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Sifi Ghrieb représente le président de la République au Sommet Russie-Afrique : Moscou vise 50 milliards de dollars d’échanges

Représentant le président Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre a pris part à l’ouverture du troisième sommet entre la Russie et l’Afrique. Vladimir Poutine y a promis de doubler les échanges, dénoncé l’endettement du continent et proposé ses technologies.

Doubler le volume des échanges avec l’Afrique pour dépasser les 50 milliards de dollars. C’est l’objectif que Vladimir Poutine a fixé mercredi à Moscou, à l’ouverture du troisième sommet Russie Afrique, en présence du Premier ministre Sifi Ghrieb, qui y représente le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Le forum économique et humanitaire se tient sous le slogan « Ensemble, développons une coopération mutuellement bénéfique et le potentiel de tous les pays africains ». Il rassemble 48 pays, dont 22 sont représentés au niveau des dirigeants, ainsi que des organisations régionales et des hommes d’affaires russes et africains. La séance plénière est coprésidée par le chef de l’Etat russe et par le Burundais Evariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine. Pour l’Algérie, cette présence s’inscrit dans le renforcement du partenariat avec Moscou et dans la volonté de mieux coordonner les positions sur les questions économiques et de développement d’intérêt commun. Devant les délégations, Vladimir Poutine a rappelé que les échanges avec le continent ont dépassé 27 milliards de dollars en 2025, contre 18 milliards en 2022. « La croissance est importante, mais ce n’est pas suffisant », a-t-il reconnu. La promesse n’est pas inédite. A Sotchi, en 2019, il s’était déjà engagé à doubler les volumes en cinq ans, une échéance largement dépassée. Le président russe a assuré que les sanctions occidentales et les pressions exercées sur ses partenaires africains n’avaient pas freiné les relations.

Pour lancer son intervention, il a dénoncé la dette qui devient un outils de servitude et cité Thomas Sankara et son discours de juillet 1987, dans lequel le leader burkinabè décrivait la dette comme une « reconquête savamment organisée de l’Afrique », où « les colonisateurs se sont transformés en assistants techniques ». « Malheureusement, peu de choses ont changé depuis », a ajouté M. Poutine. Il a accusé les pays occidentaux de vouloir ramener les Africains dans « la servitude de la dette » à coups de prêts aux conditions prédatrices. Moscou, a-t-il fait valoir, propose à l’inverse de convertir des dettes en projets de développement et soutient une réforme du FMI et de la Banque mondiale qui donnerait plus de poids au continent. Il a aussi plaidé pour généraliser les règlements en monnaies nationales et pour relier le système de messagerie financière de la Banque de Russie au système panafricain de paiement et de règlement, afin de mettre les transactions à l’abri de « l’ingérence politisée des pays hostiles ».

L’agriculture reste la carte maîtresse de la Russie. Plus de quarante pays africains reçoivent ses engrais et ses céréales, avec 13 millions de tonnes de produits agricoles exportées vers le continent sur les neuf premiers mois de 2026. Dans l’autre sens, les achats russes de produits africains avoisinent 4 milliards de dollars cette année, soit 8 % des besoins d’importation du pays. « Ce n’est pas tant que ça », a-t-il concédé en promettant une hausse. Sur les mines, il a répondu d’avance aux accusations de pillage, affirmant que les entreprises russes ne pratiquent pas « une exploitation prédatrice et néocoloniale », qu’elles transforment les minerais sur place et créent des emplois. Le président russe a aussi élargi la notion de souveraineté à la cybersécurité, aux données personnelles, au cloud et à l’intelligence artificielle. Il a affirmé que son pays détient « la chaîne complète » de création des grands modèles génératifs et qu’il occupe « une position de leader dans la course mondiale à la souveraineté technologique ». La Russie se dit prête à transférer ces compétences à ses partenaires africains, y compris pour la modernisation de l’administration publique. Les autres volets de son discours ont porté sur l’énergie, avec plus de 30 projets menés dans 16 pays africains, sur l’eau, alors que l’Union africaine a fait de 2026 l’année de l’accès à cette ressource, et sur les transports, où il a invité les compagnies aériennes du continent à ouvrir des liaisons directes vers la Russie. En matière de santé, le programme de lutte contre les maladies infectieuses sera prolongé jusqu’en 2029. Quinze laboratoires mobiles ont été livrés à huit pays et quelque 450 spécialistes africains ont été formés. Enfin, il a présenté les Brics comme le moteur d’un monde multipolaire, un groupe qui pèse plus de 40 % du PIB mondial contre moins de 30 % pour le G7.

Le sommet se poursuit jeudi sous le thème « Pour la paix, la sécurité et le développement », avec deux séances plénières, un forum des médias et des panels sur le commerce, l’industrie, la sécurité alimentaire et la transition numérique. Il doit déboucher sur une déclaration finale, un texte consacré à la coopération en matière d’intelligence artificielle, un plan d’action pour 2027 à 2029 et la signature de plusieurs accords économiques.

Lyes Saïdi

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