La Chine suspend ses exportations d’hélium : Vers une nouvelle flambée des prix sur un marché mondial sous tension
Le ministère chinois du Commerce et l’administration des douanes ont décrété, vendredi, une interdiction temporaire et immédiate des exportations d’hélium, gaz stratégique indispensable à la fabrication des semi-conducteurs. Une décision qui fait planer le risque d’une nouvelle flambée des prix sur un marché mondial déjà sous tension, et qui replace l’Algérie, quatrième producteur mondial, au cœur des enjeux d’approvisionnement.
Par cette mesure, la Chine entend prévenir une pénurie de matériaux jugés vitaux pour son industrie des puces, après des restrictions similaires déjà imposées sur le carburant, les engrais et l’acide sulfurique. Pékin cherche ainsi à consolider ses capacités nationales de fabrication de semi-conducteurs et à réduire sa dépendance aux importations, alors que le pays importe environ 85% de l’hélium qu’il consomme. La décision intervient après les frappes de mars dernier sur le complexe gazier qatari de Ras Laffan, qui avaient amputé l’offre mondiale d’un tiers, provoquant une hausse des prix comprise entre 40 et 100%. La Russie, troisième producteur mondial, restreint elle aussi ses exportations depuis avril et jusqu’à fin 2027.
L’hélium joue un rôle irremplaçable dans les salles blanches, où il assure le refroidissement de précision des plaquettes de silicium lors de la gravure plasma, sert de vecteur neutre pour le dépôt des couches et de traceur de fuites. Aucune alternative viable n’existe pour l’essentiel de ces usages, ce qui explique la nervosité des fondeurs face à tout risque de rupture d’approvisionnement, un arrêt de production pouvant coûter jusqu’à plusieurs millions de dollars par heure.
L’Algérie, alternative stratégique
Dans ce contexte de tensions à répétition, l’Algérie apparaît comme l’un des rares acteurs capables de combler le déficit mondial. Le pays a maintenu en 2025 sa quatrième place parmi les producteurs mondiaux, avec un volume estimé à 11 millions de mètres cubes, derrière les États-Unis, le Qatar et la Russie. Ses réserves prouvées, évaluées à 8,2 milliards de mètres cubes, le placent au troisième rang mondial, tandis que ses capacités industrielles, proches de 50 millions de mètres cubes par an, en font le troisième potentiel de production derrière Washington et Doha. L’extraction nationale, adossée au traitement du gaz naturel au niveau du complexe de Hassi R’mel, est assurée par Helios, coentreprise entre Sonatrach et Air Products.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a fait de l’hélium une priorité de la stratégie de diversification pétrochimique, fixant l’objectif de faire de l’Algérie un leader mondial de sa production. Dans un marché international marqué par la multiplication des restrictions à l’exportation et une demande croissante tirée par l’intelligence artificielle et les technologies 5G, cette orientation offre à l’Algérie l’opportunité de consolider sa réputation de fournisseur fiable, notamment auprès du marché européen, largement approvisionné par les États-Unis et l’Algérie.
Amar Malki

