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Face au cancer, l’Algérie change de cap

Plus de 56 000 nouveaux cas de cancer enregistrés en 2023, une hausse de 34 % en moins d’une décennie — les chiffres présentés samedi à Alger lors de la Conférence internationale sur la recherche en oncologie sonnent comme un signal d’alarme. Face à cette progression, l’Algérie annonce un changement de cap : non plus seulement soigner, mais produire le savoir scientifique qui permettra de le faire mieux.

La rencontre, organisée sous le haut patronage du président Abdelmadjid Tebboune et abritée par le Centre international de la presse, a réuni pour la première fois dans ce format les responsables des deux secteurs directement concernés — la santé et l’industrie pharmaceutique — aux côtés de l’agence spécialisée de l’OMS et des représentants de la commission nationale de lutte contre le cancer.

Le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, a posé d’emblée les termes du problème. Les données du réseau national des registres du cancer font état de plus de 56 000 nouveaux cas en 2023, contre quelque 41 000 moins de dix ans plus tôt. Le cancer du sein reste le plus répandu chez la femme ; la prostate, le poumon et le côlon dominent chez l’homme. Derrière cette progression, le ministre pointe des déterminants connus mais insuffisamment endigués : tabagisme, alimentation déséquilibrée, sédentarité, facteurs environnementaux — autant de « facteurs de risque liés à l’évolution du mode de vie des citoyens ».

Pour l’heure, l’infrastructure de traitement s’est étoffée : 15 centres anticancéreux, 24 centres de radiothérapie, 61 accélérateurs linéaires. Cinquante-deux traitements innovants ont été intégrés à l’arsenal thérapeutique national. Les programmes de dépistage organisé des cancers du sein et du col de l’utérus ont été élargis avec l’objectif explicite d’en faire bénéficier les citoyens dans l’ensemble des régions du pays.

Mais Aït Messaoudene a été clair sur les limites d’une politique centrée sur la prise en charge : « La lutte contre le cancer ne saurait se limiter à l’extension des capacités de traitement. Elle requiert également une aptitude nationale à développer des solutions adaptées à la réalité de notre société. » D’où l’orientation affichée vers une « nouvelle étape, plus ambitieuse et plus efficace » : développement de programmes nationaux de recherche, renforcement des études épidémiologiques, modernisation des registres, soutien aux essais cliniques selon les normes internationales.

Les chiffres de la recherche clinique illustrent à la fois les acquis et le chemin restant. Plus de 320 études cliniques ont été menées en Algérie au cours des quinze dernières années. Plus de 20 % d’entre elles portaient sur les tumeurs. Cinquante-sept essais cliniques actifs sont actuellement en cours dans le domaine du cancer. L’intelligence artificielle et les technologies numériques sont désormais associées à cet effort.

Une commission nationale d’essais cliniques

C’est le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, qui a apporté l’annonce la plus concrète de la journée. Une commission nationale dédiée aux essais cliniques sera créée « dans les jours prochains », a-t-il indiqué, dans le cadre d’un dispositif destiné à rendre l’environnement réglementaire plus propice à la recherche et au développement pharmaceutique. Ce dispositif repose sur plusieurs axes : adoption d’un cadre juridique garantissant transparence et efficacité dans le traitement des dossiers, dématérialisation des procédures pour permettre le suivi en temps réel des opérations, mise en place d’un guichet unique pour simplifier les démarches administratives, et attraction des investissements étrangers en recherche et développement.

Le ministre a par ailleurs réaffirmé que l’industrie pharmaceutique nationale constitue « un choix souverain visant à réduire la dépendance » et à « renforcer les capacités nationales de production de médicaments, notamment les anticancéreux ». Le secteur couvre désormais plus de 82 % des besoins nationaux en médicaments, un niveau atteint grâce au renforcement du tissu industriel et au développement de médicaments de chimiothérapie, de biothérapie et de biosimilaires, ainsi qu’à des projets stratégiques de fabrication de matières premières. Kouidri a aussi mis en avant l’importance des ressources humaines, en insistant sur les « jeunes compétences qualifiées dans les domaines de la pharmacie, de la biotechnologie et des sciences médicales » formées dans les universités algériennes en coordination avec le ministère de l’Enseignement supérieur.

La recherche comme cinquième axe stratégique

Le président de la Commission nationale de prévention et de lutte contre le cancer, Adda Bounedjar, a rappelé que le cinquième axe de la stratégie nationale est précisément consacré à la recherche et à la formation. Il a situé l’enjeu dans une perspective mondiale : la recherche sur le cancer représente 40 % de l’ensemble des travaux scientifiques menés à l’échelle planétaire.

La conférence est structurée en six ateliers thématiques. Son ambition, selon Bounedjar, est de « mettre en place un véritable partenariat entre les différents secteurs concernés ». Il a précisé que les objectifs de la stratégie nationale ne pourront être atteints « sans disposer de l’ensemble des données fondamentales relatives au cancer, ainsi que de registres nationaux rigoureux, indispensables aux essais cliniques ».

La directrice générale du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence de l’OMS dédiée à l’oncologie, Elisabete Weiderpass, a salué la stratégie nationale algérienne. Elle a estimé que l’Algérie « est en mesure de jouer un rôle de premier plan dans le développement de la coopération en Afrique du Nord et dans le monde arabe ». Une reconnaissance internationale qui, combinée aux annonces de la journée, dessine les contours d’une ambition plus large : faire de l’Algérie non seulement un pays qui traite le cancer, mais un acteur de la recherche qui contribue à le comprendre.

Lyna Larbi

Le CIRC salue les avancées de l’Algérie dans l’industrie pharmaceutique

La directrice générale du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), Mme Elizabete Weiderpass, a salué les progrès réalisés par l’Algérie dans le domaine de l’industrie pharmaceutique au cours des dernières années, ainsi que les efforts déployés pour développer la production de médicaments anticancéreux. Selon un communiqué du ministère de l’Industrie pharmaceutique, la responsable de l’organisme relevant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que cette dynamique traduit «une volonté de bâtir un système pharmaceutique et sanitaire intégré et durable». Ces déclarations ont été faites lors d’une audience accordée par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, en marge de la Conférence internationale dédiée à la recherche sur le cancer, organisée en Algérie.

Les deux parties ont fait le point sur l’état de l’industrie pharmaceutique nationale et sur les résultats de la stratégie visant à renforcer la souveraineté sanitaire du pays, en particulier dans les domaines de la prévention et de la prise en charge du cancer. La rencontre a également porté sur les efforts engagés pour développer la production locale de médicaments innovants contre le cancer et encourager la recherche scientifique dans ce secteur. Les perspectives de coopération et d’échange d’expertise en recherche et développement ont aussi été examinées, dans l’optique de suivre les évolutions scientifiques récentes liées à la fabrication de ces médicaments. Les deux parties ont enfin insisté sur l’importance de renforcer leur coopération afin de soutenir la recherche scientifique et de développer des solutions thérapeutiques dédiées à la lutte contre le cancer.

L.L.

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