Ministère de la Défense nationale : Une initiative de décontamination des sites lancée
Le 13 février 1960, la France faisait exploser à Reggane sa première bombe atomique, baptisée « Gerboise bleue ». 66 ans plus tard, jour pour jour, la première opération de décontamination partielle du site d’In Eker à Tamanrasset est lancée.
C’est un documentaire de la Direction de l’information et de la communication du ministère de la Défense nationale, intitulé « Des Algériens au cœur des défis », qui a révélé l’ampleur de ce qui se joue désormais à In Eker, dans la wilaya de Tamanrasset. Pour la première fois, une opération de décontamination partielle a été lancée sur le site de Taourirt Tan Afella, là même où la France avait procédé à l’essai nucléaire souterrain « Béryl » — classé comme le plus dangereux et le plus défaillant de toute la série. La puissance de l’explosion avait atteint l’équivalent de 150 000 tonnes de TNT. La chambre d’expérimentation s’était fissurée, des gaz s’étaient échappés, un nuage radioactif s’était formé, des coulées de lave avaient déferlé, contaminant durablement l’environnement sur plus de 40 hectares. Soixante ans plus tard, le site continue de déverser ses radiations de césium-137 et de plutonium sur une région dont l’écosystème a été détruit. L’opération en cours repose entièrement sur « les compétences et les bras algériens, avec des équipements nationaux », précise le documentaire — une formulation qui n’est pas anodine. Elle signifie que l’Algérie ne compte plus sur la France pour nettoyer ce qu’elle a souillé. Les experts algériens mobilisent moyens humains et matériels spécialisés pour collecter et stocker les déchets radioactifs dans des conteneurs en béton conçus à cet effet, dans le strict respect des procédures de sécurité. La difficulté est immense : en l’absence des cartes et des archives françaises relatives à ces opérations — que Paris n’a jamais transmises — « la mission de délimitation des zones radioactives dans notre Grand Sud se trouve considérablement compliquée », souligne le documentaire. Ammar Mansouri, chercheur en physique nucléaire, rappelle que les explosions souterraines, présentées par la France comme moins dangereuses que les explosions en surface, « ont elles aussi été marquées par des défaillances aux conséquences dévastatrices, à l’image de l’incident Béryl. » Son collègue Hassan Hocine insiste sur « les séquelles que ces explosions ont laissées et leurs conséquences tragiques qui perdurent jusqu’à aujourd’hui. » Pour l’historien Hassan Meghdouri, l’Algérie fut tout simplement transformée par la France coloniale en « laboratoire de ses politiques culturelles, sociales, économiques et militaires. »
Un dossier criminel constitué
Notons que la veille du 66e anniversaire, la ministre de l’Environnement Kaouter Krikou présidait au Centre des archives nationales une journée d’information sur les impacts environnementaux des essais nucléaires français. Dans une déclaration à la presse, elle a précisé que cette manifestation s’inscrivait dans le cadre de « l’utilisation des documents d’archives comme référence par la Commission nationale pour la mémoire environnementale, afin de fournir des preuves irréfutables sur la réunion de tous les éléments constitutifs du crime contre l’humanité et du crime de guerre », conformément au droit international. Son ministère, en coordination avec celui des Moudjahidine, a constitué un dossier de « mémoire environnementale » documentant « les faits criminels du colonisateur français et leurs impacts sur l’environnement. » Les résultats préliminaires des analyses de l’Observatoire national de l’environnement sur la contamination des sols, de l’air et des eaux ont été présentés lors de cette journée — autant de pièces à conviction versées au dossier.
Mohamed Lahcen Zeghidi, président de la Commission algérienne Histoire et Mémoire, a rappelé que « la France coloniale a laissé plus de 11 millions de mines le long des frontières et effectué 17 explosions nucléaires entre 1960 et 1966. » Pour le directeur général des Archives nationales Mohamed Bounaâma, ces archives « constituent un rempart garant de la préservation du patrimoine national », et cette journée se veut « un prolongement du parcours de lutte institutionnelle pour le recouvrement de la mémoire nationale. »
Malik Meziane

