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L’Algeria Bid Round 2026 lancé: L’Algérie joue sa carte énergétique

Sept zones d’exploration, des centaines de millions de barils en jeu, et une cérémonie de lancement présidée par le ministre d’État, chargé des Hydrocarbures en présence de représentants des majors énergétiques internationaux. Dimanche à Alger, au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal, l’Algérie a officiellement ouvert son deuxième appel à concurrence pour l’exploration des hydrocarbures, baptisé « Algeria Bid Round 2026 ». Le timing n’est pas anodin : il intervient dans un contexte géopolitique bouleversé, où la fermeture du détroit d’Ormuz depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient le 28 février 2026 a replongé les marchés énergétiques mondiaux dans une angoisse d’approvisionnement que peu d’acteurs sont en mesure d’apaiser. L’Algérie, elle, se présente comme l’un d’eux.

Sept zones, un calendrier serré

Les périmètres proposés couvrent les bassins les plus prometteurs du Sahara algérien : El Borma II et El M’Zaid Nord dans la région d’Ouargla, Illizi Centre I et Est Bordj Omar Driss I dans le bassin d’Illizi, El Hadjira III dans la région de Touggourt, ainsi que Touggourt Sud et El Benoud Est dans la wilaya d’El Bayadh. Ces zones ne sont pas des terres vierges. Elles abritent des découvertes avérées, des gisements documentés et des cibles d’exploration aux ressources prévisionnelles substantielles. La zone Touggourt Sud, à elle seule, affiche des ressources estimées à plus de 576 millions de barils — un chiffre qui, à lui seul, justifie l’intérêt attendu des compagnies. Les formules contractuelles varient selon les blocs : contrats de partage de production pour la majorité des zones, contrat de participation pour Est Bordj Omar Driss. Cette diversification des montages juridiques répond à une logique d’attractivité : offrir aux investisseurs des structures adaptées à leurs profils de risque et à leurs stratégies d’allocation de capital.

Le calendrier est balisé avec précision. Les phases techniques débuteront le 1er juin 2026, avec la mise à disposition des documents et l’organisation de présentations en ligne, suivies de sessions de data room jusqu’au 31 octobre. L’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) a fixé au 26 novembre 2026 la date limite de dépôt des offres, les résultats devant être annoncés dans la foulée, avant la signature des contrats avec Sonatrach le 31 janvier 2027.

Dans la continuité d’un premier round réussi

Ce deuxième appel à concurrence s’appuie sur le bilan du précédent. Le ministre d’État aux Hydrocarbures, Mohamed Arkab, qui présidait la cérémonie en présence de plusieurs membres du gouvernement — dont les ministres de l’Énergie, des Mines et de l’Industrie — ainsi que du PDG de Sonatrach, a situé d’emblée ce lancement dans la continuité de « la grande dynamique » enclenchée par le Bid Round 2024. Ce dernier avait, selon lui, suscité « un large intérêt international reflétant la confiance croissante dans le climat d’investissement en Algérie ». Les faits lui donnent raison : finalisé en juin 2025, le premier round avait abouti à l’attribution de licences d’exploration dans cinq des six zones proposées, à des compagnies de premier plan — Sinopec, TotalEnergies, Eni et QatarEnergy. Les engagements d’investissements minimums s’étaient élevés à 936 millions de dollars, dont 533 millions consacrés à l’exploration et 403 millions au développement, sur des contrats de trente ans. Un résultat qui avait dissipé les doutes entretenus sur l’attractivité de l’Algérie après des années d’incertitudes réglementaires, levées en partie par la loi sur les hydrocarbures de 2019. Arkab a insisté sur le fait que ce nouveau round incarne « la volonté claire du président de la République de poursuivre le développement du secteur des hydrocarbures sur des bases modernes, consacrant la transparence, l’efficacité, le partenariat équilibré et la bonne exploitation des moyens nationaux ».  Il a également mis en avant les incitations fiscales et contractuelles « comptant parmi les plus compétitives de la région », et la garantie de transparence dans les procédures d’attribution assurée par ALNAFT.

L’Algérie, hub énergétique dans un monde sous tension

Le discours du ministre d’État a toutefois dépassé le registre purement technique. Dans un monde marqué par ce qu’il a décrit comme « des transformations géopolitiques et énergétiques effrénées », Arkab a défini l’Algérie comme « une destination énergétique fiable qui œuvre à assurer le flux sûr et durable des approvisionnements vers les marchés mondiaux », ajoutant que le pays « s’acquitte du rôle de partenaire engagé à assurer des approvisionnements stables et réguliers dans les pires circonstances ».

Le contexte dans lequel s’inscrit ce Bid Round est exceptionnel. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, les routes traditionnelles de l’énergie mondiale sont durablement perturbées. Les économies importatrices, au premier rang desquelles les pays européens, scrutent avec une acuité renouvelée leurs sources d’approvisionnement alternatives. L’Algérie, forte de sa stabilité politique, de ses gazoducs Medgaz et Transmed directement connectés au continent européen, et de sa position géographique au carrefour de la Méditerranée et du Sahara, dispose d’atouts structurels que peu de producteurs peuvent revendiquer dans la conjoncture actuelle.

ALNAFT avait d’ailleurs anticipé ce repositionnement. Dans une tribune publiée sur son compte LinkedIn en mars dernier, à l’approche du lancement, l’agence avait choisi de parler le langage de la géostratégie, présentant l’Algérie comme « le hub stratégique du paysage énergétique méditerranéen » — un glissement sémantique notable dans la communication institutionnelle, qui ne propose plus seulement des blocs d’exploration mais vend un avantage logistique et géographique dans un monde réorganisé autour de la sécurité d’approvisionnement.

TSGP : de nouvelles perspectives d’intégration énergétique

Arkab a d’ailleurs évoqué le projet de gazoduc transsaharien comme l’un des grands chantiers structurants destinés à « ouvrir de nouvelles perspectives d’intégration énergétique » et à ancrer durablement la place de l’Algérie comme hub régional. Sur la transition énergétique, le ministre a tenu à cadrer les attentes : le gaz naturel « demeurera un élément essentiel du mix énergétique durant la phase de transition », tout en précisant que « des efforts sont déployés pour développer des projets prometteurs dans le domaine de l’hydrogène, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de partenariat et d’investissement ».

Le président d’ALNAFT, Samir Bakhti, a pour sa part adopté un ton résolument commercial face aux représentants des compagnies internationales présents dans la salle.

Les blocs proposés ont été « sélectionnés avec rigueur et discipline », a-t-il affirmé, précisant qu’ils « reposent sur des bassins prouvés, des zones à fort potentiel inexploité et des perspectives de développement tangibles ». Puis, s’adressant directement aux investisseurs : « L’Algérie recherche des partenaires capables d’investir, d’innover et de concrétiser. En retour, nous offrons l’accès à des ressources importantes, un environnement stable. Nous ne recherchons pas un engagement à court terme, mais des partenariats structurés et de longue durée. »

La formule de conclusion de Bakhti résume l’ambition du round : « Notre objectif est simple et clair : faire de l’Algérie une option crédible et compétitive au sein de vos portefeuilles d’investissement mondiaux et renforcer notre position sur les marchés énergétiques internationaux. »

L’enjeu pour Alger dépasse désormais la seule valorisation de son sous-sol. En ouvrant ses périmètres à la concurrence internationale dans un cadre modernisé, l’Algérie entend capter des flux d’investissements massifs, accélérer le développement de ses réserves et consolider, au moment précis où le monde en a le plus besoin, son rôle de fournisseur fiable.

Samira Ghrib

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