Iran-États-Unis : Une frappe israélienne sur Beyrouth menace la conclusion d’un accord
L’attaque, menée à Ghobeiry en pleine journée, a contraint Téhéran à durcir sa position, tandis que Washington se retrouvait à devoir gérer simultanément les retombées diplomatiques et les exigences de son allié israélien.
Une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth a tué trois personnes dimanche et menace de faire capoter des négociations américano-iraniennes jugées, quelques heures plus tôt, à portée d’aboutissement. Trois corps ont été dégagés des décombres de Ghobeiry. Six blessés ont été hospitalisés, selon la défense civile libanaise. Des médias faisaient état de « plusieurs missiles » ayant frappé la place Al-Ghadir dans la Dahiyé. Des débris recouvraient une rue commerçante voisine, des habitants cherchaient des survivants dans un état de panique visible. C’est la deuxième frappe sur la banlieue sud en l’espace d’une semaine.
Washington tenu responsable
La réaction iranienne a été immédiate. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et négociateur en chef dans les pourparlers avec les États-Unis, a mis en cause directement Washington sur le réseau X. « L’agression sioniste dans le sud de Beyrouth a démontré que les États-Unis manquent soit de volonté, soit de capacité pour mettre en œuvre leurs engagements », a-t-il écrit. « En avalisant l’entité sioniste, vous ne pouvez pas obtenir de concession. Si vous n’avez ni la volonté ni la capacité d’exécuter vos engagements, il est impossible de poursuivre dans cette voie. » L’Iran conditionnait tout accord avec Washington à un cessez-le-feu complet incluant le Liban. La frappe du dimanche matin fragilisait donc le fondement même du compromis en cours d’élaboration.
De son côté, le général Mohammad-Jafar Assadi, vice-responsable du commandement interarmées iranien, cité par l’agence Defa Press, a prévenu que « les crimes sionistes au Liban ne resteront pas impunis ».
Trump entre critique de l’entité sionite et appel à la retenue
Donald Trump a réagi depuis son réseau Truth Social avec des mots inhabituellement critiques à l’égard de Tel-Aviv. « L’attaque perpétrée ce matin à Beyrouth n’aurait pas dû avoir lieu, surtout en ce jour particulier où nous sommes si près d’un accord de paix avec l’Iran », a-t-il déclaré. Le président américain avait annoncé samedi qu’un accord-cadre entre les États-Unis et l’Iran serait signé ce dimanche, prévoyant notamment la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz. Téhéran n’avait pas confirmé cette échéance. En fin de matinée, l’agence de presse iranienne Fars indiquait encore, citant « une source bien informée proche de l’équipe de négociation », que la République islamique « n’avait pas encore pris ni annoncé sa décision finale concernant le protocole d’accord proposé ».
Des médiateurs qataris s’étaient rendus à Téhéran dans la journée pour tenter de finaliser un accord préliminaire. Selon des responsables pakistanais et régionaux proches des négociations, cités par Associated Press sous couvert d’anonymat, les deux parties s’étaient néanmoins « rapprochées ». Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif avait indiqué qu’Islamabad se préparait à une « signature électronique dimanche », en présence des États médiateurs que sont le Pakistan et le Qatar. La chaîne Al-Arabiya faisait état d’une réunion virtuelle prévue dans la journée. Associated Press précisait toutefois que les questions nucléaires n’étaient pas finalisées et que le moment exact de la signature restait indéterminé.
Un cessez-le-feu en lambeaux
La frappe sur Ghobeiry s’inscrit dans une cadence de violence sioniste conte le Liban qui n’a pas faibli depuis la signature d’un cessez-le-feu le 17 avril, depuis lors prolongé de plusieurs semaines. Depuis le début des opérations militaires israéliennes contre le Liban le 2 mars, les autorités libanaises font état de 3 711 morts et 11 483 blessés. Les Nations unies tirent la sonnette d’alarme sur l’état du système de santé. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) a recensé au moins 135 professionnels de santé tués depuis le 2 mars. L’OMS dénombre 17 hôpitaux endommagés à travers le pays, dont trois dans le district de Sour. L’hôpital Hiram de cette ville a été touché pour la cinquième fois depuis l’offensive de mars. Environ 400 agents de santé ont été blessés. La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a signalé 72 violations de l’espace aérien libanais en une seule journée, soit plus de 110 heures de vol cumulées, et huit frappes aériennes dans sa zone d’opérations.
Par ailleurs, Beyrouth a saisi le Conseil de sécurité de l’ONU au sujet de l’épandage de glyphosate par l’armée d’occupation israélienne à des niveaux de concentration élevés dans trois villages frontaliers en février, sur la base d’un rapport scientifique du CNRS libanais. Le président libanais Joseph Aoun avait dénoncé cet acte comme une « violation flagrante de la souveraineté libanaise et un crime environnemental et sanitaire ». La diplomatie libanaise a également signalé au Conseil de sécurité l’attaque d’un véhicule de l’armée libanaise début juin, qui a coûté la vie à deux officiers et un soldat.
Une escalade à contretemps
Ce n’est pas la première fois qu’une opération militaire israélienne survient à un moment diplomatiquement sensible. En juin, selon le site Axios, Donald Trump aurait dit à Benyamin Nétanyahou lors d’un appel téléphonique : « Tu es un « p… » de cinglé. Sans moi, tu serais en prison. Je te sauve les fesses. Tout le monde te déteste à présent. » Interrogé deux jours plus tard dans un podcast, Trump n’avait pas démenti la substance de ces propos, se disant « un peu perturbé par le fait qu’il bataille constamment au Liban ». Trump a appelé dimanche à la fin de toute attaque sur le sol libanais, mais aussi à l’arrêt de toute frappe du Hezbollah contre Israël : « Il ne devrait plus y avoir d’attaques israéliennes nulle part au Liban, mais il ne devrait pas non plus y avoir d’attaques de la part d’aucune autre partie, y compris le Hezbollah, contre Israël. » Il a conclu par un appel à la retenue : « Cela pourrait être le début d’une paix longue et belle. Ne gâchons pas tout. »
La journée s’achevait sans confirmation officielle d’aucune signature, ni de Washington, ni surtout de Téhéran.
Lyes Saïdi

