Une opération géante d’exportations hors-hydrocarbures lancée : 2026, année de la diversification
En lançant simultanément depuis 13 wilayas 35 expéditions de produits algériens vers 19 pays sur cinq continents, le ministre du Commerce extérieur Kamel Rezig a orchestré samedi à Tizi-Ouzou « la plus grande opération d’exportation organisée en une journée » de l’histoire économique du pays — de l’acier algérien vers la Belgique, des tomates cerises vers l’Espagne, des électroménagers vers l’Égypte, une offensive commerciale hors hydrocarbures qui entend faire de 2026 une année charnière.
La symbolique du lieu n’est pas fortuite. C’est depuis Tizi-Ouzou que Kamel Rezig, ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, a officiellement donné le coup d’envoi, samedi, d’une opération coordonnée sans précédent. Entouré du wali Aboubakr Bousetta, d’ambassadeurs de plusieurs pays partenaires et d’élus locaux, il a suivi par visioconférence le départ simultané de 35 cargaisons de produits « Made in Algeria » depuis les ports, aéroports et plateformes logistiques de 13 wilayas du territoire national. Les wilayas mobilisées couvrent un arc géographique significatif : El-M’Ghair, Mostaganem, Relizane, Oran — via les ports d’Oran et d’Arzew —, Tizi-Ouzou, Sétif, Jijel, Alger — depuis l’aéroport international Houari-Boumedièene —, Bordj Bou Arreridj, Annaba, Béjaïa, Skikda et Biskra. Autant de points de départ qui illustrent la volonté des autorités de territorialiser la dynamique exportatrice et de ne pas la cantonner aux seules grandes métropoles portuaires.
Le ministre a qualifié l’opération de « première du genre », annonçant que des initiatives similaires, impliquant un nombre encore plus grand de wilayas, deviendront une « tradition » à l’avenir. L’objectif affiché est de « créer une concurrence entre les opérateurs économiques des différentes wilayas du pays » et de faire de 2026 « une année d’exportation par excellence », en application, a-t-il précisé, « des orientations du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, visant à soutenir les exportations hors du secteur des hydrocarbures ».
De l’acier aux tomates cerises
La liste des produits embarqués ce samedi constitue en elle-même un manifeste de la diversification productive que revendique Alger. Aux côtés des sempiternels hydrocarbures — absents de cette opération par définition — figurent des tomates cerises, des fruits frais, des dattes, des produits laitiers, des articles de nettoyage, du papier, des matériaux d’emballage, des appareils électroménagers, des pièces détachées automobiles, de la céramique, du ciment, du clinker, du fer à béton et des produits sidérurgiques semi-finis.
La pièce maîtresse de l’opération reste le volet sidérurgique. Tosyali Algérie, le géant de l’acier implanté à Bethioua, près d’Oran, a expédié en une seule journée 26 500 tonnes de produits métallurgiques vers quatre marchés européens : 10 000 tonnes de brames d’acier semi-finies depuis Arzew vers l’Italie, 5 000 tonnes de tôles laminées à chaud depuis Oran vers l’Espagne, 4 500 tonnes de fer à béton vers le Royaume-Uni, et 7 000 tonnes supplémentaires de fer à béton depuis Mostaganem vers la Belgique. Dans un communiqué, le groupe souligne que « ces opérations reflètent les capacités industrielles et logistiques du complexe, ainsi que son engagement à respecter les normes internationales », tout en affirmant « renouveler son engagement à soutenir la stratégie économique nationale et à contribuer durablement au rayonnement de l’industrie algérienne à l’international ».
Autre fait marquant dans la sidérurgie : Algerian Qatar Steel a exporté pour la première fois de l’acier vers la République dominicaine, ouvrant un marché caribéen jusqu’ici vierge de tout produit algérien de ce secteur.
L’électroménager et l’agroalimentaire conquièrent de nouveaux marchés
Sur le front de l’électroménager, trois grands noms de l’industrie algérienne ont simultanément expédié leurs produits vers l’Afrique du Nord et l’Ouest : Brandt, filiale du groupe Cevital, ainsi que Sinova — la coentreprise associant Samsung à des capitaux algériens — et Condor ont dirigé leurs exportations vers la Tunisie, la Mauritanie et l’Égypte. Ces marchés de proximité, culturellement et géographiquement accessibles, constituent les premières cibles naturelles d’une montée en gamme exportatrice pour des industries encore en phase de consolidation. Du côté agricole, la wilaya d’El-Meghair a fourni l’un des moments les plus emblématiques de la journée. Depuis le groupe agricole « Champs du Sud », qui emploie plus de 250 jeunes sur dix hectares dans la daïra de Djamâa, quelque 80 tonnes de tomates ont pris la route vers l’Espagne via le port d’Oran, dont une première cargaison de 18 tonnes. Le wali souligné que « les services concernés s’attèlent à accompagner les opérateurs agricoles et à leur offrir les facilités nécessaires pour atteindre les objectifs escomptés en termes de diversification de la production agricole ».
À Tizi-Ouzou même, le ministre a lancé des expéditions de faïencerie à destination du Canada, du Sénégal et de la France, ainsi que des pièces détachées automobiles vers la Tunisie et la Libye. Il a salué à cette occasion « le bond qualitatif accompli par la production nationale, qui lui permet désormais de conquérir des marchés à l’international grâce à sa qualité et sa compétitivité ».
Un déploiement sur cinq continents
L’un des faits les plus significatifs de cette journée tient à la géographie des destinations. Les 19 pays récipiendaires couvrent cinq zones continentales : huit pays européens, cinq pays arabes et africains, auxquels s’ajoutent des marchés d’Asie, d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud et des Caraïbes. Kamel Rezig a insisté sur le fait que certains de ces marchés « n’avaient jamais accueilli de produits algériens », constituant ainsi des percées commerciales inédites qui élargissent substantiellement l’empreinte géographique des exportations nationales hors hydrocarbures. Cette dimension a conduit le ministre à présenter l’opération comme « une preuve des efforts déployés par le secteur, ainsi que par les agriculteurs, les industriels et les hommes d’affaires, en matière de maîtrise de la qualité », rappelant que « les produits exportés doivent impérativement répondre aux normes internationales ». Une exigence de conformité qui, si elle semble évidente, représente un défi réel pour de nombreuses PME algériennes encore en cours d’adaptation aux certifications requises par les marchés européens ou nord-américains.
Derrière la mise en scène soignée de cette journée, se pose la question de la durabilité. Les opérations d’exportation ponctuelles, aussi spectaculaires soient-elles, ne sauraient à elles seules constituer une politique commerciale extérieure. Kamel Rezig a néanmoins réaffirmé « l’appui et le soutien de l’État à l’entreprise algérienne pour le développement de sa capacité d’exportation et le renforcement de la présence du produit national sur le marché international », laissant entendre que le dispositif d’accompagnement public sera maintenu et amplifié. Le lancement, en marge de la cérémonie, du Salon national des fromages à Tizi-Ouzou — secteur à fort potentiel d’exportation encore largement inexploité — témoigne d’une volonté de travailler également sur les filières émergentes. Ce que cette journée aura en tout cas démontré, c’est la capacité de coordination logistique nationale d’une ampleur nouvelle, mobilisant simultanément ports, aéroports, opérateurs privés et autorités de wilaya autour d’un objectif commun.
Sabrina Aziouez

