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Liban : Une trêve fragile face à l’impunité de l’entité sioniste

Au troisième jour du cessez-le-feu au Liban, les bulldozers de l’armée libanaise s’activent à réparer ce que les bombes ont défait. Depuis vendredi, les soldats travaillent à rouvrir les axes routiers du Sud coupés par des semaines de frappes israéliennes. La route entre Khardali et Nabatieh a été totalement rétablie dimanche, tandis que le pont Bourj Rahal-Sour a été partiellement remis en état. Plus au sud, les travaux se poursuivent sur le pont reliant Tayr Falsay à Sour, détruit lui aussi par l’offensive. Des frappes ciblées sur les ouvrages franchissant le fleuve Litani avaient de fait isolé le sud du pays du reste du territoire — une stratégie qui, selon l’armée libanaise, visait à paralyser toute circulation de personnes et de secours. La réouverture dès vendredi du pont de Qasmiyeh avait permis à un premier flux de déplacés de retourner inspecter ce qu’il reste de leurs maisons.

Cet accord de cessez-le-feu de dix jours, annoncé jeudi par la présidence libanaise, met provisoirement fin à une offensive déclenchée le 2 mars, qui a fait des milliers de morts et de blessés parmi les civils. Mais pour l’ONG Oxfam international, qui a publié samedi un communiqué sans ambiguïté, dix jours ne suffisent pas. «Le Liban a besoin d’un cessez-le-feu total, inconditionnel et permanent auquel toutes les parties adhèrent», a-t-elle exigé, avant d’ajouter, sans ménagements, que «cette annonce arrive bien trop tard pour les milliers de personnes tuées et mutilées, pour les familles qui pleurent leurs proches, et pour les millions de personnes dont les maisons, les moyens de subsistance et les communautés ont été délibérément détruits». Oxfam reconnaît que la trêve est «absolument nécessaire» mais insiste : elle «doit mener rapidement à un cessez-le-feu permanent et sans condition pour mettre fin aux massacres et aux déplacements forcés de civils». L’organisation réclame aussi un retrait complet des forces israéliennes du territoire libanais, un accès humanitaire «sans entraves» aux populations sinistrées, et des réparations pour que «les gens puissent rentrer chez eux et reconstruire leur vie dans la dignité». Sur le fond, Oxfam pointe une responsabilité qui dépasse le seul conflit libanais : «Les grandes puissances doivent tirer les leçons de cette situation et mettre enfin un terme à des décennies d’impunité», plaide l’ONG, estimant que le soutien international accordé à Israël, y compris pendant ce qu’elle qualifie de génocide à Gaza, «a rendu possible cette escalade désastreuse».

Or, pendant que les ingénieurs libanais rebouchent les cratères, le ministre israélien de la Défense Israel Katz a déclaré dimanche que son armée avait reçu l’ordre d’utiliser «toute sa force» au Liban, malgré la trêve en cours. Il a également annoncé l’ordre de «détruire les maisons dans les villages proches de la frontière». Des déclarations qui sonnent moins comme une promesse de paix que comme une mise en condition pour une reprise des hostilités, et qui illustrent exactement ce qu’Oxfam dénonce : une trêve sans garanties, suspendue au bon vouloir d’une partie qui entend se réserver le droit d’en sortir à tout moment.

L.S.

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