Économie

Pétrole et gaz : Goldman Sachs craint un hiver sous tension

Les marchés pétroliers et gaziers mondiaux traversent une période de forte nervosité, entre capacités de raffinage exsangues, embargo russe prolongé et regain de tensions militaires au Moyen-Orient, une conjonction de facteurs qui fait craindre une nouvelle flambée des prix des carburants à l’approche de l’hiver dans l’hémisphère Nord.

Dans une note publiée fin août, la banque américaine Goldman Sachs a assombri ses perspectives sur l’état du raffinage mondial, en révisant à la hausse, et de façon spectaculaire, ses prévisions de marges sur le gazole. Selon ses analystes, le profit tiré de la transformation d’un baril de brut en diesel devrait désormais atteindre en moyenne 63 dollars aux États-Unis et 49 dollars dans l’Union européenne l’an prochain, contre des estimations antérieures de respectivement 27 et 19 dollars. En cause, des arrêts de raffineries en hausse de 60% par rapport aux normes saisonnières, conséquence directe de la multiplication des frappes visant les installations russes et moyen-orientales, dans un contexte où l’offre de produits raffinés était déjà structurellement tendue.

Cette rareté se traduit par un recul des stocks de carburants, alors même que la demande mondiale ralentit, un paradoxe qui illustre selon la banque un véritable goulot d’étranglement industriel plus qu’un simple choc de demande. La prolongation, jusqu’en septembre, de l’embargo russe sur les exportations de gazole vient encore resserrer l’approvisionnement, tandis que la demande brésilienne, en forte hausse, et les besoins saisonniers de chauffage attendus dans les prochaines semaines devraient accentuer la pression sur les marchés.

Du côté du brut, la situation reste également fragile dans le Golfe. Si les exportations de pétrole en provenance de la région ont retrouvé, selon Goldman Sachs, entre 70% et 80% de leur niveau d’avant-guerre, les livraisons de produits raffinés plafonnent encore à seulement 40% de leurs volumes habituels. La banque évalue désormais les exportations totales du Golfe entre 15 et 16 millions de barils par jour, un chiffre en nette amélioration par rapport au point bas de mars, mais toujours inférieur de 7 à 8 millions de barils par jour aux niveaux d’avant-conflit. Un retour à la normale supposerait, selon ses experts, une véritable désescalade géopolitique, un scénario qui paraît aujourd’hui hypothétique.

De fait, la reprise des frappes entre Washington et Téhéran, avec des bombardements américains visant des positions iraniennes près du détroit d’Ormuz et des représailles iraniennes contre des cibles américaines en Jordanie et aux Émirats arabes unis, a immédiatement fait bondir les cours. Le Brent évoluait mardi au-dessus des 92 dollars le baril, en hausse de près de 50% depuis le début de l’année, tandis que le WTI américain dépassait les 87 dollars. Les contrats à terme sur le gazole européen ont, quant à eux, plus que doublé sur la même période.

Le marché gazier n’échappe pas à cette nervosité. Le TTF néerlandais progressait également mardi, dans un contexte de réserves européennes historiquement basses pour la saison. Les analystes estiment que l’Europe, déjà en concurrence avec l’Asie pour les cargaisons de GNL, devra intensifier ses achats en vue de la sortie programmée du gaz russe à partir de janvier 2027, un facteur supplémentaire de tension sur les prix à l’approche de l’hiver.

Sabrina Aziouez

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