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Fin de la visite du président tchadien en Algérie : 28 accords signés et cap mis sur un partenariat stratégique

Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a achevé vendredi une visite officielle de trois jours à Alger, au terme de laquelle les deux pays ont signé 28 accords et mémorandums d’entente et affiché leur volonté commune de hisser leurs relations au niveau d’un partenariat stratégique intégré. Un communiqué conjoint a sanctionné la visite, couvrant la sécurité, l’économie, les infrastructures, la formation et les positions communes sur les crises régionales. La visite, effectuée à l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune, avait débuté mercredi. Les deux chefs d’État ont tenu des entretiens en tête-à-tête, puis une séance de travail élargie aux délégations des deux pays, avant de coprésider mercredi soir au palais de la présidence la cérémonie de signature des textes conclus dans le cadre de la 4e session de la Commission mixte algéro-tchadienne. C’est la deuxième fois en moins d’un an que Déby Itno se rend à Alger : une première visite avait eu lieu en septembre 2025, donnant une impulsion à des relations qui n’avaient pas connu pareille densité depuis des années. Devant la presse, Tebboune a déclaré que les deux pays ont « réalisé aujourd’hui un pas important vers la construction d’un partenariat stratégique intégré », ajoutant que l’Algérie entend se tenir aux côtés du Tchad pour bâtir un « modèle africain réussi de coopération interafricaine ». Il a précisé que cette visite traduit « notre volonté politique commune de poursuivre la voie que nous avons tracée ensemble lors de la visite de Son Excellence en Algérie en septembre dernier » et vise à « donner un nouvel élan à la coopération bilatérale dans divers domaines ». Il a également évoqué la commission mixte, insistant sur l’importance d’« activer les mécanismes de coopération » et de procéder à « l’actualisation du cadre juridique régissant nos relations ».

De son côté, Déby Itno a affirmé que cette visite « traduit une volonté politique claire des deux pays de passer d’une amitié traditionnelle à un partenariat stratégique de nouvelle génération ». Il a rappelé que l’Algérie et le Tchad « ne sont pas liés par le fait d’un simple hasard », mais « partagent une profondeur historique héritée de la route transsaharienne et une vision politique forgée par nos pères fondateurs ». Sa formule résume l’argumentaire central de la visite : les deux capitales entendent s’appuyer sur un socle historique solide pour construire une relation plus opérationnelle.

Le communiqué conjoint précise que le partenariat « repose sur des bases solides et durables, notamment la proximité géographique, les liens historiques et humains, ainsi que la convergence de vues sur les principaux enjeux du continent africain ». Les deux présidents y rappellent que les relations diplomatiques entre les deux pays remontent à 1975, soit dans les années qui ont suivi leurs indépendances respectives. Ils se sont « félicités de la dynamique positive enregistrée depuis la visite effectuée par le président tchadien en Algérie en septembre 2025 » et ont convenu de renforcer le cadre institutionnel et les mécanismes de suivi.

Une coopération multiforme

Sur le plan économique, les accords signés couvrent les secteurs des travaux publics, de la communication, de la jeunesse, de la santé animale, de l’industrie pharmaceutique, des services de transport aérien, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, du commerce et de l’industrie, avec notamment un accord-cadre portant sur la réalisation d’une raffinerie au Tchad. Les deux pays ont en outre conclu un accord d’exemption réciproque de visas pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service, ainsi qu’un accord sur l’établissement de consultations politiques et diplomatiques. Les deux présidents ont convenu de renforcer le partenariat dans les secteurs de l’énergie, des mines, des énergies renouvelables et des transports, en mettant l’accent sur le transfert d’expertises et la valorisation des ressources naturelles. Le Conseil d’affaires algéro-tchadien a également été activé afin de « promouvoir les échanges commerciaux, faciliter les investissements et encourager les contacts directs entre les opérateurs économiques ».

La question des infrastructures occupe une place centrale dans les engagements communs. Le communiqué souligne l’importance des axes de la Route transsaharienne comme « levier essentiel de désenclavement, de développement économique et d’intégration régionale », et salue l’ouverture de la ligne aérienne directe Alger-N’Djamena. Le développement des réseaux de fibre optique est également mentionné comme support de la transformation numérique.

Sécurité et Sahel

Sur le volet sécuritaire, les deux présidents ont réaffirmé leur « attachement à la promotion de la paix, de la stabilité et du développement durable, ainsi que leur détermination à consolider leur coopération en matière de lutte contre le terrorisme, l’extrémisme violent, et les différentes formes de la criminalité transfrontalière ». Ils ont insisté sur la nécessité de renforcer la coordination entre leurs institutions compétentes « dans les domaines de la sécurisation des frontières, de l’échange d’informations et du renforcement des capacités ». Cette dimension n’est pas secondaire : le Tchad partage des frontières avec des zones parmi les plus déstabilisées du Sahel, et l’Algérie assure depuis des années la coordination sécuritaire dans la sous-région. Les deux chefs d’État ont réitéré leur « attachement aux principes de souveraineté des États, d’intégrité territoriale et de non-ingérence dans les affaires intérieures des États ». Le communiqué conjoint consacre également un passage aux crises régionales et internationales. Sur la Libye, le Sahel et le Soudan, Alger et N’Djamena ont réitéré « leur soutien aux solutions politiques fondées sur le respect de la souveraineté des États, la coopération régionale et les approches adaptées aux contextes concernés ». Les deux présidents ont rappelé que « la sécurité et le développement sont intrinsèquement liés et que toute approche privilégiant l’un au détriment de l’autre est vouée à l’échec », appelant à « une réponse africaine aux défis du continent, fondée sur la solidarité entre les États et le respect de la souveraineté de chacun ».

Sur la question du Sahara occidental, le texte réaffirme l’attachement des deux parties à « une solution politique mutuellement acceptable par les deux parties, conformément aux résolutions des Nations unies ». Concernant la Palestine, ils ont réitéré leur soutien au « droit du peuple palestinien à l’autodétermination », exprimant leur préoccupation face à la situation au Moyen-Orient. Déby Itno a quitté Alger vendredi en fin de journée, salué à l’aéroport international Houari-Boumediene par le président du Conseil de la nation, Azouz Nasri. À cette occasion, il a remercié Tebboune pour « l’accueil chaleureux et l’hospitalité » qui lui ont été réservés et l’a invité à effectuer une visite officielle au Tchad. Tebboune a accepté l’invitation, dont la date sera fixée par voie diplomatique.

Salim Amokrane

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