Un pas de plus vers la normalisation entre Alger et Paris
Le parquet national antiterroriste français (PNAT) a requis la remise en liberté de l’agent consulaire algérien détenu en France depuis le 12 avril 2025, dans un geste qualifié d’« évident assouplissement » par le quotidien français Le Monde, qui pourrait ouvrir la voie à un dénouement du principal contentieux bloquant encore la normalisation des relations entre Alger et Paris.
Selon les informations rapportées mardi par Le Monde, le PNAT a formulé le 11 juin sa réquisition en faveur de la remise en liberté de l’agent consulaire algérien, identifié sous les initiales « Ismaïl. R », et de son placement sous contrôle judiciaire, estimant que « son maintien en détention n’est plus justifié ». Cette demande intervient après une requête de remise en liberté provisoire introduite par la défense de l’agent, incarcéré depuis plus d’un an dans le cadre d’une enquête pour suspicion d’implication dans un prétendu enlèvement d’Amir Boukhors. Le quotidien français précise que cette réquisition marque un revirement notable, le parquet s’étant jusque-là systématiquement opposé à toutes les demandes de libération formulées par la défense. La décision finale revient toutefois aux juges d’instruction, qui ont rejeté la demande le 18 juin dernier. La défense a aussitôt interjeté appel, et l’affaire devrait être réexaminée le 13 juillet prochain.
Le Monde s’interroge ouvertement sur la portée politique de ce changement de cap, se demandant s’il ne faut pas y voir « un lien avec les efforts en coulisse entre Paris et Alger pour solder la crise » et permettre, en miroir, la libération du journaliste sportif français Christophe Gleizes, qui purge une peine de sept ans de prison en Algérie. Le journal rappelle à ce titre une précision de taille sur le fonctionnement de la justice française, les magistrats du parquet sont placés sous l’autorité directe du ministre de la Justice, donc de l’Exécutif, ce qui confère à cette réquisition une portée qui dépasse le strict cadre judiciaire.
Ce dossier reste, du point de vue d’Alger, l’obstacle majeur à toute normalisation complète avec Paris. Des sources proches du dossier bilatéral indiquaient même que la détention de l’agent consulaire avait jusqu’ici fermé toute perspective de grâce en faveur du journaliste français.
Cette affaire constitue l’un des héritages les plus lourds de la gestion de Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur français entre septembre 2024 et octobre 2025. Alors que les deux pays s’orientaient vers une sortie de crise dès avril 2025, portée notamment par une visite jugée prometteuse à Alger du chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot, l’arrestation de l’agent consulaire par la DGSE française, service placé sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, avait brutalement fait dérailler le processus. Alger avait alors nommément mis en cause Bruno Retailleau, en orchestrant cette arrestation dans le but de saboter le rapprochement engagé entre les deux capitales. Dans la foulée, Paris avait rappelé son ambassadeur en Algérie, tandis que les deux pays procédaient à des expulsions réciproques et sans précédent de douze agents consulaires de chaque côté, plongeant les relations bilatérales dans une phase de gel prolongé de plusieurs mois.
Ce n’est qu’en février dernier qu’Alger et Paris ont renoué le fil du dialogue, engageant un nouveau processus de sortie de crise ponctué de visites ministérielles croisées et de la relance de la coopération dans les domaines migratoire et sécuritaire. Mais l’écueil judiciaire que représentait la détention de l’agent consulaire algérien demeurait, jusqu’à présent, le principal point de blocage empêchant un retour total à la normale entre les deux pays.
Si la décision définitive sur la libération de l’agent consulaire algérien reste suspendue à l’examen du 13 juillet, ce changement de position du parquet antiterroriste français pourrait être perçu comme un signal d’apaisement susceptible de débloquer, ce différent qui continue de peser sur les relations algéro-françaises.
Salim Amokrane

