Plusieurs festivals locaux institutionnalisés : Constantine consacre ses savoirs
L’arrêté signé le 16 Chaâbane 1447 — soit le 4 février 2026 — par la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, et publié au numéro 28 du Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire, a conféré une existence institutionnelle pérenne au festival culturel local annuel « Printemps de Constantine des savoirs et des savoir-faire ». Une manifestation qui cesse ainsi d’être une initiative conjoncturelle pour devenir un rendez-vous ancré dans le calendrier culturel national, avec tout ce que cela implique en termes de reconnaissance, de financement et de durabilité. Le texte réglementaire s’appuie sur le décret exécutif n° 03-297 du 10 septembre 2003, modifié et complété, qui fixe les conditions et modalités d’organisation des festivals culturels en Algérie. C’est précisément l’article 2 de ce décret qui fonde la décision d’institutionnalisation, un mécanisme juridique permettant d’élever une manifestation culturelle au rang d’événement officiel récurrent, garanti par l’État. Constantine rejoint ainsi un cercle de villes dont les expressions culturelles propres bénéficient de cette protection formelle — aux côtés, notamment, du festival international de l’art rupestre « Arts du Tassili », institutionnalisé par un arrêté du même jour dans les wilayas du Sud. Pour Farid Zaïter, directeur de la Culture et des Arts de la wilaya, cet acte officiel n’est pas une fin en soi, mais un point de départ. Il a insisté, dans une déclaration faite lundi à l’Agence Presse Service, sur la vocation première du festival : faire rayonner les coutumes et traditions ancestrales de la région, au premier rang desquelles la distillation de l’eau de fleur d’oranger et de rose, pratique millénaire intimement liée à l’identité constantinoise. Ce savoir-faire, transmis de génération en génération dans les foyers de la vieille ville, risquait de se diluer dans l’indifférence du temps. Le festival lui offre désormais une scène, une visibilité et une légitimité publique.
Mais l’enjeu dépasse la seule célébration folklorique. Zaïter décrit le « Printemps de Constantine » comme « une plateforme dédiée à la mise en valeur des savoir-faire locaux et à la sauvegarde des connaissances traditionnelles contre l’extinction, tout en favorisant les échanges culturels entre les différents acteurs du secteur ». La formulation dit beaucoup : il ne s’agit pas de muséifier des pratiques révolues, mais de les inscrire dans une dynamique vivante, confrontées au regard d’autrui, enrichies par le dialogue entre artisans, chercheurs, associations et institutions. La transmission, pour être efficace, doit être désirée, vécue, partagée — et non simplement archivée. Constantine, ville-monde au carrefour des civilisations berbère, romaine, arabe et ottomane, a toujours eu une conscience aiguë de son destin particulier. Capitale de l’Est algérien, elle porte une mémoire dense que ses ruelles suspendues au-dessus des gorges du Rhumel semblent vouloir retenir. L’institutionnalisation de ce festival s’inscrit dans une vision stratégique plus large visant à consolider son statut de pôle de rayonnement civilisationnel, à travers la protection et la valorisation d’un patrimoine à la fois matériel et immatériel.
M.S.

