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Cuir et textiles : Un plan offensif pour ressusciter la filière

La holding publique Getex, spécialisée dans le textile et le cuir, lance un vaste programme d’investissement comprenant l’ouverture de nouvelles lignes de production, la relance d’usines à l’arrêt et la création de centres de formation spécialisés, dans l’objectif de reconquérir le marché national et de réduire la facture d’importation de chaussures et d’articles en cuir, a annoncé son PDG, Toufik Berkani.

L’annonce intervient dans un contexte où l’Algérie accélère sa politique de diversification économique pour desserrer la dépendance aux hydrocarbures. L’industrie du cuir et de la chaussure, qui a compté parmi les fleurons du tissu manufacturier national dans les décennies suivant l’indépendance, a subi un long processus de déstructuration marqué par le vieillissement des équipements, la perte de savoir-faire, la désorganisation des circuits d’approvisionnement en matières premières et la concurrence massive des importations, notamment asiatiques. Relancer cette filière relève donc autant de la souveraineté industrielle que de la création d’emplois dans des bassins intérieurs qui en ont cruellement besoin.

Nouvelles lignes de production à Akbou et N’Gaous

Le plan dévoilé par Toufik Berkani repose d’abord sur un élargissement significatif de l’appareil productif. « Il s’agit d’un programme d’investissement comprenant le lancement d’une nouvelle ligne de production de chaussures de sport et de chaussures de détente au niveau des unités d’Akbou et de N’Gaous, afin de contribuer au renforcement de la production nationale de chaussures et d’améliorer la compétitivité des produits de l’entreprise sur le marché national, avec une orientation future vers l’exportation », a détaillé le PDG de Getex dans une déclaration à l’APS. Le choix de ces deux segments — sport et détente — n’est pas anodin : il correspond aux créneaux où la demande intérieure est la plus dynamique et où les marques étrangères occupent l’essentiel des parts de marché. Parallèlement, les unités de Cheraga, d’Akbou et de N’Gaous verront leur activité élargie par l’introduction de nouveaux produits tels que les cartables scolaires, les sacs à dos, les sacs de sport et de voyage, des articles dont la consommation est en hausse constante sur le territoire national. L’objectif affiché est double : satisfaire la demande locale et comprimer les importations.

Le programme prévoit également la remise en service de l’usine de produits en cuir de Kherrata, dans la wilaya de Béjaïa, fermée depuis plusieurs années. Une évaluation technique des structures et des équipements existants a été réalisée en préalable. « La remise en exploitation de cette usine vise la production de divers produits en cuir et le renforcement des capacités industrielles de l’entreprise dans ce domaine », a expliqué Toufik Berkani, ajoutant que le groupe prévoit aussi l’ouverture d’une usine de fabrication de chaussures professionnelles — un créneau de niche à forte valeur ajoutée, largement couvert aujourd’hui par l’importation. Le PDG de Getex a inscrit l’ensemble de ces projets dans « une stratégie plus large visant à développer l’industrie nationale du cuir à travers l’amélioration de la qualité des produits, l’élargissement du réseau de distribution et le développement des méthodes de commercialisation, permettant ainsi d’augmenter la part des produits locaux sur le marché ».

L’un des handicaps majeurs hérités de décennies de désinvestissement réside dans l’érosion du capital humain. Le plan de Getex tente d’y répondre par la création de centres de formation spécialisés dans les métiers du cuir et du textile dans plusieurs wilayas, sur le modèle du centre d’excellence de Bouira. « Le développement de ce secteur ne peut être réalisé sans la qualification des ressources humaines et la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée capable de suivre les évolutions techniques dans les domaines de la fabrication et de la transformation », a souligné Toufik Berkani. Selon lui, « ces centres constituent un espace de transfert de connaissances et d’expertise, permettant de former une nouvelle génération de techniciens et de professionnels capables de développer l’industrie de la chaussure et des produits en cuir et d’en améliorer la qualité ». Le responsable a insisté sur la nécessité d’arrimer la formation aux besoins réels de l’outil productif, en mettant en place des programmes de formation appliquée directement liés aux exigences des unités de production, couvrant le design, la fabrication, le contrôle qualité et la maintenance des équipements.

Des clusters pour structurer la chaîne de valeur

Au-delà des investissements physiques, Getex mise sur une réorganisation de l’écosystème industriel par la constitution de clusters réunissant l’ensemble des opérateurs des filières cuir et textile. « Cette approche permet de relier les différentes étapes de l’activité industrielle, depuis l’approvisionnement en matières premières jusqu’à la transformation industrielle, en passant par la fabrication finale, la commercialisation et les services logistiques, ce qui améliore l’efficacité économique et renforce la capacité à répondre plus efficacement aux besoins du marché national », a fait valoir le PDG du groupe. Ces regroupements doivent encourager la coopération entre grandes entreprises industrielles, PME, start-up et centres de recherche, dans une logique de développement des chaînes de valeur locales, de réduction des coûts de production et de montée en gamme.

L’Algérie dispose d’un avantage comparatif encore largement sous-valorisé. « L’Algérie dispose d’une ressource importante de cuirs bruts de qualité reconnue à l’international, grâce au cheptel diversifié dont dispose le pays », a rappelé Toufik Berkani, soulignant que cette matière première constitue un socle solide pour le développement du tannage, de la fabrication de chaussures et de la maroquinerie. Les opérations de collecte de peaux, en particulier lors de l’Aïd El-Adha, fournissent des volumes croissants : la campagne de 2025 a permis de rassembler près de 765 000 peaux, avec un taux de peaux exploitables en nette amélioration d’une année sur l’autre. Pour sécuriser et rationaliser cet approvisionnement, Getex a signé une convention-cadre avec le groupe des industries alimentaires et de logistique Agrolog, portant sur la fourniture et le transport des cuirs bruts au profit des unités industrielles du groupe. L’alliance inter-holdings publiques illustre la volonté de bâtir des synergies sectorielles capables de structurer une filière intégrée, de la peau brute au produit fini, condition indispensable pour que l’industrie algérienne du cuir et de la chaussure retrouve la place qu’elle occupait autrefois dans le paysage manufacturier national — et, à terme, sur les marchés d’exportation.

Samira Ghrib

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