Liban : Le Hezbollah se dit prêt à une « longue confrontation »
À l’occasion de la Journée mondiale d’Al-Qods, le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a affirmé vendredi que son mouvement était engagé dans une « longue confrontation » contre l’entité sioniste et se préparait à une guerre de longue durée. Des déclarations qui interviennent dans un contexte d’escalade militaire sans précédent : les frappes sur le Liban ont fait au moins 24 morts en une seule journée, déplaçant plus de 882 000 personnes et plongeant le pays dans une catastrophe humanitaire. C’est dans une allocution solennelle diffusée vendredi que Naïm Qassem a choisi de hausser le ton. Le chef du Hezbollah a assuré que son mouvement « surprendrait l’ennemi sur le terrain » et que « les solutions diplomatiques ont échoué à mettre fin aux agressions ». Dressant un tableau sombre de la situation, il a estimé que le Liban faisait face à un « assaut israélo-américain » depuis plus de quinze mois, marqué par des bombardements, des déplacements forcés et des destructions massives, avant de conclure : « Il n’y a pas d’autre issue que la résistance. »
Sur le terrain, les faits donnent une mesure concrète de l’intensité du conflit. Selon l’agence de presse libanaise ANI, les frappes de l’armée sioniste ont fait au moins 24 morts en une seule journée. Pour le deuxième jour consécutif, un raid aérien a visé la zone de Nabaa à Bourj Hammoud, tandis qu’un autre ciblait un appartement résidentiel à Haret Saïda. Au cours de la nuit, plusieurs localités du sud ont été bombardées, notamment Bint Jbeil, Aïnata, Aïtaroun et les abords de Maroun el-Ras. La frappe sur Bourj Qalaouiyeh a coûté la vie à un médecin originaire de Deir Qanoun. À Nabatiyé, le bilan du bombardement du quartier des Religieuses s’est alourdi à sept morts. Depuis le début du mois de mars, le ministère libanais de la Santé fait état de 773 martyrs, dont 103 enfants, et de 1 933 blessés.
La dimension humanitaire de cette escalade est tout aussi accablante. Depuis le 2 mars, les raids et les ordres d’évacuation ont provoqué le déplacement de plus de 882 000 personnes, dont près de 300 000 enfants. Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, a précisé que 28 000 personnes étaient hébergées dans près de 600 sites collectifs à travers le pays, tout en reconnaissant que « le nombre réel de personnes déplacées est beaucoup plus élevé ». 55 hôpitaux et cliniques ont été contraints de fermer, soit parce qu’ils se trouvaient dans des zones visées par des ordres d’évacuation massive, soit parce qu’ils avaient subi des dommages directs.
Parmi les victimes les plus vulnérables de cette guerre figurent les femmes enceintes. L’Agence des Nations unies chargée des questions de santé sexuelle et reproductive (UNFPA) alerte sur le sort de plus de 11 600 femmes enceintes prises dans le conflit. Sa représentante au Liban, Anandita Philipose, a déclaré depuis Beyrouth que « beaucoup de ces femmes ont été contraintes de rester chez elles, coupées des services de santé essentiels, et obligées d’accoucher dans des conditions dangereuses, certaines même au bord de la route », ajoutant que « dans chaque crise, les femmes et les filles sont confrontées à des risques spécifiques et potentiellement mortels ». Quelque 4 000 d’entre elles devraient accoucher dans les trois prochains mois.
C’est dans ce contexte que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a fait le déplacement à Beyrouth, arrivant vendredi au lendemain de violentes frappes sur la capitale pour marquer sa solidarité avec la population libanaise. Reçu par le président du Parlement Nabih Berri puis par le Premier ministre Nawaf Salam, il a plaidé pour « un cessez-le-feu immédiat » et lancé, conjointement avec le gouvernement libanais, un appel humanitaire d’urgence de plus de 308 millions de dollars destiné à financer l’aide aux populations sinistrées durant les trois prochains mois. « La solidarité en paroles doit s’accompagner d’une solidarité en actes », a-t-il martelé, avant de promettre au peuple libanais que « les Nations unies feront tout ce qui est possible afin de mettre fin à ce cauchemar. » En violation du cessez-le-feu conclu fin novembre 2024, l’armée d’occupation sioniste poursuit ses agressions, ignorant jusqu’ici les appels répétés de la communauté internationale.
L.S.

