Les cours du pétrole remontent : Vers un batil de 130 dollars ?
Les experts préviennent : si la guerre au Moyen-Orient s’enlise, le prix du baril pourrait franchir le cap des 130 dollars en mai.
Les marchés pétroliers respiraient timidement ce mardi après une séance difficile. Vers 12h05, heure de Paris, le Brent de mer du Nord progressait de 1,36 % à 101,30 dollars le baril, tandis que son équivalent américain, le WTI, gagnait 2,44 % à 90,28 dollars. Une correction technique, davantage qu’un signal de détente. Car le facteur structurel qui paralyse les marchés demeure entier : le détroit d’Ormuz, verrou stratégique entre le Golfe Persique et le golfe d’Oman, reste quasi bloqué. Selon Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie, ce sont chaque jour pas moins de «onze millions de barils» de pétrole qui ne transitent plus par ce passage, sur une production mondiale d’un peu plus d’une centaine de millions de barils par jour. Il prévient d’ailleurs contre la prise c rise énergétique de l’histoire. «À ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies», a affirmé l’expert de l’énergie au National Press Club à Canberra, faisant référence aux crises des années 1970. A l’époque, pour chacune de ces crises, le monde a perdu environ cinq millions de barils par jour, soit, en ajoutant les deux, 10 millions de barils par jour.» Fatih Birol a ajouté que, n’épargnant «aucun pays», «cette crise représente à ce stade deux crises pétrolières et un effondrement du marché du gaz réunis». La perturbation est massive. Environ 20 % de la production mondiale emprunte ordinairement ce goulet d’étranglement, et une grande partie de ce volume ne peut être réacheminée par des voies alternatives.
C’est sur ce fond de crise que l’IFP Energies nouvelles (IFPEN) a publié mardi ses projections. L’Institut estime que le Brent pourrait atteindre entre 117 et 134 dollars le baril si le conflit se prolonge, avec une fourchette centrale autour de 130 dollars en mai. Depuis le début des hostilités, le Brent a déjà bondi de 46 %, passant de 80 à 110 dollars. Mais ce sont les produits raffinés qui subissent les hausses les plus brutales : l’essence a progressé de 50 %, le gazole de 80 % et le kérosène de 110 %. L’IFPEN explique ce différentiel par la nature même des bruts disponibles. Les pétroles du Golfe, lourds, sont les plus adaptés à la production de gazole et de kérosène, tandis que le brut américain, plus léger et seul véritable substitut à court terme, permet surtout de produire de l’essence. «Il existe peu d’alternatives à court terme pour le diesel, utilisé par le transport de marchandises, et pour le kérosène, utilisé par l’aviation», souligne l’Institut. L’Europe est particulièrement exposée, en raison de son déficit structurel en gazole.
Sur le front diplomatique, la confusion règne. Donald Trump a affirmé que son administration s’entretenait avec un «haut dirigeant» iranien non identifié, laissant espérer une sortie de crise. Téhéran a démenti catégoriquement, le président du Parlement iranien évoquant sur X de «fausses informations» destinées à «manipuler les marchés financiers et pétroliers». Pour Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote, l’optimisme suscité par les déclarations américaines pourrait «difficilement perdurer» si l’Iran n’a pas la volonté de désamorcer le conflit. Washington a par ailleurs repoussé de cinq jours son ultimatum contre Téhéran, menaçant de frappes sur les centrales électriques iraniennes en cas de maintien du blocage. «Personne ne sait ce qui va se passer ensuite», résume l’analyste. Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management, est plus direct encore : «Il n’y a toujours aucune perspective de réouverture du détroit d’Ormuz à court terme, ce qui constitue le facteur le plus déterminant pour les cours du pétrole.» Le marché du gaz naturel est pour l’instant moins chahuté, mais les avertissements de l’IFPEN sont clairs. Le prix est passé d’environ 45 à 60 euros le mégawatt-heure, loin de l’envol à plus de 300 euros enregistré lors de la guerre en Ukraine en 2022. L’Institut estime que les cours devraient rester entre 60 et 100 euros/MWh jusqu’à fin avril grâce à un léger surplus actuel, mais prévient que «si le blocage persiste, les tensions vont monter en Europe, qui sera en concurrence avec l’Asie pour l’achat de GNL». Même dans le scénario d’une résolution du conflit d’ici fin avril, le gaz resterait autour de 80 euros/MWh, la pénurie devant durer jusqu’à fin 2026. Au-delà, les prix pourraient dépasser les 100, voire 200 euros cet été, avec des répercussions directes.
Samira Ghrib

