février. L’Irak et l’Arabie saoudite ont enregistré les baisses les plus importantes. C’est la disruption la plus importante jamais enregistrée sur le marché pétrolier mondial depuis des décennies.
Les cours ont réagi en conséquence. Le prix du baril a dépassé 125 dollars en cours de semaine, un niveau inédit depuis quatre ans. Vendredi, ils ont reculé. Le Brent a clôturé à 108,17 dollars, en baisse de 2,20 %, et le WTI à 101,97 dollars, en recul de 2,95 %. Ce repli fait suite à une annonce de l’agence officielle iranienne IRNA : Téhéran a transmis jeudi soir une nouvelle proposition de paix au Pakistan, qui joue le rôle de médiateur avec Washington. L’annonce a suffi à provoquer des ventes sur un marché par ailleurs peu liquide en raison du 1er-Mai, férié dans une grande partie de l’Europe.
Donald Trump a cependant tempéré l’optimisme. Il a déclaré ne pas être satisfait de l’offre iranienne, ajoutant que l’alternative aux négociations serait de « pulvériser » l’Iran. Les cours ont limité leur recul sans remonter. Les opérateurs attendent désormais de savoir, selon David Morrison, analyste chez Trade Nation, « si le cessez-le-feu actuel est sur le point d’être rompu ou si les conditions sont réunies pour entamer un nouveau cycle de négociations officielles ». Une clarification dans un sens ou dans l’autre pourrait provoquer de forts mouvements à la réouverture des marchés lundi.
Les exportations iraniennes sont, elles, soumises à un embargo américain imposé en avril, distinct de la fermeture d’Ormuz. L’Iran est membre de l’OPEP+ mais ne fait pas partie des sept pays concernés par les coupes de production volontaires.
Des analystes commencent à évoquer un risque de pénurie de carburéacteur dans un à deux mois si la crise se prolonge, ainsi qu’une poussée de l’inflation mondiale. La réunion de dimanche, malgré son caractère symbolique dans les circonstances actuelles, envoie un signal : l’OPEP+ maintient sa trajectoire de hausse de l’offre et son rôle de stabilisateur du marché.
Samira Ghrib

