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Le pétrole flirte avec les 120 dollars, les Bourses en chute libre : L’économie mondiale dans la tourmente

Les cours du brut ont franchi lundi la barre des 100 dollars le baril pour la première fois depuis 2022, propulsés par le blocage du détroit d’Ormuz et l’intensification des hostilités au Moyen-Orient, provoquant une onde de choc sur les marchés financiers mondiaux et poussant le G7 à envisager un recours coordonné aux réserves stratégiques de pétrole.

Le spectre du choc pétrolier est de retour. En l’espace de quelques heures lundi , les marchés de l’énergie et les places financières internationales ont basculé dans une fébrilité rarement observée depuis la crise de 2022. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence européenne pour livraison en mai, s’est envolé de 12,70 % pour atteindre 104,46 dollars vers 11h40 GMT, après avoir brièvement touché 119,50 dollars en début de séance. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), pour livraison en avril, a bondi de 11,66 % à 101,50 dollars, après un pic à 119,48 dollars. En début d’échanges asiatiques, le WTI avait même grimpé de 18,3 % à 107,54 dollars, culminant à 111,24 dollars. Le gaz n’a pas été épargné : le contrat à terme du TTF néerlandais, référence du marché spot européen, a affiché une hausse de plus de 16,42 % à 62,15 euros le mégawattheure, après avoir ouvert sur un bond d’environ 30 %. Le contrat de référence sur le gaz naturel américain progressait de quelque 7 %.

L’épicentre de cette tempête se situe dans le détroit d’Ormuz, ce goulet de 39 kilomètres de large par lequel transite en temps normal un cinquième de la production mondiale de pétrole et un tiers du gaz naturel liquéfié planétaire, soit 17 millions de barils par jour. Bloqué depuis plusieurs jours en raison de la guerre déclenchée par l’agression américano-sioniste contre l’Iran, ce passage stratégique reste impraticable, privant les marchés mondiaux d’un volume colossal d’hydrocarbures. Le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, a estimé lundi que la réouverture du détroit ne saurait être envisagée dans les conditions actuelles. « Il est peu probable que la sécurité puisse être assurée dans le détroit d’Ormuz au milieu des feux de guerre allumés par les États-Unis et Israël dans la région », a-t-il affirmé sur le réseau social X, réagissant à l’annonce par la France et ses alliés de la préparation d’une mission « défensive » visant à rouvrir cette artère vitale du commerce pétrolier mondial. La République islamique d’Iran, visée par des frappes américano-israéliennes il y a dix jours, poursuit ses ripostes contre Israël et les infrastructures de ses voisins du Golfe, États riches en hydrocarbures et abritant des bases militaires américaines. Mais le conflit a pris un nouveau tournant, lors de la seconde semaine du conflit, alors que les infrastructures énergétiques sont au cœur du conflit. L’entité sioniste a en effet, frappé des dépôts pétroliers iraniens et menacent de cibler les infrastructures énergétiques du pays, palors que Téhéran promet de riposter avec plus de vigueur. Plusieurs installations de la région ont d’ailleurs arrêté la production et déclaré la force majeure.

L’onde de choc a frappé de plein fouet les marchés financiers asiatiques, en première ligne du fait de leur dépendance aux importations d’hydrocarbures du Moyen-Orient. À Tokyo, l’indice Nikkei a plongé de 6,07 % à 52 246 points, tandis que le Topix abandonnait 5,08 %. À Séoul, l’indice Kospi a dévissé de 6,48 % à 5 223 points. Le Japon, pauvre en ressources naturelles, est le cinquième importateur mondial de pétrole brut et le deuxième importateur de GNL. La Corée du Sud, huitième consommateur mondial de brut et quatrième importateur, importe environ 70 % de son pétrole du Moyen-Orient et s’appuie sur une industrie technologique fortement consommatrice d’énergie. La Birmanie et le Bangladesh ont d’ores et déjà annoncé de premières restrictions sur la consommation de carburants. Le dollar, porté par son statut de valeur refuge et de devise de cotation du pétrole, progressait de 0,52 % face au yen à 158,63 yens. L’or, paradoxalement, cédait 2,42 % à 5 046 dollars l’once.

Le G7 envisage le recours aux stocks stratégiques

Face à l’ampleur de la crise, le G7 étidie les alternatives. Le ministre français des Finances, Roland Lescure, qui assure la présidence tournante du G7, a réuni ses homologues en visioconférence lundi. « Nous allons suivre les choses de près, nous sommes prêts à prendre toutes les mesures nécessaires y compris en puisant dans les réserves stratégiques de pétrole de manière à stabiliser le marché », a-t-il déclaré à la presse depuis Bruxelles, où il participait à une réunion de l’Eurogroupe, avant de nuancer : « On n’en est pas encore là. » Le président français Emmanuel Macron a confirmé que « l’utilisation des réserves stratégiques était une option envisagée » et qu’« une coordination des chefs d’État et de gouvernement du G7 cette semaine sur la question de l’énergie est à l’étude ». « J’ai souhaité qu’on puisse mobiliser, au niveau du G7, une coordination étroite pour piloter au mieux les sujets énergétiques », a-t-il souligné depuis l’aéroport militaire de Paphos, à Chypre. L’Agence internationale de l’énergie, créée en 1974 au lendemain du premier choc pétrolier, impose à ses membres de détenir en permanence des stocks équivalant à au moins 90 jours d’importations nettes. Au Japon, le quotidien Nikkei a rapporté que les autorités avaient demandé aux détenteurs de stocks, estimés à 400 millions de barils en décembre, soit 254 jours de consommation, de se préparer à les libérer, même si aucune décision formelle n’a été prise. La Commission européenne a pour sa part assuré qu’il n’existait pas de risque de « pénurie imminente d’approvisionnement en pétrole en Europe ». Le risque macroéconomique est pourtant bien réel. Le commissaire européen Valdis Dombrovskis a mis en garde contre un « choc stagflationniste majeur » en cas de prolongation du conflit, c’est-à-dire une combinaison de stagnation économique et d’inflation élevée susceptible de frapper durablement les économies occidentales. Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a quant à lui suggéré de lever les sanctions sur le pétrole russe afin de « créer de l’offre », un revirement spectaculaire qui illustre l’ampleur de la pression subie par Washington. La flambée initiale des cours s’est partiellement résorbée après les annonces relatives aux réserves stratégiques, mais restent supérieurs à 100  dollars. Aussi l’incertitude demeure entière tant que le détroit d’Ormuz restera fermé au trafic maritime et que les belligérants ne montreront aucun signe de désescalade.

Samira Ghrib

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