À la UneActualité

Le plaidoyer de Tebboune pour sécuriser le marché gazier

Devant les chefs d’Etat du Forum des pays exportateurs de gaz, le président de la République a dénoncé l’instabilité des législations qui fragilise marchés et investissements. Dans un message lu par le Premier ministre, il a aussi réaffirmé que l’Algérie reste un fournisseur sûr et fiable.

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a lancé, mardi à Moscou, un avertissement clair aux pays consommateurs comme aux producteurs concernant les facteurs qui affectent la stabilité des marchés gaziers et par extenso la sécurité énergétique. Il a ainsi souligné que les législations fluctuantes nuisent à la sécurité des approvisionnements gaziers et découragent les investissements dont l’industrie a besoin. Dans une allocution lue en son nom par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, devant les participants au 8e Sommet du GECF, tenu en présence du président russe Vladimir Poutine, le chef de l’Etat a plaidé pour un cadre réglementaire stable et pour une juste rémunération du gaz.

Le Président Tebboune a ainsi décrit une industrie gazière  qui « évolue désormais dans un environnement particulièrement complexe, tiraillée entre les impératifs de sécurité énergétique et les exigences de la transition climatique, sur fond de profondes mutations réglementaires et d’une reconfiguration géopolitique sans précédent ». Il a rappelé que l’élaboration des politiques énergétiques relève du « droit souverain » de chaque Etat, avant de prévenir que « les législations fluctuantes alimentent les perturbations des marchés, freinent les investissements et compromettent la sécurité des approvisionnements ».

Un message qui intervient au moment où les nouvelles règlementations européennes sur la décarbonation, mise en standby pour le moment, représente une menace à la stabilité du marché. Pour le Président Tebboune, « l’injection de milliards de dollars dans les infrastructures gazières exige des cadres réglementaires stables et une juste valorisation du gaz, notamment dans le cadre des contrats à long terme ».

Le chef de l’Etat n’a pas voulu en rester au constat. « De cette tribune, nous appelons à un dialogue constructif devant aboutir à un cadre réglementaire consensuel, à même de garantir la sécurité des investissements et de les orienter vers les régions qui en ont le plus besoin », a-t-il déclaré. Il a ainsi fait le lien entre la question des règles et celle de la répartition des capitaux, tant les zones les plus démunies restent à l’écart des grands financements.

Sur le climat, le président a pris soin de ne pas opposer le gaz aux énergies propres. Il a plaidé pour une transition « juste et progressive » qui n’exclut personne. Les populations des pays en développement ne doivent pas se voir imposer « des fardeaux dont elles ne sont pas responsables », ni être contraintes de « troquer leur droit au développement contre leur droit à un environnement sain ». Il a martelé que le gaz « ne constitue pas un obstacle à la transition, mais bien un pont sûr vers celle-ci ». Selon lui, « le gaz naturel s’impose comme un partenaire naturel des énergies renouvelables », car il « garantit la stabilité des réseaux électriques, contribue à réduire les émissions et empêche le retour à des sources plus polluantes ». Les crises successives ont montré, a-t-il estimé, que « le gaz naturel n’est pas un choix conjoncturel et éphémère, mais un pilier solide des économies nationales ».

Des prix à la hauteur des investissements

Le deuxième message concerne le prix. Le président a rappelé que la sécurité énergétique mondiale repose sur un équilibre indissociable entre « une demande prévisible, des approvisionnements garantis et une rémunération équitable ». Cette rémunération doit être, a-t-il précisé, « à la hauteur de la valeur du fournisseur et de l’ampleur des investissements ». C’est à cette condition, a-t-il soutenu, que l’on peut assurer la pérennité des livraisons et concilier développement économique et social avec les objectifs climatiques. Cet équilibre suppose de la technologie. Le président a demandé au Forum, par l’intermédiaire de l’Institut de recherche sur le gaz basé à Alger, de jouer « un rôle plus approfondi dans la diffusion des technologies de réduction des émissions, de captage, d’utilisation et de stockage du carbone, ainsi que dans l’amélioration de l’efficacité énergétique, en recourant à la numérisation et à l’intelligence artificielle ». Il a ajouté que l’Algérie « n’a ménagé aucun effort » pour doter cet institut de tous les moyens nécessaires à son fonctionnement.

L’Algérie, un fournisseur fiable

Face aux inquiétudes sur les approvisionnements, M. Tebboune a rappelé le parcours du pays. L’Algérie a construit à Arzew, en 1964, le premier complexe de liquéfaction du gaz naturel au monde. Elle figure aujourd’hui, a-t-il souligné, « parmi les dix premiers producteurs mondiaux de gaz », elle est « également le deuxième fournisseur de gaz de l’Union européenne par gazoduc » et elle approvisionne plusieurs pays en GNL. Ces résultats sont, selon lui, « le fruit d’une fiabilité qui n’a jamais failli, même dans les périodes les plus difficiles, et d’un engagement constant à honorer nos obligations ». Le président a conclu que l’Algérie « restera un fournisseur sûr et fiable ». Elle poursuivra aussi sa stratégie de transition, avec un programme de 15.000 mégawatts d’énergies renouvelables à l’horizon 2035, doté de près de 22 milliards d’euros, et l’ambition de devenir un acteur majeur de l’hydrogène grâce au SoutH2 corridor.

Le président a également évoqué le gazoduc transsaharien, d’une capacité d’exportation estimée à 30 milliards de mètres cubes par an, qui doit acheminer le gaz du Nigeria vers l’Europe en passant par le Niger et l’Algérie. Ce propos intervient au lendemain de la décision, rapportée par la presse, d’envoyer des unités de l’armée au Niger pour assurer la protection d’intérêts énergétiques et économiques communs aux deux pays.

Pour M. Tebboune, le projet incarne « une vision commune d’une Afrique unie et souveraine dans ses décisions, et une coopération Sud-Sud faisant du gaz un levier pour lutter contre la précarité énergétique et réaliser le développement durable ». Il a promis que « l’Algérie s’engage à mettre son expertise et ses capitaux au service de la réussite de ce projet ».

Le sommet s’est achevé dans la soirée par l’adoption de la Déclaration de Moscou, qui souligne le rôle des pays membres comme fournisseurs fiables et la contribution du gaz à la sécurité énergétique mondiale. Le texte insiste aussi sur des prix équitables, le recours aux technologies modernes et la réduction de la volatilité du marché. Pour le président algérien, l’enjeu reste de « léguer une planète saine, une énergie accessible et un avenir sûr » aux générations futures.

Samira Ghrib

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *