Incendies de Jijel : Une secousse économique pour la filière oléicole
Les incendies qui ont ravagé la wilaya de Jijel en août dernier ont porté un coup sévère à l’économie agricole locale. Près de 1,9 million d’oliviers ont été détruits et plus de 10 000 emplois sont menacés, plongeant des milliers de familles dans l’incertitude.
Les flammes dévastatrices qui ont frappé, au mois d’août 2026, la wilaya de Jijel ont laissé derrière elles un lourd bilan environnemental et socio-économique. Outre les vastes étendues de forêts et de maquis réduites en cendres, c’est tout un pan de l’économie rurale qui a été durement impacté. Les premières estimations, issues des recoupements effectués sur le terrain, font état de près de 1,9 million d’oliviers détruits par les flammes, une perte considérable pour une région dont l’activité agricole repose largement sur l’oléiculture. Ce drame représente un véritable coup de grâce pour des décennies de travail et d’investissement des agriculteurs. Quelque 40 000 hectares de terres agricoles et de vergers ont été ravagés par les incendies, compromettant durablement les capacités de production de nombreuses exploitations. Les conséquences sociales sont tout aussi importantes et surtout préoccupantes. Plus de 10 000 emplois seraient supprimés ou menacés, directement ou indirectement, par la destruction des oliveraies et la paralysie des activités qui gravitent autour de cette filière. Des milliers de familles, dont les revenus dépendent de la récolte des olives, de la production d’huile et de la commercialisation de ses dérivés, se retrouvent ainsi privées de leur principale source de subsistance. À vrai dire, la situation est d’autant plus préoccupante que Jijel dispose d’un important réseau de transformation, avec plus de 160 huileries modernes en activité avant le sinistre. La destruction d’une partie de leur environnement d’approvisionnement risque de fragiliser l’ensemble de la chaîne de production, de la récolte à la commercialisation. À cette catastrophe s’ajoute la perspective d’une campagne oléicole particulièrement compromise. Effectivement, à l’approche de la période de cueillette et de trituration, qui intervient habituellement entre la fin octobre et le début novembre et s’étendra jusqu’au mois de janvier, les producteurs de la région doivent faire face à une chute brutale de leurs capacités de production. Habituellement, et en pareille période, la campagne mobilisait une importante main-d’œuvre saisonnière et insufflait un nouvel élan à l’économie locale, mais, au vu de cette situation catastrophique, la région est confrontée au risque de voir cette période se transformer en une saison de pertes pour les agriculteurs, les ouvriers et les opérateurs économiques. Car les répercussions pourraient également dépasser les frontières de la wilaya. La contraction de l’offre en huile d’olive, déjà perceptible sur les marchés, contribue à accentuer la pression sur les prix de cette huile très demandée. Cette situation risque de pénaliser davantage les ménages, dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure fortement affecté. C’est pour dire que désormais, l’urgence ne se limite plus à la restauration du couvert végétal. Il s’agit aussi et surtout de sauver une activité économique qui fait vivre des centaines de familles et constitue l’un des piliers de l’identité agricole de Jijel. La reconstitution des oliveraies, l’accompagnement des exploitants sinistrés et la préservation des emplois nécessiteront un effort de longue haleine. Car derrière les 1,9 million d’arbres disparus, c’est tout un patrimoine agricolequi sont partis en fumée. Zakia Merabet

