Maroc : la colère sociale gronde !
Malgré le dispositif de répression violente déployé par les autorités marocaines pour contenir la contestation, la colère populaire ne cesse de s’amplifier au Maroc, où les mouvements de protestation se multiplient dans plusieurs secteurs d’activité pour dénoncer les atteintes croissantes aux droits et libertés, dans un contexte social et économique de plus en plus tendu marqué par un endettement grandissant du Royaume.
Le secteur de l’éducation cristallise une bonne part de cette tension. Les enseignants du primaire ont annoncé la poursuite de leurs actions de protestation pour réclamer leur intégration dans la fonction publique, l’arrêt des discriminations au sein du système éducatif, ainsi que la fin de la précarité et de toutes les formes d’exploitation ils sont les victimes. La Coordination syndicale de l’enseignement préscolaire a organisé, en fin de semaine, un sit-in national devant le ministère de l’Éducation à Rabat, une action qui s’est heurtée à un important dispositif de répression, les forces de l’ordre ayant empêché les manifestants d’organiser une marche, ce qui a suscité une vague de condamnations. Parallèlement, le secteur de la santé connaît lui aussi un climat de tension persistant. Plusieurs cadres médicaux, dans un certain nombre d’hôpitaux du Royaume, observent depuis cinq jours consécutifs un sit-in ouvert pour dénoncer l’accumulation de dossiers professionnels et sociaux restés en suspens. Les protestataires ont averti que la poursuite de cette situation sans solution pourrait conduire à de nouvelles mesures d’escalade, tout en soulignant que la sortie de crise passe par le dialogue et le traitement des dossiers en suspens, dans le souci de préserver la stabilité du secteur sanitaire. Plusieurs syndicats du secteur ont d’ores et déjà annoncé un programme de mobilisation pour le mois en cours, afin d’arracher leurs droits légitimes, en réponse à une politique de surdité et l’autisme de la part du gouvernement.
Le monde judiciaire n’est pas en reste. L’Association des barreaux du Maroc a appelé l’ensemble de ses membres à se tenir prêts à engager des mesures d’escalade sans précédent, si la Chambre des représentants persistait à faire adopter le nouveau projet de loi organisant la profession d’avocat, un texte que l’association juge attentatoire à l’indépendance de la profession. Cet avertissement est intervenu alors que le bureau de l’association organisait, jeudi dernier à Rabat, un rassemblement de protestation d’ampleur, en marge de l’examen du projet de loi contesté par la commission de la justice, de la législation et des droits de l’homme à la Chambre des représentants. Les avocats mobilisés ont réclamé le retrait immédiat du projet et son renvoi à la table du dialogue entre le ministère de tutelle et les instances professionnelles, afin de garantir, selon eux, une rédaction législative consensuelle.
Les secteurs de l’équipement, de l’eau, des transports et de la logistique connaissent eux aussi une tension croissante. Le Syndicat marocain des secteurs des travaux publics et le Syndicat marocain de la météorologie, tous deux affiliés à la Confédération démocratique du travail, ont annoncé un nouveau programme de protestation, pour dénoncer la poursuite du mépris à l’égard des revendications professionnelles et sociales des travailleurs des deux secteurs. Dans un communiqué commun, les deux syndicats ont promis de mener une série d’actions de protestation tout au long du mois de juillet en cours, pour exiger une réponse à l’ensemble des revendications qu’ils jugent fondamentales et qu’ils considèrent comme un préalable au règlement des dossiers en suspens.
De son côté, la Coordination nationale des sinistrés du séisme d’Al Haouz a annoncé son intention d’organiser un sit-in national le mercredi 15 juillet à Rabat, pour protester contre la persistance des souffrances de centaines de sinistrés, privés de soutien et d’indemnisation.
Sur fond de tensions sociales et économiques persistantes, le Royaume s’enfonce davantage dans l’endettement, dans un contexte où la population marocaine fait face à des crises qui semblent ne jamais trouver d’issue face au mépris total du Makhzen face aux préoccupations de Marocains et le quel a choisi la répression violente de la population et les investissements de prestige pour polir l’image d’un régime en déclin.
Lyes Saïdi

